L’origine argentine de la fille au bracelet

Dolores Dreier, jeune étudiante accusée d’avoir sauvagement assassinée une amie, est prise en charge par sa famille qui tente de faire un front uni autour d’elle pour gagner le procès.

"Acusada" de Gonzalo Tobal © ESC "Acusada" de Gonzalo Tobal © ESC
Au sujet de l'édition DVD : Acusada de Gonzalo Tobal

Gonzalo Tobal a débuté en tant que réalisateur avec des courts métrages minimalistes à la direction très fine d’acteurs. Son premier long métrage présenté en séance spéciale au festival de Cannes Villegas est hélas passé quasi inaperçu lors de sa sortie salles en France alors qu’il poursuivait la trajectoire intimiste des courts métrages autour de la relation conflictuelle entre deux cousins excellemment interprétés par Esteban Lamothe et Esteban Bigliardi. Ce plaisir de faire jouer des comédiens se retrouve dans ce second long métrage avec un casting de choix mais dans un registre plus classique du film de procès comme Hollywood a su en faire l’un de ses films de genre récurrent qui a traversé toutes les époques. Cette histoire originale coécrite par Gonzalo Tobal lui-même a inspiré une nouvelle adaptation cinéma de Stéphane Demoustier dont son film vient de sortir le 12 février dernier dans les salles de cinéma sous le titre La Fille au bracelet.

D’une histoire troublante, l’accusation d’un crime horrible porté sur une jeune fille « bien sous tous rapports » issue d’une classe sociale aisée, Gonzalo Tobal fait porter sur les épaules de ses acteurs la tension psychologique du film qui flirte à la fois entre chronique adolescente, film de procès, thriller et portrait psychologique. Tous les ingrédients sont ainsi réunis pour offrir une véritable matière au film et pourtant il manque à toutes les étapes de la réalisation un développement nécessaire. Ainsi, on sent la violence des classes sociales confrontées autour de ce procès, avec par exemple cette scène où des policiers qui ont un mandat pour perquisitionner dans la maison de l’accusée ne manquent de faire remarquer à cette dernière qu’elle voit pour la première fois un prolo. Cette différence de moyens économiques entre la famille de l’accusée qui peut se payer le meilleur avocat et la famille de la défunte défendue par un procureur plus revendicatif que pertinent dans ses propos s’illustre encore au cours du procès. S’il y avait matière à une analyse sociale, le film ne suit pas cette opportunité et perd hélas son temps dans de belles images aux mouvements de caméra soignés, mais qui n’apporte pas grand chose à l’intrigue si ce n’est de mettre en valeur l’actrice principale dont la palette de jeu est assez réduite pour rendre crédible et cohérent son personnage. De même, l’analyse de l’équilibre familial dans le contexte d’une crise comme celle qu’elle traverse autour de cette accusation pour meurtre de leur fille chérie aurait pu être un bon point de départ pour révéler et sonder les failles des uns et des autres comme le laissait supposer la psychologie trouble du père, mais là aussi le développement ne se fait jamais, comme la mère qui reste toujours en retrait de la mise en scène alors que son rôle dans l’équilibre de la famille semble déterminant.

Ainsi, Gonzalo Tobal s’est donné les moyens de réaliser un film ambitieux dans une volonté de se rattacher au cinéma classique du thriller et du film de procès sous la tutelle du maître à penser Alfred Hitchcock mais ne parvient pas à transformer véritablement ses intentions dans une analyse d’un groupe social comme des individus qui le compose.

 

 

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Acusada
de Gonzalo Tobal
Avec : Lali Espósito (Dolores Dreier), Inés Estevez (Betina Dreier, sa mère), Leonardo Sbaraglia (Luis Dreier, son père), Daniel Fanego (Ignacio, l'avocat), Gerardo Romano (le procureur Taboada), Gael García Bernal (Mario Elmo
Argentine, Mexique, 2018.
Durée : 108 min
Sortie en salles (France) : 10 juillet 2019
Sortie France du DVD : 19 novembre 2019
Format : 2,39 – Couleur
Langue : espagnol - Sous-titres : français.
Éditeur : Blaq Out
Distributeur : ESC Distribution

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