Viggo Mortensen dans un western métaphysique argentin

Festival de Cannes 2014, Un Certain Regard : Jauja, de Lisandro AlonsoUn capitaine danois débarque avec sa fille de 15 ans sur la côte argentine en 1882, alors qu’est menée une campagne militaire génocidaire à l’encontre des populations indigènes.

Festival de Cannes 2014, Un Certain Regard : Jauja, de Lisandro Alonso

Un capitaine danois débarque avec sa fille de 15 ans sur la côte argentine en 1882, alors qu’est menée une campagne militaire génocidaire à l’encontre des populations indigènes.

 

Lisandro Alonso est de retour après La Libertad (2001), Los Muertos (2004), Fantasma (2006), Liverpool (2008) avec un film qui, à première vue, semble loin de son univers habituel : une star internationale (Viggo Mortensen), un film d’époque en costume, des acteurs professionnels, beaucoup de dialogues. Et en regardant ledit film, la signature Alonso devient manifeste : on retrouve en effet de longs et magnifiques plans avec la thématique d’un homme seul face à un espace sauvage et le récit s’approche du fantastique à un moment donné. Viggo Mortensen se fond parfaitement dans l’univers d’Alonso, retrouvant le charisme tranquille des personnages principaux des précédents films du cinéaste. Il y est bien aidé par des choix esthétiques, à commencer par le format de l’image proche du carré (1,33), rappelant les débuts du cinéma. Ainsi, Jauja remonte non seulement aux origines du cinéma, mais aussi d’une sanglante colonisation en Argentine, au cours du XIXe siècle.

L’errance de Dinesen interroge les liens de cet homme d’arme et de pouvoir, avec le milieu qu’il côtoie. La course-poursuite de cet homme partant à la recherche de sa fille aimée pourrait laisser envisager un western, où la mission « civilisatrice » doit se confronter à la peur du monde sauvage. Comme dans un western, Dinesen part vers l’ouest à cheval. Il faut plutôt voir en l’occurrence un « western métaphysique » tant l’ineffable est constamment sollicité et jamais montré. La quête de cet homme dépasse ses seuls choix individuels. Une nouvelle réussite pour Lisandro Alonso qui se renouvelle tout en poursuivant ses questionnements de film en film, ce qui fait de lui un auteur incontournable du cinéma argentin actuel.

 

Jauja

de Lisandro Alonso

 

Avec : Viggo Mortensen (le capitaine Dinesen), Viilbjork Agger Malling (Ingeborg), Adrian Fondari (Pittaluga), Esteban Bigliardi (Angel Milkibar), Ghita Nörby(la femme dans la grotte), Brian Patterson

Scénario : Lisandro Alonso, Fabian Casas

Image : Timo Salminen

Son : Catriel Vildosola

Décor : Sebastian Roses

Montage : Gonzalo del Val, Natalia López

Musique : Viggo Mortensen

Costumes : Gabriela Aurora Fernandez

Production : Les Films du Worso (France), 4L (Argentine), The Perceval Pictures (États-Unis), Fortuna Films (Pays-Bas), Mantarraya Producciones (Mexique), Massive (États-Unis), Kamoli Films (Danemark), Match Factory (Allemagne), Wanka

Producteurs : Ilse Hughan, Andy Kleinman, Viggo Mortensen, Sylvie Pialat, Jaime Romandia, Helle Ulsteen       

Coproduction : Bananeira Filmes (Brésil), Canal Brésil (Brésil)

Coproducteur : Rémi Burah

Distribution : Le Pacte

Vente internationale : NDM

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.