Billet de blog 22 mai 2019

Cannes 2019 : "Solo" d'Artemio Benki

Martín Perino, pianiste génial et compositeur inspiré, doit bientôt sortir de l'hôpital psychiatrique dans lequel il séjourne depuis quelques années.

Cédric Lépine
Critique de cinéma, essais littéraires, littérature jeunesse, sujets de société et environnementaux
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"Solo" d'Artemio Benki © DR

Programmation Acid 2019 : Solo d'Artemio Benki

Quelle est cette solitude qu'annonce de prime abord le titre de ce film ? D'une ouverture du film où la société argentine est convoquée, la caméra isole peu à peu un personnage : le compositeur Martín Perino. La caméra le suit en toute discrétion et humilité, sans aucun regard caméra, laissant longtemps sous entendre que le film pourrait être une fiction à la mise en scène documentaire. L'image est ici extrêmement travaillée et la mise en scène se situe dans des cadrages précis où la profondeur de champ permet d'isoler et faire des choix de personnages pour orienter le récit. Il en est de même du montage extrêmement subtil sur lequel repose une grande part du récit. Le film est un portrait dédié à Martín Perino, dans sa fragilité, ses troubles et son endurance face à sa maladie. Sans aucune intervention en voix off, ni carton, ni échange face caméra, le film nous plonge en totale immersion dans un monde vu à travers le regard du pianiste et compositeur. Le montage du film participe de cette fragmentation d'une identité où la chronologie semble totalement bouleversée avec comme marqueur temporel la coupe de cheveux de Martín Perino, plus ou moins courte. On ne sait plus s'il s'agit d'un flash-back, d'une grande ellipse ou encore d'un ralentissement du temps. Le rapport au temps est bouleversé pour cet homme vivant hors du temps. Pour autant, le réalisateur n'en continue pas moins à mener son récit de l'intérieur en livrant plusieurs clés d'interprétation à l'intérieur du film même, autour de dialogues anodins qui ne concernent pas directement le personnage principal mais qui apparaissent dans le temps diégétique comme totalement dédiés à sa description. Artemio Benki cultive l'art de la métaphore pour caractériser indirectement son protagoniste, avec pudeur et respect. Une magnifique et audacieuse écriture cinématographique entièrement dédiée à Martín Perino.

"Solo" d'Artemio Benki © DR

Solo
d'Artemio Benki
Documentaire
85 minutes. France, République tchèque, Argentine, Autriche, 2019.
Couleur
Langue originale : espagnol
Scénario : Artemio Benki
Images : Diego Mendizabal
Montage : Jeanne Oberson et Valeria Racioppi
Musique : Martín Perino
Son : Pablo Girosa, Pablo Bustamante, Miguel Tennina, Sebastian Lipsik , Benjamin Rosier et Olivier Dô Hùu
Production : Artcam Films, Petit à Petit Production, Lomo Cine, Golden Girls Production et Buen Destino
Ventes internationales : Slingshot Films
Contact :
Petit à Petit Production
341, rue de Belleville
75019 Paris
France
01.42.01.30.02
http://petitapetitproduction.com

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