Un Argentin à Barcelone

Ocho, Argentin de New York en vacances à Barcelone, fait une rencontre sexuelle qui le conduit à un petit voyage dans le temps.

"Fin de siècle" (Fin de siglo) de Lucio Castro © Optimale "Fin de siècle" (Fin de siglo) de Lucio Castro © Optimale
Sortie nationale (France) du 23 septembre 2020 : Fin de siècle de Lucio Castro

Sous l’égide inspiratrice des cinémas d’Éric Rohmer et de Hong Sang-soo, Lucio Castro pour son premier long métrage propose une chronique romantique autour de la notion d’engagement dans le couple autour du changement de siècle. Cette époque précise lui permet en effet de mettre en situation l’évolution des rapports homosexuels entre inconnus avec la menace du SIDA qui s’est estompée dans les consciences mais souligne les codes de rapport de confiance entre individus attirés l’un par l’autre. Le contexte historique met également en avant une époque libérée à travers des relations libres pour construire des couples mais aussi la possibilité, notamment pour un couple homosexuel vivant à Berlin, d’être les parents d’une fille en bénéficiant du don d’ovules d’une ex (l’occasion de rappeler que l’adoption par un couple homoparental est légal depuis 2010 en Argentine et depuis 2017 en Allemagne). Ainsi, l’errance romantique du personnage principal qui aurait pu donner pour titre au film « Un Argentin à Barcelone », prend soin de saisir une époque dans son contexte historique pour comprendre ses répercussions au cœur de l’épanouissement amoureux d’un individu. Autour de préoccupations que l’on sent autobiographiques puisque le réalisateur est également un Argentin vivant à New York, c’est l’engagement amoureux qui est ici interrogé autour de ce qui le lie sur le long comme le court terme : ici, la sexualité et la parentalité. Il ne s’agit pas pour autant de faire une analyse complexe et détaillée de la liberté d’aimer à notre époque, mais plus simplement par le regard humble de l’intime de saisir l’ineffable. Ainsi, l’insaisissable est extrêmement présent dans toute la première partie introductive du film où durant presqu’un quart d’heure, aucune parole n’est prononcée, reflétant l’état d’esprit du personnage dépourvu de la possibilité d’être mis en relation dans une ville où il ne connaît encore personne et où il se donne l’opportunité de réfléchir à sa relation de couple après vingt ans de vie commune.
La mise en scène est ici subtile, offrant une grande attention à l’épure en termes de décors, de présences humaines à l’écran, comme si Barcelone était un lieu fantomatique où tout reste à écrire pour le personnage principal. La séduction entre les personnages n’est plus un enjeu en soi, à la différence de ceux des films d’Éric Rohmer ou de Marco Berger, puisque les protagonistes lâchent rapidement les contraintes de la frontière du corps à corps érotique et se découvrent ensuite en mettant à nu leurs âmes en quête d’eux-mêmes par la suite. C’est là un regard subtil et perspicace sur la modernité de l’amour et de la solitude inhérente à l’homo urbanus eroticus mondialicus.

 

 

fin-de-sie-cle-affiche
Fin de siècle
Fin de siglo
de Lucio Castro

Fiction
83 minutes. Argentine, 2019.
Couleur
Langue originale : espagnol

Avec : Juan Barberini (Ocho), Ramon Pujol (Javi), Mía Maestro (Sonia), Helen Celia Castro-Wood (Oona), Mariano Lopez Seoane, Helen Celia Castro-Wood
Scénario : Lucio Castro
Musique : Robert Lombardo
Images : Bernat Mestres
Montage : Lucio Castro
Casting : Maria La Greca
Production : Joanna Lee et Josh Wood
Producteurs : Joanna Lee et Josh Wood
Distributeur (France) : Optimale

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.