«La Larga noche de Francisco Sanctis» de Francisco Márquez et Andrea Testa

Film programmé en section Un Certain Regard du festival de Cannes 2016 et en décembre 2016 au Costa Rica Festival International de Cinéma en tant que film d'ouverture.

La Larga noche de Francisco Sanctis © DR La Larga noche de Francisco Sanctis © DR

En 1977 en Argentine, Francisco Sanctis attend une promotion professionnelle qui tarde à venir. Une ancienne amie de l'université lui demande de prévenir une famille de l'intervention militaire imminente à son encontre.

La nuit la plus sombre de l'histoire récente de l'Argentine est sans conteste la dictature militaire qui hante encore la nouvelle génération. Et lorsque l'on prend en considération l'actuel assassinat politique de la démocratie brésilienne, on voit que les fantômes du passé méritent plus que jamais d'être entendus. Ainsi ce premier long métrage de fiction de Francisco Márquez et Andrea Testa est intimement lié à l'actualité, dépassant largement toute tentative de reconstitution historique. Il ne s'agit plus d'informer le public du contexte de la dictature, mais bien d'interroger le climat d'oppression insidieux. Ainsi, le film commence avec une scène de petit-déjeuner où toute une famille unie rit et partage avec bonheur ce début de journée. Mais les ombres au tableau commencent à poindre avec une promotion professionnelle miroir aux alouettes. Ceci témoigne de la nuit dans laquelle s'est volontairement plongé le personnage éponyme pour nier le système dictatorial qui n'offre plus d'horizon aux citoyens. C'est le passé d'une jeunesse politisée qui le rattrape pour lui rappeler ses responsabilités vis-à-vis du reste de la société. Francisco Sanctis est tout sauf un héros : il est l'archétype du citoyen lambda qui ne souhaite rien de moins que maintenir son quotidien et celui de sa cellule familiale en laissant dans l'ombre le reste de la société. Ce type de comportement est le reflet direct de la citoyenneté contemporaine désœuvrée par l'exercice politique en général et qui s'est repliée sur la cellule sociale minimale. En ce sens, le contexte historique a été utilisé par les cinéastes pour accentuer les contradictions des sociétés démocratiques modernes. Le parcours de Francisco Sanctis ne peut laisser indifférent car il interroge le sens du vivre ensemble de chacun de nous dans nos sociétés modernes. Il faudra une longue nuit faite de rencontres et d'errances à travers la ville pour que notre personnage assume une décision. Cette nuit devient initiatique et chaque rencontre est là pour interroger sa propre conscience en un voyage au plus profond de son inconscient. La caméra se fait distante et le suit avec une patience à toute épreuve dans ses déambulations nocturnes. Francisco Márquez et Andrea Testa offrent une belle synthèse entre un égal intérêt pour le jeu global des acteurs que pour direction artistique et les contrastes d'ombres et de lumières. Ainsi, le cadrage comme la nuit viennent conjointement créer une atmosphère d'oppression où la peur du contrôle étatique se fait omniprésente. De ce point de vue le message est aussi clair que la ligne narrative du scénario.

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