Alexander von Humboldt et Aimé Bonpland : des botanistes face à l’esclavage

Au début du XIXe siècle, dans un petit village sis sur une rive de l’Orénoque en Amazonie, Pablo est un enfant métis à la recherche de sa mère vendue en esclavage. Sur sa route, il croise les explorateurs scientifiques Alexander von Humboldt et Aimé Bonpland.

Parution de l'album Les Esclaves de Cumaná, d'Olivier Melano

Olivier Melano est un habitué de la collection Archimède de L’École des Loisirs puisque depuis vingt ans déjà il a signé et illustré plus d’une dizaine d’albums. Ici, à travers le regard du jeune Pablo qui, au cours des circonstances et de ses rencontres plus ou moins heureuses, passe alternativement du statut d’enfant libre stigmatisé à celui d’esclave avant de redevenir un simple enfant, le jeune lecteur de cet album est initié à comprendre la réalité de l’esclavage. Les deux personnages historiques choisis sont Alexander von Humboldt et Aimé Bonpland, des hommes de sciences et de conscience à l’égard du commerce des esclaves : Humboldt ne cacha pas son dégoût à une époque où les mouvements abolitionnistes étaient en cours. L’esprit de la collection Archimède est ici encore très bien respecté, en permettant une rencontre avec les hommes de science qui ont participé à la construction de l’histoire de l’humanité, ici à travers leurs préoccupations de naturalistes mais aussi en tant qu’humaniste. L’esclavage est traité sans tiédeur, évitant le tabou de son intrinsèque inhumanité. Ainsi, Pablo, le jeune héros, est le fruit d’un viol d’une femme esclave par son maître et propriétaire. Le récit commence avec la violence que doit subir le jeune Pablo de la part de ses propres demi-frères. Judicieusement, Olivier Melano fait apparaître Alexander von Humboldt et Aimé Bonpland comme des pères de substitution pour Pablo qui peut dès lors à leurs côtés commencer la quête de sa mère. En certaines occasions, mes naturalistes passionnés n’hésitent pas à abandonner le fruit de leurs recherches pour sauver la vie du jeune Pablo. Ce qui peut apparaître comme un élément de surdramatisation du récit, permet aussi d’évoquer les échelles de valeurs pour ces nouveaux explorateurs issus de l’Ancien Monde. Les aventures multiples de Pablo permettent de situer au centre du récit la réalité de l’esclavage à l’heure où l’élan historique de l’abolitionnisme est encore bien trop tiède (cf. la réimposition de l’esclavage par Napoléon). Des grandes planches détaillées offrent des vues du quotidien tout en poursuivant un récit avec des bons et des méchants bien identifiés mais laissant aussi place à une critique plus subtile de l’Église catholique qui fut un des acteurs décomplexés de l’esclavagisme. Cet album constitue un récit d’aventure et d’apprentissage avec une vraie volonté de transmission historique, où l’esclavage dans les colonies espagnoles ici évoquées est un prétexte à sensibiliser à l’esclavage sans frontières.

 

 

 

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Les Esclaves de Cumaná. Alexander von Humboldt et Aimé Bonpland en Amérique du Sud

d'Olivier Melano

 

Nombre de pages : 45

Première édition (France) : 2015

Éditeur : L’École des Loisirs

Collection : Archimède

Dimensions du livre : 28,7 x 1 x 22,5 cm 

lien vers le site de l’éditeur : http://www.ecoledesloisirs.fr/php-edl/catalogues/fiche-livre-nvo.php?reference=E143122

 

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