«La Educación del Rey» un film de Santiago Esteves

Reynaldo, un adolescent surnommé « El Rey », tente de fuir un cambriolage qui a mal tourné auquel il a participé et se retrouve dans le jardin de Carlos après être tombé sur sa serre. Carlos lui propose de rester chez lui pour réparer.

"La Educación del Rey" de Santiago Esteves © Urban Distribution "La Educación del Rey" de Santiago Esteves © Urban Distribution
 

Sortie nationale (France) du 22 novembre 2017 : La Educación del Rey de Santiago Esteves

La Educación del Rey avant d’être le premier long métrage de Santiago Esteves, a d’abord été une mini série télévisée de quatre épisodes d’une heure chacun. L’origine de ce film est une belle opportunité pour offrir un nouveau dynamisme dans le cinéma argentin distribué en France, s’inscrivant la plupart du temps dans une vague néoréaliste à l’exception du cinéma de Pablo Trapero qui depuis plus de dix ans redynamisme cette conception engagée du cinéma en lui insufflant les logiques du cinéma de genre. D’ailleurs, Santiago Esteves a participé au travail de montage d’Elefante blanco de Trapero, cinéaste qui peut être l’une des sources d’inspiration de Santiago Esteves, du moins dans cette liberté à affronter et assumer en tant que tel le cinéma de genre. Ainsi La Educación del Rey flirte à la fois avec le western (paysages désertiques, éducation virile autour de l’usage des armes à feu, etc.) et le polar avec une police corrompue. Le rythme du film est l’une des préoccupations fondamentales du réalisateur-monteur, le récit épousant la tension haletante à laquelle sont soumis les personnages traqués. L’arrivée impromptue du jeune Rey dans le jardin de Carlos est une aubaine par l’un et l’autre, l’un cherchant implicitement un refuge et l’autre un désir d’action et de transmission. Le personnage de Carlos, convoyeur de fond à la retraite, est d’autant plus intéressant qu’il n’agit pas comme un samaritain dans une idéologie chrétienne de sortir un pêcheur de la misère. La dimension s’inscrit davantage dans l’intention première du film que révèle le titre : le rapport entre le jeune homme et le retraité s’inscrit dans une formation guerrière dans le but de former un futur « rey » (littéralement : roi), autrement dit un leader, dans un cadre social où les représentants de l’ordre ne répondent plus à leurs fonctions qui leur incombent. En s’inspirant d’un fait divers, le scénario s’inscrit à cet égard dans un contexte social contemporain en Argentine, où des membres de la police enrôle des jeunes pour réaliser des actes frauduleux. Le point de vue social de ce film repose aussi dans la volonté d’inscrire une histoire dans la banlieue de Mendoza quasi méconnue du cinéma argentin. Ainsi, le film ne s’éloigne pas tout à fait de la retranscription du réalisme social avec des thèmes sur la filiation comme on en voit fréquemment dans le cinéma des frères Dardenne mais ajoute cet ingrédient essentiel que constitue une certaine manière de raconter propre au western. Germán De Silva qui joue le rôle du père de substitution pour le jeune délinquant est toujours très juste dans la subtilité de son jeu, capable de passer des moments de relations intimes père-fils à des scènes d’action où il doit courir et affronter un méchant une arme à la main. S’il manque la densité et les multiples tiroirs de l’armoire à sens des scénarios des films de Trapero, le film sous son mode mineur s’inscrit pleinement dans le cadre du cinéma, avec simplicité et efficacité.

 

La Educación del Rey
de Santiago Esteves
Fiction
96 minutes. Argentine, 2017.
Couleur
Langue originale : espagnol

Avec : Matías Encinas (Reynaldo), Germán De Silva (Carlos Vargas), Jorge Prado (El Gato Ibañez), Mario Jara (El Momia), Elena Schnell (Mabel Vargas), Martín Arrojo (Josué), Walter Jakob (Arancibia), Marcelo Lacerna (le commissaire Ábalos), Esteban Lamothe (Vieytes)
Scénario : Juan Manuel Bordón, Santiago Esteves
Images : Cecilia Mardorno
Montage : Santiago Esteves
Musique : Mario Galván
Son : Lucas Kalik Stella
Directrice artistique : Alejandra Mascareño
Production : 13 Conejos
Producteur : Santiago Esteves
Producteurs exécutifs : Bárbara Herrera, Santiago Esteves
Producteurs associés : Cecilia Madorno, Dámaris Rendón
Distributeur (France) : Urban Distribution

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