La mort au Mexique, un exercice d’État

Parution du livre Mourir au Mexique, de John GiblerDepuis plus d’une décennie, le Mexique connaît une vague de violence conduisant à un nombre chaque année intolérablement élevé de morts, tout ceci avec un mépris consternant de la part des hommes politiques à la tête de l’État mexicain. Cette flambée de violence, marquée par le narcotrafic, des disparitions, des corruptions dans les milieux législatifs, exécutifs et judiciaires, met en péril la vie de tout citoyen mexicain.


Parution du livre Mourir au Mexique, de John Gibler

Depuis plus d’une décennie, le Mexique connaît une vague de violence conduisant à un nombre chaque année intolérablement élevé de morts, tout ceci avec un mépris consternant de la part des hommes politiques à la tête de l’État mexicain. Cette flambée de violence, marquée par le narcotrafic, des disparitions, des corruptions dans les milieux législatifs, exécutifs et judiciaires, met en péril la vie de tout citoyen mexicain. Ce qui se passe actuellement fait tomber le décor improbable que le gouvernement s’est offert depuis plus d’un siècle pour faire passer son régime pour une démocratie. Si le sous-titre de cet ouvrage évoque la « terreur d’État », on est largement en droit d’y lire le mot « dictature ». Lorsque le président Calderón a déclaré en 2006 la guerre à la drogue, c’est la population mexicaine dans son ensemble qui a été mortellement visée. La guerre à la drogue était un moyen de communication aussi hypocrite et factice que la politique du voisin américain à la même période en la personne de W. Bush pour justifier sa politique vindicative à l’étranger. La véritable guerre à la drogue, si elle avait lieu, devrait remettre en cause l’organisation politique du pays, car comme le sous-titre de l’ouvrage de John Gibler le sous-entend également, « narcotrafic » et « terreur d’État » sont étroitement liés pour expliquer pourquoi il est ici commun à l’heure actuelle de « mourir au Mexique ».

John Gibler est un journaliste américain indépendant qui livre dans ses premiers chapitres un état des lieux des causes de la violence au Mexique, avant de poursuivre avec différents témoignages pris sur le vif de citoyens mexicains confrontés à cette violence quotidienne. Car comme l’annonce l’auteur au début de son livre « Les récits et les voix de ceux qui se rebellent contre le silence et la mort anonyme sont le cœur de ce livre. » (p. 22)

La situation tient par exemple en ces quelques lignes : « L’armée mexicaine et la police fédérale administrent le trafic de drogue depuis des décennies. L’argent de la drogue remplit les coffres des banques mexicaines, imprègne l’économie nationale à tous les niveaux et, avec les profits des trafiquants estimés entre 30 et 60 milliards de dollars par an, il rivalise avec le pétrole en tant que source de revenus en espèces la plus importante du pays (et le Mexique n’est pas le seul pays où il en est ainsi). » (p. 22)

Parce que la violence a dépassé depuis longtemps toute mesure, s’enracinant dans une histoire politique séculaire, John Gibler ne mâche pas ses mots pour dénoncer les responsabilités. Ainsi : « Au Mexique, la prétendue guerre contre la drogue correspond en réalité à deux guerres : une guerre entre des organisations de trafiquants disciplinées, organisées et extrêmement bien financées, à laquelle l’État participe aussi, et un spectacle médiatique qui présente le combat et les arrestations comme le produit d’une application rigoureuse de la loi. » (p. 23)

John Gibler est de la trempe de John Reed, un autre journaliste indépendant qui a suivi la révolution mexicaine au début du XXe siècle et avait pressenti le drame à venir de la mise au pilori des notions de démocratie derrière les oripeaux flamboyants de la jeune république. Il faut ajouter que le métier de journaliste au Mexique est l’exercice le plus périlleux et mortel pour ceux qui ont conservé leur éthique professionnelle. Ce qui rend l’analyse et le recueil de témoignages de John Gibler d’autant plus précieux.

Au moment où la presse internationale révèle l’horreur des massacres et disparitions humaines au Mexique, cet ouvrage ose lever le voile pour apporter quelques éléments d’explication. Or il existe peu de projets d’éditions analogues à ce livre : il a fallu le travail acharné et passionné d’une maison d’édition toulousaine, le CMDE, pour donner l’accès au précieux témoignage de John Gibler. La compréhension du Mexique actuel passe par la lecture de cet ouvrage qui a de plus pour intérêt de rendre hommage aux morts comme rarement il n’a été fait dans l’espace médiatique.

 

 

 

 

 

Mourir au Mexique. Narcotrafic et terreur d’État

de John Gibler

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Anna Touati et Stephen Sánchez

 

Nombre de pages : 224

Date de sortie (France) : 25 août 2015

Éditeur : CMDE

Collection : À l’ombre du maguey

 

lien vers le site de l’éditeur : http://www.editionscmde.org/A_l_ombre_du_maguey/Mourir_au_Mexique.html

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