Festival de Biarritz : "La Flor" de Mariano Llinás

Six épisodes racontant des histoires indépendantes les unes des autres mais qui sont portées par le même quatuor d'actrices dans un film fleuve de 14 heures.

Film en compétition long métrage de la 27e édition du Festival Biarritz Amérique latine 2018

"La Flor" de Mariano Llinás © DR "La Flor" de Mariano Llinás © DR
constitue l'une des œuvres cinématographiques les plus ambitieuses de ces dernières années car elle réussit rien moins qu'à embrasser dans un même élan créateur sans limites l'ensemble de l'histoire du cinéma ! Une telle ambition réalisée avec une économie de moyens extraordinaires, laisse pantois. Imaginez six épisodes d'histoires couvrant plusieurs genres de l'histoire du cinéma : série B, fantastique, espionnage, film d'amour, thriller, remake, expérimental, muet, making of, musical, etc. Avec un bouleversement de la chronologie, plusieurs allers-retours sur une même scène pour tenir compte du regard de plusieurs protagonistes, un hors-champ où le réalisateur apparaît sous ses propres traits de narrateur d'histoires alambiquées... La première histoire avec son code explicite du film de genre, est une première invitation faite aux spectateurs pour découvrir un quatuor extraordinaire d'actrices qui ont pour particularité de former aussi en dehors du film la compagnie de théâtre Piel de Lava. C'est déjà là une rencontre fructueuse entre le théâtre et le cinéma, rappelant également que la richesse d'expression du cinéma se puise en permanence dans tous ses arts périphériques. Ainsi, le cinéma est l' héritier de toute la littérature du XIXe siècle et l'écriture, qu'il s'agisse de l'usage des cartons, des annotations dans des carnets, de l'écriture sur un ordinateur, de livres comme sources d'inspiration pour raconter une histoire, sont omniprésents dans le film. De même, l'épisode trois, le plus long de tous, consacré au film d'espionnage, rappelle que le conflit idéologique entre USA et URSS a nourri tout un pan de cinéma, qu'il s'agisse de science-fiction, de films d'horreur, de policier et d'espionnage. La Flor sous la forme d'un film fleuve qui pourrait s'apparenter à une longue série télévisée à épisode rappelle en permanence la spécificité du cinéma dans une construction autoréflexive brillante venant en permanence désamorcer les genres sollicités et pour déjouer les attentes du spectateur. Pour parvenir jusqu'à l'abstraction finale, La Flor n'a cessé, dans son dialogue complice exercé auprès du spectateur, de déconstruire ses attentes en matière de fiction, évitant de clore éhontément ses films avec des conclusions superficielles : le plaisir de raconter se suffit à lui-même et le démiurge cinéaste Mariano Llinás ne cesse de rendre hommage à cette aptitude cinématographique. Ainsi, il suffit d'un gros plan sur un visage et en fonction du dialogue, des mouvements de la lumière, de la bande-originale et de tout le remarquable travail sonore laissant entendre l'existence de plusieurs dimensions de la scène filmée, pour raconter une histoire et capter l'attention du spectateur. Le défi ira encore plus loin lorsqu'il sera question de suivre la floraison des arbres qui devient là aussi une matière à récit totalement assumée ! Une expérience hors normes pour le spectateur auquel est demandé de se laisser prendre par le récit sans forcer la grille de lecture qui viendrait par diverses métaphores par la suite sous la forme de diverses couches de compréhension en d'archéologue patient qu'il ne cesse d'être !

 

La Flor
de Mariano Llinás
Fiction
808 minutes. Argentine, 2018.

Couleur
Langue originale : espagnol, français, anglais, russe, allemand, suède, italien

Avec : Elisa Carricajo, Valeria Correa, Pilar Gamboa, Laura Paredes
Images : Agustín Mendilaharzu
Montage : Agustín Rolandelli, Alejo MoguillanskyMusique : Gabriel Chwojnik
Son : Rodrigo Sánchez
Costumes : Carolina Sosa Loyola, Flora Caligiuri
Assistants à la réalisation : Elisa Carricajo, Valeria Correa, Pilar Gamboa, Laura Paredeso
Décors : Laura Caligiuri, Flora Caligiuri
Productrice : Laura Citarella
Production : Pampero CIne

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