"Epicentro. Les jeunes prophètes de Cuba" un film d’Hubert Sauper

Le réalisateur du "Cauchemar de Darwin" découvre à Cuba l’épicentre des différents moments de l’histoire qui ont préparé la marche à l’impérialisme avec la forme contemporaine du tourisme.

"Epicentro. Les jeunes prophètes de Cuba" d’Hubert Sauper © Les Films du Losange "Epicentro. Les jeunes prophètes de Cuba" d’Hubert Sauper © Les Films du Losange
Sortie nationale (France) du 19 août 2020 : Epicentro d’Hubert Sauper

Hubert Sauper continue avec une très grande liberté de filmer et de questionner sans concession le cauchemar d’un monde soumis au règne d’un pouvoir hégémonique incontesté. Concentrant son tournage à La Havane à Cuba auprès d’enfants faisant face à la précarité économique que la géopolitique et l’économie mondiale leur a imposé, le documentariste a décidé d’en faire ses « prophètes » devant sa caméra pour comprendre le monde moderne. Contrairement à son Cauchemar de Darwin, il ne s’agit pas ici de dénoncer le calvaire d’hommes et de femmes d’un pays à partir d’investigations profondes auprès des responsables, mais de saisir sous la forme de l’essai documentaire, l’âme en déshérence cubaine comme symptôme majeur du monde moderne. Pour saisir cette réalité cubaine immédiate, Hubert Sauper concentre son regard et ses interrogations sur les témoins des rues où apparaissent naturellement des enfants, laissés-pour-compte d’un certain rêve utopique. Comme dans Nous venons en amis du même Hubert Sauper qui montrait avec une liberté sans fard non édulcorée la violence symbolique et sociale dont le tourisme pouvait faire preuve au quotidien dans ses rapports à la population locale, le tourisme devient ici une nouvelle forme d’impérialisme méprisant par son élitisme condescendant affiché. Par le tourisme, le cinéaste propose également de s’interroger sur sa propre légitimité à filmer. L’éthique à l’œuvre d’Hubert Sauper consiste ici à chercher à comprendre ce qui distingue sa démarche de celle du tourisme et à laisser en réflexion la responsabilité du cinéma dans le développement moderne du nouvel impérialisme. Ainsi, comme expliqué dans Epicentro, si les navires ont marqué le colonialisme dans les Amériques et le train en Afrique, le cinéma a colonisé par l’idéologie des producteurs d’images le monde entier. Le cinéma comme outil de propagande est dénoncé dès ses origines puisqu’il a permis à la nouvelle puissance des USA de coloniser Cuba en chassant les Espagnols derrière la mise en scène belliciste de l’explosion de l’USS Maine. Et pour boucler la boucle de l’introspection, Oona Chaplin, petite-fille d’un des pères du cinéma au succès planétaire, apparaît devant la caméra auprès des enfants cubains pour interroger l’avenir d’un outil capable de prendre en compte la réalité de la vie rencontrée dans la rue.

 

 

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Epicentro. Les jeunes prophètes de Cuba
d’Hubert Sauper
Documentaire
108 minutes. Autriche, France, 2020.
Couleur
Langue originale : espagnol

Avec : Oona Chaplin
Scénario : Hubert Sauper
Images : Hubert Sauper
Montage : Yves Deachamps, Hubert Sauper
Production : Groupe Deux, KGP Films, Little Magnet Films
Producteurs : Gabriele Kranzelbinder, Martin Marquet, Daniel Marquet, Barbara Pichler
Producteurs exécutifs : Dan Cogan, Michael Donaldson, Vincent Maraval, Christopher Ott, Alexander Thies, Monika Weibel
Distributeur (France) : Les Films du Losange

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