Un western en forêt tropicale avec Gael García Bernal en invincible héros mystique

Séance spéciale du festival de Cannes 2014 : El Ardor, de Pablo FendrikUn homme mystérieux, dénommé Kaí, arrive dans une ferme de tabac où vivent trois personnes : un homme, un père et sa fille. Des mercenaires tuent le père après l’avoir contraint à signer un papier d’expropriation de sa terre, et kidnappent sa fille. Kaí part à leur poursuite dans la forêt. 

Séance spéciale du festival de Cannes 2014 : El Ardor, de Pablo Fendrik

Un homme mystérieux, dénommé Kaí, arrive dans une ferme de tabac où vivent trois personnes : un homme, un père et sa fille. Des mercenaires tuent le père après l’avoir contraint à signer un papier d’expropriation de sa terre, et kidnappent sa fille. Kaí part à leur poursuite dans la forêt. 

Ceci est un western ! Et il faut prendre cette affirmation au premier degré sans autre distance. Il ne s’agit pas d’un western classique (celui par exemple de Ford d’avant les années 1960) mais d’un autre type de western qui est devenu, lui aussi, classique, à partir du moment où ses recettes ont été exploitées à outrance au cours de plusieurs décennies. L’histoire est simple : des individus vivant paisiblement du travail de leur terre, s’en font déposséder et se font massacrer par des mercenaires. Mais il reste un homme pour se venger et tuer un par un les tueurs sans scrupules. Sergio Leone a créé là le scénario type avec Il était une fois dans l’Ouest, où il était également question d’une puissante compagnie cherchant à déposséder des familles de leurs terres, pour un projet à rentabilité économique immédiate. Et voici qu’à Cannes, des néophytes du genre, se lancent dans l’aventure du western avec des films classés en hors compétition : The Salvation de Kristian Levring et El Ardor de Pablo Fendrik. Tout deux reprennent le scénario ci-dessus décrit sans la moindre distance et invention avec les westerns déjà réalisés depuis maintenant plus de quarante ans, sauf si l’on oublie totalement l’existence du western italien !

De prime abord, le choix de situer l’action dans le phénomène très actuel de dépossession violente des terres faites à l’encontre des différentes populations amazoniennes, était judicieux. Car en plus de raconter une histoire à un public, il y avait alors le souci d’alerter l’opinion sur cette zone de non droit intolérable pour la communauté internationale. Mais le film fait peu cas de la réalité sociale. De plus, le casting est limité à des acteurs professionnels : nulle place à des figurants qui auraient pu incarner ce réel. Le film ne tient pas sa promesse faite par le réalisateur de réveiller les consciences quant à la gravité du contexte de la déforestation amazonienne. Quant au personnage central de Kaí, même s’il a une singularité, il n’est pas suffisamment développer pour que l’on s’y intéresse vraiment. Il a beau être mystique et proche des esprits de la forêt, il faut aussi que l’on puisse le sentir à l’écran, ce que l’interprétation de Gael García Bernal, pourtant si brillant dans de nombreux autres films (songeons au No de Pablo Larraín), ne permet aucunement. Le héros invincible et mystique surgissant de nulle part n’est pas crédible et frise malheureusement le ridicule dans certaines séquences alors que le film ne se permet jamais de lecture au second degré. Aucun humour (alors que la référence du genre ici, Sergio Leone, ne s’en privait pas) dans ce western qui se prend très sérieux. Le film n’est même pas à rattacher au « western néoclassique » qu’a proposé Clint Eastwood, puisqu’il manque toute la dimension communautaire et humaniste des personnages. Le talentueux auteur de El Asaltante et La Sangre brota a réalisé un western... et après ? Après l’ivresse, on espère sincèrement les retrouvailles de Pablo Fendrik avec une envie de septième art dans sa capacité d’exprimer la société qui le touche.

 

El Ardor

de Pablo Fendrik

101 minutes

 

avec : Alice Braga (Vania), Gael García Bernal (Kaí), Claudio Tolcachir (Tarquinho), Jorge Sesán, Iván Steinhardt

scénario : Pablo Fendrik

image : Julián Apezteguía

son : Leandro de Loredo

1er assistant réalisateur : Martín Bustos

directrice artistique : Micaela Saiegh

montage : Leandro Aste

costumes : Kika Lopes

maquillage : Martin Macías Trujillo

Production : Magma Cine (Argentine), Participant Media (États-Unis), Canana (Mexique), Bananeira Filmes (Brésil), Manny Films (France), Telefe (Argentine), Aleph Media (Argentine)

Producteurs exécutifs : Gael García Bernal, Juan Pablo Gugliotta, Nathalia Videla Peña, Jeff Skoll, Jonathan King, Pablo Cruz, Axel Kuschevatzky, Vania Catani, Philippe Gompel, Birgit Kemner

Distribution : Bac Films

Vente internationale : Bac Films

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