Billet de blog 26 avr. 2022

Cédric Lépine
Critique de cinéma, essais littéraires, littérature jeunesse, sujets de société et environnementaux
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"El Auge del humano" d’Eduardo Williams

En Argentine, un jeune perd son travail, retrouve ses amis et se connecte avec le Mozambique où des jeunes hommes errent de ci de là partageant les mêmes fourmis sur le sol que celle d’une jeune femme aux Philippines, tous traversant des activités rémunérées faites de soumission.

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Au sujet de l'édition DVD : El Auge del humano d'Eduardo Williams

Eduardo Williams avec ce premier long métrage reste fidèle à ses désirs d’expérimentation à l’œuvre dans ses courts (Pude ver un puma, Que je tombe tout le temps ? et J’ai oublié ! présents en bonus de cette édition DVD) et offre à vivre la sensation surréaliste d’ubiquité à l’heure de la communication globale. Ainsi, l’esprit du spectateur est amené à vivre successivement dans une même fiction documentaire la nonchalance d’adolescents à Buenos Aires en Argentine, au Mozambique et aux Philippines, du milieu urbain à la savane puis à la forêt avant de retrouver quelques habitations avec cette quête éternelle et toujours insatisfaite pour les trois protagonistes aux nationalités distinctes : la connexion à Internet. Eduardo Williams interroge les liens étroits de cause à effet entre désinvestissement dans l’ici et le maintenant et le besoin irrépressible d’être ailleurs. La caméra suit ses personnages avec beaucoup de mobilité, sans jamais cacher sa présence pour insérer profondément la réalité documentaire de ce qui se passe dans l’image.

"El Auge del humano" d'Eduardo Williams © Shellac

Une fois baigné dans l’immédiateté d’un quotidien appelé à l’absence de mouvement, voici que le film propose à travers une transition elliptique géographique fascinante de faire un tour de la Terre en visitant trois points séparés par une quasi égale distance. Via l’approche libre de ce que d’aucuns appellent le cinéma expérimental, Eduardo Williams vient mettre en réflexion le cinéma spectacle dont le représentant le plus explicite serait James Bond, cet éternel touriste qui se crée des missions aux enjeux stratégiques géopolitiques pour consommer les pays qu’il traverse avec pertes et fracas. En effet, l’enjeu de ces films « internationaux » cultivent chez le spectateur le faux espoir de fuir un ici et maintenant où il n’y aurait pas de récit pour fantasmer une relation à une géographie inaccessible.

Les protagonistes d’El Auge del humano sont ainsi comme dans un film d’action toujours en mouvements et incidemment en quête éperdue d’eux-mêmes. Et à la différence de James Bond, ce travailleur touriste vivant dans le luxe de ses moyens mis à disposition dans la continuité du désir colonialiste de l’impérialisme britannique du XIXe siècle, les protagonistes du film d’Eduardo Williams sont les travailleurs de l’ombre de l’économie globalisée, alimentant les rayons des grandes surfaces, assurant des services de téléphonie ou fabriquant du matériel informatique pour que le monde continue à rester connecté sous la fausse vertu autoproclamée de liberté de mouvement des citoyens du monde. C’est la singularité du dispositif audacieux d’Eduardo Williams autour de son film de prendre en considération ces problématiques de la modernité immédiate.

El Auge del humano
d'Eduardo Williams

Avec : Sergio Morosoni, Shine Marx, Domingos Marengula Marengula, Chai Fonacier,Irene Doliente Paña, Manuel Asucan, Rixel Manimtim avec la collaboration artistique de Nahuel Pérez Biscayart

Argentine, Brésil, Portugal, 2016.
Durée : 99 min
Sortie France du DVD : mai 2021 
Couleur
Langues : portugais, visayan, espagnol - Sous-titres : français.
Éditeur : Shellac

Bonus :
Pude ver un puma (2011, 17’, VOST) d'Eduardo Williams
Que je tombe tout le temps ? (2013, 15’, VOST) d'Eduardo Williams
J’ai oublié ! (2014, 28’, VOST) d'Eduardo Williams
un livret avec présentation des films et entretien avec Eduardo Williams (20 pages)

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