Monstres plus qu’humains ou la négation mexicaine animée

Lucas, adolescent qui tente de trouver sa place au lycée, découvre à son corps défendant qu’il n’est pas humain mais plutôt un monstre. Il quitte le logis paternel et part en quête de ses origines sur une île mystérieuse peuplée de monstres.

"Monster Island" de Leopoldo Aguilar © Rimini Éditions "Monster Island" de Leopoldo Aguilar © Rimini Éditions

Sortie DVD : Monster Island de Leopoldo Aguilar

Si le cinéma d’animation étatsunien utilise la culture une identité mexicaine pour construire un nouvel univers attractif vendu dans le monde entier sous le titre Coco réalisé par Lee Unkrich et Adrian Molina (2017), produit par Pixar/Disney, le cinéma d’animation mexicain n’est pas en reste. Fernando D. Fuentes avec sa société de production Ánima Estudios porte le cinéma d’animation au Mexique depuis le début des années 2000 avec treize longs métrages produits en seize ans, ce qui correspond à peu de chose près au même rythme de croisière que Pixar himself ! Ánima Estudios a remporté de grands succès au box office avec Don Gato y su Pandilla (Alberto Mar, 2013) et La Leyenda del Chupacabras (Alberto Rodriguez, 2016) et a même produit des films aux ambitions auteuristes plus affirmées mais au public plus limité : El Santos vs. La Tetona Mendoza (Alejandro Lozano et Andrés Couturier, 2013) et Ana y Bruno (Carlos Carrera, 2017). Monster Island (Isla Calaca pour le titre original) est ainsi l’une des dernières productions d’Ánima Estudios sortie dans les salles au Mexique le 14 septembre 2017. Le voici à présent diffusé en France directement en DVD sous un titre anglais et en version française (pas de version originale espagnole dans le choix des langues) : difficile à première vue d’y identifier du cinéma mexicain ! D’autant que dans le film toutes les mentions écrites (journaux, noms de boutiques, etc.) sont anglaises. La mexicanité est donc volontairement effacée. Et pourtant, le thème des monstres plus humains que les humains monstrueux est un thème cher qui traverse le cinéma mexicain, qu’il s’agisse de l’œuvre de Guillermo del Toro, comme des diverses créatures monstrueuses populaires des séries B et Z comme La Llorona, Santo, la Momie aztèque, Dracula, etc. Le thème du monstre qui doit se faire passer pour humain afin de faciliter son intégration dans ladite société humaine peut être considérée comme une métaphore du racisme vécue à l’égard des Chicanos aux États-Unis, tout autant que de la métaphore filée de la difficulté d’un adolescent d’assumer un nouvel âge et un corps qui se transforme à coups d’hormones explosives ! Ces thèmes sont en filigranes mais hélas jamais sérieusement développés, même si l’intérêt pour les monstres et qui plus est de l’adolescence vécue comme une monstruosité difficile à accepter est le bienvenu ! Hélas, par souci d’efficacité, le scénario se limite à un schéma classique où se multiplient les scènes de bagarres avec un méchant savant fou diabolique et ses horribles sbires, ainsi qu’une répartition manichéiste entre gentils, méchants et idiots. Côté animation, le dessin est intégralement généré par ordinateur, laissant peu de place à la personnalité du trait, hormis une architecture expressionniste de la ville humaine où les bâtiments sont volontairement courbés. L’industrie du cinéma mexicain n’a donc pas encore avec ce film le bonheur de s’enorgueillir de sa créativité, de sa touche personnelle apte à séduire la sélection des festivals internationaux. Il n’en reste pas moins un film qui remplit le cahier des charges du film de pur divertissement sans prétention aucune.

 

 

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Monster Island
Isla Calaca
de Leopoldo Aguilar
Mexique, 2017.
Durée : 77 min
Sortie en salles (France) : inédit
Sortie France du DVD : 2 janvier 2018
Format : 1,78 – Couleur
Langue : français.
Éditeur : Rimini Éditions

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