Les cinémas en Amérique latine et la représentation du pouvoir

« Puisque tout système économique se construit à partir d'une idéologie et que le cinéma ne peut exister hors du marché, tout film est politique. »

Au sujet du livre Cinéma et turbulences politiques en Amérique latine (ouvrage collectif)

Cet ouvrage collectif a été rédigé à la suite d'un colloque. On y trouve ainsi les articles d'universitaires venus de France, du Mexique et des États-Unis. Quant au titre choisi, il faut restreindre la notion géographique puisque de l'Amérique latine, ne sont traités que les cinématographies du Mexique, du Brésil, de Cuba, du Chili et de la Colombie avec une place aussi pour le cinéma étranger (États-Unis et Italie) construisant son propre regard politique sur le continent latino. Compte tenu de l'unique présence d'universitaires mexicains comme représentant tout le continent dans cet ouvrage, on ne s'étonnera pas que la cinématographie mexicaine soit la plus représentée. Quant aux « turbulences politiques », ce sont tout d'abord les révolutions qui sont mises en valeur, à travers les expériences mexicaine et cubaine, avec là encore une plus grande place accordée au Mexique. Mais au-delà de ces grandes manifestations historiques, le politique est également réfléchi à l'aune des représentations des genres (masculin-féminin) et de la famille comme représentation à l'écran de l'organisation sociale d'un pays. Si la dictature n'est pas directement évoquée, un chapitre est consacré aux traumatismes de l'exercice de la violence étatique. Il découle du contenu de l'ensemble de ces articles, que le titre est un peu trop large, comme un pantalon de taille supérieure face à la chair de son sujet. Mais cela n'empêche nullement au livre de marcher correctement et de nous faire voyager au cœur de l'histoire du cinéma.
Avouons qu'il ne faut pas se leurrer : le sujet sérieusement annoncé qui couvrirait les différents pays d'Amérique latine et tout autant les diverses turbulences politiques que ceux-ci ont connu aurait demandé plusieurs tomes de la taille de cet ouvrage pour être traités avec toute la rigueur universitaire attendue. Aussi, compte tenu des sujets clairement délimités et bien organisés au sein du sommaire, cet ouvrage présente des articles qui nourriront autant la réflexion du cinéphile que de toute personne intéressée par l'Amérique latine. Et à cet égard, la preuve est faite à travers la lecture de cet ouvrage que le cinéma reste un excellent médiateur pour comprendre de l'intérieur la complexité desdites turbulences politiques du continent. Pouvoir et cinéma sont d'autant plus étroitement liés, comme l'explique clairement un des articles citant Jean-Louis Comolli, que le cinéma est une industrie nécessitant un fort apport économique, que celui-ci provienne des institutions étatiques ou de compagnies privées : « puisque tout système économique se construit à partir d'une idéologie et que le cinéma ne peut exister hors du marché, tout film est politique » (Victoria Livingstone, page 273 de ce présent ouvrage).

 

 

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Cinéma et turbulences politiques en Amérique latine
sous la direction de Jimena Paz Obregón Iturra et Adela Pineda Franco

 

France, 2012.
Nombre de pages : 324
Éditeur : Presses Universitaires de Rennes (PUR)
Collection : Mondes hispanophones 39

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SOMMAIRE :

Première partie Révolution mexicaine et cinématographies : entre effervescence et chaos
Aurelio de los Reyes : Cinéma et public pendant la Révolution mexicaine (1910-1920)

Hugo Lara Chávez : Le cinéma de la Révolution mexicaine sous le prisme de la mobilité

Julia Tuñón : Métaphores iconographiques et imaginaires filmiques de la Révolution mexicaine

 

Deuxième partie : Démythifications et appropriations de la Révolution cubaine par le cinéma

Émilie Poirier : Néoréalisme italien et cinéma cubain à l’aube de la révolution de 1959 : une adéquation délicate

Emmanuel Vincenot : Cineperiódico et la Révolution cubaine : l’histoire cachée d’une collaboration

Ilka Kressner : « Ça suffit la nostalgie ! »: interprétation des ruines architecturales cubaines dans le cinéma contemporain

 

Troisième partie : Imaginaires cinématographiques des relations familiales et de genre

Bernd Hausberger : Famille et relations de genre dans les films sur la Révolution mexicaine (1914-1970)

Patricia Torres San Martín : Transgressions « au féminin » du mélodrame révolutionnaire mexicain : La Negra Angustias (Landeta, 1949)

Mônica Horta Azeredo : La représentation de la femme dans Troupe d’élite 2 de José Padilha (Brésil, 2010)

 

Quatrième partie : Mémoires traumatiques au cinéma

Boris Corredor : Le rêve failli de l’imaginaire national colombien : autour du film perdu Le Drame du 15 octobre (Di Domenico, 1915)

Laura Martínez Haro : La réinvention du massacre de Tlatelolco, le 2 octobre 1968 : Rojo amanecer (Fons, Mexique, 1989)

Jimena Paz Obregón Iturra : Le sexe au cinéma dans le Chili de la postdictature : vers une révolution des mœurs ? El Chacotero sentimental (Galaz, 1999) et autres sexy-comédies

 

Cinquième partie : Les turbulences latino-américaines revisitées par le cinéma mondial

Adela Pineda Franco : Hollywood et le nationalisme mexicain face à la mémoire de Francisco Villa (Viva Villa !, Selznick, USA, 1934)

Victoria Livingstone : De la page à l’écran, distorsions idéologiques dans O que é isso, companheiro ? (Brésil, 1979 – Brésil/États-Unis, 1997)

Raffaele Moro : Les Zapata Westerns et le long 68 italien : un regard européen sur la Révolution mexicaine

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