Churubusco : une histoire mexicano-irlandaise

À Churubusco au Mexique, le 20 août 1847, les troupes armées nord-américaines massacrent les derniers résistants du bataillon San Patricios. Parmi les décombres des maisons détruites, est découvert le corps de Rizzo, un homme qui a servi sous le drapeau américain.

"Churubusco" d’Andrea Ferraris © Rackham "Churubusco" d’Andrea Ferraris © Rackham

Parution du roman graphique Churubusco d’Andrea Ferraris

Sous les traits d’un crayon gras redessinant les contours d’un western sanglant, Andrea Ferraris évoque la bataille de Churubusco qui fut déterminante dans la guerre américano-mexicaine à l’issue de laquelle le Mexique perdit la moitié de son territoire en cédant le Texas, la Californie, l'Utah, le Nevada, le Colorado, le Wyoming, le Nouveau-Mexique et l'Arizona au profit d’une jeune nation aux ambitions expansionnistes. Le récit d’Andrea Ferraris débutant par un massacre, le ton est donné des enjeux politiques de cette guerre où les instincts destructeurs de tout individu sont exploités. Une fois ce contexte posé, on remonte dans le temps avant cette bataille en s’intéressant plus particulièrement à Rizzo, jeune immigré sicilien qui a rejoint les États-Unis dans l’espoir de vivre sur une terre qu’il serait libre de travailler. Or, comme beaucoup d’autres après lui jusqu’à nos jours, l’enrôlement dans l’armée devait permettre l’obtention rapide de la citoyenneté étatsunienne. Voilà donc Rizzo sous le drapeau américain enrôlé dans une guerre dont il ne comprend aucunement les enjeux mais qui voit les massacres se multiplier devant lui, avec la violence des théories racistes à l’œuvre. Lui-même est d’un côté l’objet de la méfiance et de la haine physique des autres soldats, et de l’autre manipulé par la hiérarchie militaire pour servir les intérêts de celle-ci. C’est ainsi qu’il découvre malgré lui que plusieurs soldats américains ont rallié la cause mexicaine, notamment des Irlandais, des Allemands et autres Européens catholiques. Il s’agit des Patricios (Bataillon Saint Patrick), déserteurs de l’armée américaine. Y avait-il en cela les germes d’une guerre de religion entre le Mexique catholique et les États-Unis protestants ? La question reste posée encore par les historiens et les images d’Andrea Ferraris, même si elles osent une interprétation précise, notamment avec le dénouement, se concentrent sur un tout autre sujet autour du destin fictionnel du soldat Rizzo : celui de l’intégration des individus désireux de liberté dans un nouveau territoire. Churubusco évoque dès lors aussi bien la guerre du Vietnam que la guerre en Irak comme le massacre amérindien sur le étatsunien dans une visée expansionniste d’un pays avide de territoires à exploiter. Si le roman graphique d’Andrea Ferraris reprend les codes du western, celui-ci est délibérément crépusculaire et d’une ironie mordante, puisque la construction d’une nation se fait ici aussi bien au dépend d’une autre que de la négation des différentes composantes constituant son melting pot social. On pense ici aussi à Il était une fois la révolution de Sergio Leone, qui plaçait au cœur de son récit un Irlandais dont la conscience politique germait dans l’effervescence de la révolution mexicaine. Churubusco, un nom très évocateur pour les Mexicains que les Irlandais, devient ici une réflexion sur l’histoire à redécouvrir à l’heure où la violence s’exerce dans des pays qui ont décidé de marquer la séparation d’avec leurs voisins avec un mur où les rêves comme les vies humaines viennent violemment se fracasser.

 

 

 

 

livre-churubusco

Churubusco
d’Andrea Ferraris

Nombre de pages : 200
Date de sortie (France) : 12 février 2016
Éditeur : Rackham

lien vers le site de l’éditeur

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.