"Familia" de Gustavo Rondón Córdova © Mag Distribution "Familia" de Gustavo Rondón Córdova © Mag Distribution

Dans un quartier incluant de gros blocs d'habitations à Caracas, un père s'efforce de protéger son fils qui vient de commettre un acte de violence sans retour à l'égard d'un jeune proche d'un gang des favelas.

Le titre pourrait être celui d'innombrables films, tant la famille est un thème fondamental de l'identité de l'individu dans la société. Le récit pourrait être une nouvelle adaptation du scénario de Gloria de John Cassavetes pour cet adulte se démenant à un rythme effréné pour sauver un enfant de la violence sociale qui l'entoure sans que celui-ci se rende compte de la gravité de la situation. Mais l'adulte ici en question est un père, qui se démène comme il peut pour son jeune fils à l'instar du père du Voleur de bicyclette de Vittorio de Sica ou de celui du récent Gente de bien de Franco Lolli. Dans les deux cas, la référence au néoréalisme italien est incontournable de la part du réalisateur qui souhaite témoigner derrière son histoire de la société vénézuelienne contemporaine, notamment celle de Caracas. Même si le film n'a pas pour objectif avoué et direct d'être un pamphlet politique, c'est bien un projet de société qui a échoué dont témoigne cette histoire d'un homme s'isolant, se cachant, trompant les personnes autour de lui dans le seul intérêt de sauver son propre fils. Les grandes constructions architecturales de Caracas, comme le montrait déjà Pelo malo de Mariana Rondón, sont devenues le poids étouffant d'un projet révolutionnaire qui a avorté à cause de la démesure politique vis-à-vis de ce qui reste modestement et essentiellement humain. La ville n'est plus symbole de vie, pour le cinéaste, comme en témoigne le parcours des personnages du film jusqu'à son ultime aboutissement et conclusion dans la scène finale.
Gustavo Rondón Córdova réussit dans Familia à rendre vivants et émotionnellement compréhensibles sa propre réflexion sur la société contemporaine, son évolution gangrenée par l'omniprésence de la violence destructrice, sous la forme d'un thriller en suivant les recettes qu'avaient également magnifié Diego Lerman dans son Refugiado, contant la fuite d'une mère pour protéger son fils. Le scénario refuse toute futilité quand il se concentre avec efficacité sur tout ce que chaque scène peut révéler de la société vénézuelienne dans son ensemble qui reste en hors-champ de la vie quotidienne des protagonistes. La fracture sociale irréconciliable est ainsi bien illustrée lors de cette soirée où le père devient serveur d'une soirée privée mondaine, jouant à l'occasion lors d'un subtil dialogue sur l'ironie démagogique du sens de la famille dans le monde moderne. Le réalisateur en refusant toute fulgurance dans sa mise en scène, mais en ce concentrant sur l'essentiel de son propos, touche au plus juste, en usant avec sobriété des ressorts du thriller mâtiné de réalisme à l'instar du meilleur des formules rythmiques et thématiques des frères Dardenne.

 

 

Familia
de Gustavo Rondón Córdova

Venezuela – Chili – Norvège, 1h22, 2017
Avec : Giovanny García, Reggie Reyes
Scénario : Gustavo Rondón Córdova
Images : Luis Armando Arteaga
Son : Miguel Hormazábal, Marco Salaverría
Décor : Matías Tikas
Montage : Andrea Chignoli, Cristina Carrasco, Gustavo Rondón Córdova
Musique : Alejandro Zavala
Producteurs :
Natalia Machado Fuenmayor, Marianela Illas, Rubén Sierra Salles, Rodolfo Cova, Gustavo Rondón Córdova
Distribution : Mag Distribution

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