Le Mexique exsangue des narcotrafiquants, toile de fond d’un polar

Parution du roman Les Corps acides, de Léda Michelson. Dans un bar, Melissa, agent du FBI, confie une enquête à Mendoza, ancien inspecteur de la police mexicaine. Il s’agit d’une affaire de disparitions toujours non élucidées un an plus tard, où aucune rançon n’a été réclamée.

Parution du roman Les Corps acides, de Léda Michelson. 

Dans un bar, Melissa, agent du FBI, confie une enquête à Mendoza, ancien inspecteur de la police mexicaine. Il s’agit d’une affaire de disparitions toujours non élucidées un an plus tard, où aucune rançon n’a été réclamée.

Dans ce polar, Léda Michelson utilise la toile de fond d’un Mexique contemporain exsangue où la population civile est la première victime de la mainmise des narcotrafiquants sur le pays. Elle place délibérément son action entre le Mexique et les États-Unis, pour rappeler que la situation sociale d’un pays est étroitement liée à l’autre. Ici, c’est le FBI qui fait appel à un enquêteur mexicain pour intervenir officieusement sur son sol. L’histoire proposée ici reprend la forme classique du polar, qui a fait les belles heures du cinéma américain et des séries télévisées. Ainsi, tout commence avec une femme qui propose à un homme, qui n’est pas insensible à ses charmes, une affaire épineuse. C’est ainsi une invitation à partager un terrain connu, parfois très balisé pour l’amateur du polar. Le récit se déroule au fil des révélations que feront les différentes personnes interrogées. Certaines seront sincères d’autres bien moins. Et ainsi très vite les divers protagonistes sont présentés : au lecteur d’en déduire aux quelques indices laissés, la part de responsabilités des uns et des autres dans les crimes commis. Si le personnage principal est l’enquêteur mexicain, quelques chapitres sont attribués aux aventures suivies en parallèle de la jeune femme du FBI. Ce qui permet de relancer l’intrigue, le lecteur étant conduit à revenir dans la chronologie en passant du point de vue d’un enquêteur à l’autre. L’action se déroulant essentiellement autour de la frontière des deux pays, on voit poindre la volonté de Léda Michelson de décrire en filigrane les rapports entre les deux pays en avançant l’idée que ce sont des politiques spécifiques qui séparent deux populations : les individus seuls sont à même de se rencontrer, à l’instar de Melissa et Mendonza, même si la méfiance est grande entre eux.

La lecture se suit avec plaisir et sans perdre son souffle : les indices sont suffisamment bien disséminés pour maintenir l’attention soutenue du lecteur. Néanmoins, l’ensemble se révèle peu documenté quant à la société mexicaine qui ne reste malheureusement qu’un décor interchangeable. De la même manière, les dialogues entre les personnages, s’ils fonctionnement très bien, manquent d’originalité : les propos auraient pu sortir mot pour mot de la bouche d’autres personnages de polar situés dans un tout autre contexte. La trame classique du polar importe au final beaucoup plus que le contexte social, le Mexique entrevu ne dépassant parfois les limites d’un décor touristique. Pourtant, à plusieurs moments du récit affleure l’envie de l’auteur de dépasser ces limites et d’aller oser découvrir la réalité mexicaine, mais la barrière reste infranchissable, ce qui est d’autant plus frustrant. Il en ressort une trop grande fidélité à un genre, sans la moindre prise de risque, balisant le cheminement du lecteur. Un livre qui se laisse lire, sans déplaisir mais qui à trop vouloir rencontrer le polar, manque son rendez-vous avec le Mexique contemporain, qui était pourtant un bel enjeu initial.

 

 

 

 

Les Corps acides

de Léda Michelson

 

Nombre de pages : 280

Date de sortie (France) : 2 janvier 2015

Éditeur : L’Harmattan

Collection : Rue des écoles / Romans

 

lien vers le site de l’éditeur : http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=45448

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