La frontière Mexique / États-Unis : un tabou qui innerve le cinéma américain

À propos du livre Cinéma métis aux États-Unis, sous la direction d’Élyette Benjamin-LabartheUn mur est tombé en 1989 et combien d’autres se sont élevés, séparant les les populations d’un même continent, attisant la haine et les discriminations à l’égard d’un voisin devenu l’Autre ?









À propos du livre Cinéma métis aux États-Unis, sous la direction d’Élyette Benjamin-Labarthe

Un mur est tombé en 1989 et combien d’autres se sont élevés, séparant les les populations d’un même continent, attisant la haine et les discriminations à l’égard d’un voisin devenu l’Autre ? En l’occurrence, la frontière entre les États-Unis et le Mexique s’est matérialisée au début des années 2000 sous la forme d’un mur, les relents nauséabonds les plus conservateurs aux États-Unis utilisant le traumatisme post 11 Septembre pour attiser la méfiance vis-à-vis du « non Étatsunien », devenu l’ennemi dont il faut se méfier. La frontière entre le Mexique et les États-Unis est une réalité qui n’a cessé d’être questionnée au cinéma comme en littérature, à plus forte raison car elle n’a cessé d’être mouvante au XIXe siècle en raison de l’expansionnisme nord-américain. Ce siècle qui a été immortalisé au cinéma avec le western symbolise la naissance d’une nation. Pour cette raison, ce genre cinématographique est étroitement lié à la frontière, aussi bien au premier degré que de manière plus conceptuelle : la frontière entre les individus, les modes de vie, les nations, les psychologies… Au-delà des westerns, d’autres films US ont représenté la frontière à l’instar de La Soif du mal (The Touch of Evil) d’Orson Welles. La frontière revient si régulièrement dans l’histoire du cinéma US, que certains font de celle-ci un sous-genre en soi que l’on retrouve à travers tous les grands genres, du western à la comédie, au film d’horreur, à la science-fiction, au polar, etc.

Placé sous la direction d’Élyette Benjamin-Labarthe, professeur en études nord-américaines de l’Université Michel de Montaigne-Bordeaux 3, cet ouvrage réunit les textes en anglais et français de dix-sept chercheurs universitaires des États-Unis et de France sur le thème de la représentation de la frontière mexicano-étatsunienne dans le cinéma américain. Chaque auteur privilégie son domaine de compétence. La majorité des articles est consacrée à l’analyse d’un film précis. Ainsi sont étudiés tour à tour : La Soif du mal d’Orson Welles, Rio Grande de John Ford, Crucero de Ramiro Puerta et Guillermo Verdecchia, la performance de Border Brujo de Guillermo Gómez Peña, Lone Star de John Sayles, Le Jour d’après de Roland Emmerich, The Gatekeeper de John Carlos Frey, Les Trois enterrements de Melquiades Estrada de Tommy Lee Jones, Babel d’Alejandro González Iñárritu, No Counrty for Old Men de Joel et Ethan Coen, All the Pretty Horses de Billy Bob Thornton. À cela s’ajoute un article consacré au cinéaste Efraín Gutiérrez, et avec l’introduction, on peut compter seulement trois articles qui traitent le thème de la frontière de manière transversale. C’est là l’une des faiblesses de cet ouvrage qui en laissant beaucoup de place à des analyses détaillées de quelques films, empêche d’avoir une vision globale du sujet. De même, le thème du métissage n’est effleuré qu’ici et là alors que cette zone géographique « entre deux mondes » est un terreau favorable aux expressions humaines métisses. Ce travail du métissage mexicano-étatsunien dans le cinéma nord-américain reste encore à faire à partir d’un corpus de films ambitieusement conséquent. Il n’en reste pas moins que les articles bénéficient de la rigueur d’analyse universitaire, où l’on prend un malin plaisir à redécouvrir un film à travers le thème d’une vibrante pertinence qu’est la frontière. Les articles de l’ouvrage ont été classés en fonction de la chronologie des films étudiés : de John Ford et Orson Welles, on termine donc par les frères Coen. Malgré tout, la lecture ne souffre aucunement de faire fi de cet ordre chronologique. On peut aisément aller d’un article à un autre en privilégiant leur sujet sans avoir à souffrir d’un manque d’informations : à l’exception naturellement de l’introduction, les articles sont indépendants les uns des autres.

Si le thème de la frontière est bien plus ouvertement affirmé dans le cinéma mexicain, il n’est qu’un sous-genre mais non des moindres dans le cinéma du voisin du Nord, comme si ce sujet était encore trop polémique pour être traité comme tel auprès du public US. Ceci rend d’autant plus nécessaire la publication de cet ouvrage qui invite à réfléchir sur un thème peu audible malgré son omniprésence.

 

 

 

Cinéma métis aux États-Unis : représentations de la frontière Mexique États-Unis

sous la direction d’Élyette Benjamin-Labarthe

 

Nombre de pages : 362

Date de sortie (France) : 2012

Éditeur : MSHA (Maison des Sciences de l’Homme d’Aquitaine)

 

lien vers le site de l’éditeur : http://www.msha.fr/msha/publi/ouvrage/affiche_publication.php?code=P375

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