Billet de blog 30 avril 2024

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Cédric Lépine

Critique de cinéma, essais littéraires, littérature jeunesse, sujets de société et environnementaux

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Entretien avec Carlos Tello au sujet de la 2e édition du festival CLaP 2024

La deuxième édition du Festival de Cinéma Latino-américain de Paris (CLaP) s'est déroulée du 2 au 7 avril 2024. Pour en parler, Carlos Tello, le fondateur et directeur de cette manifestation.

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Carlos Tello © DR

Cédric Lépine : Comment définirais-tu la ligne éditoriale du Festival CLaP ?
Carlos Tello :
Depuis la première édition, le principe est le même : sélectionner très peu de films en se concentrant sur les propositions les plus intéressantes cinématographiquement. Pour les films en compétition il y a trois critères : le ou la cinéaste doit être de l’Amérique latine, le film doit être de l’année précédant le Festival et il ne doit pas être distribué en France (avant la clôture du festival). Mais au-delà de ces trois points, il s’agit de choisir des œuvres avec un regard et un positionnement particulier dans l’histoire du cinéma en général et dans l’histoire du cinéma latino-américain en particulier. En ce sens, le festival n’est pas un panorama de la production latino-américaine de l’année, et encore moins une célébration des cultures latino-américaines, mais la réunion de films singuliers, qui explorent les langages cinématographiques et qui prennent des risques.


C. L. : Dans quel contexte est né ce festival à Paris ?

C. T. : En 2018, j’ai fondé le ciné-club Image et Parole avec l’idée de montrer, une fois par mois, un film que j’avais envie de partager avec un public. Les séances – aujourd’hui elles sont plus de cinquante – sont toujours suivies d’une discussion. Cet espace est pour moi très important car il permet d’échanger avec des personnes d’horizons très divers sur un même objet artistique que nous venons de partager ensemble. Les films choisis dans ce ciné-club n’ont pas de frontières géographiques ou chronologiques, mais après quatre ans de programmation, j’avais envie de « faire un peu plus » et suite à un semestre dédié au cinéma latino-américain, j’ai remarqué le peu de visibilité de beaucoup de films et cinéastes de grande qualité et aussi l’absence à Paris d’un festival sur le cinéma de cette région. Cependant, les enjeux pour l’organisation d’un festival sont très complexes, notamment dans la recherche de partenaires. J’ai dû travailler pendant un an avant de lancer la première édition du Festival CLaP.

C. L. : Peux-tu présenter les membres de l'équipe qui organise le festival ?

C. T. : Plus qu’une seule équipe il y a plusieurs petites équipes. Nous sommes trois pour la sélection des films en compétition, avec Claire Allouche, doctorante, programmatrice et rédactrice aux Cahiers du cinéma, et Louise Ibáñez-Drillières, docteure en cinéma et études hispaniques et traductrice. Un autre groupe a été formé pour le volet d’éducation à l’image, créé pour cette deuxième édition, avec Aurélia Piletitch et Catarina Bassotti, toutes les deux doctorantes en cinéma, ainsi qu'Élie Baubérot, étudiant en master. Puis, pour les rencontres professionnelles, également créées pour cette édition, j’ai travaillé avec Joséphine Schroeder, productrice indépendante. La communication du festival fut sous la responsabilité de Claudia Rodríguez. Bien évidemment d’autres personnes sont nécessaires à la tenue du festival, pour assurer la communication, le graphisme ou la logistique, dont plusieurs stagiaires et bénévoles.

C. L. : Quel type de dialogue cherchez-vous à établir avec le public ? Comment pourrais-tu le représenter entre cinéphiles curieux, communauté latino-américaine à Paris, étudiant.es en cinéma, professionnels...

C. T. : Je considère Paris comme la capitale mondiale du cinéma. Le public y est abondant, exigeant et très divers, et dans une même séance on peut identifier plusieurs profils très différents : professionnels du secteur, étudiants, cinéphiles, curieux… de tous âges. Comme dit précédemment, l’objectif du Festival CLaP est moins culturel qu’artistique, pour cela il ne s’adresse pas particulièrement aux communautés latino-américaines résidant à Paris, mais à toutes les personnes intéressées à découvrir une très riche production cinématographique. Je pense également qu’il est plus intéressant pour les cinéastes que leurs films soient appréciés par un public très large, et non uniquement prédéfini par des frontières géographiques ou des affinités linguistiques, culturelles ou historiques.

La réception des deux premières éditions a été très positive, le public parisien a clairement exprimé son intérêt !

C. L. : Peux-tu parler de l'importance de montrer ensemble dans une même compétition, fictions et documentaires ?

C. T. : Plusieurs raisons ont amené à ce choix de considérer ensemble les films de fiction et les documentaires. La première, c’est que parfois il est difficile de faire une classification pour certains films qui transgressent les définitions de « fiction » ou de « documentaire », mais surtout que le fait d’établir une telle différentiation ne fait pas partie de mes priorités. Considérer les films comme des créations, comme des produits de l’imagination et du travail, me semble plus important. Enfin, je crois que quand on regarde un film, il ne nous touche pas car il est, ou non, d’un certain genre ou type, mais parce que sa forme et son contenu ont été capables de nous affecter, de créer une forme de communion.

C. L. : Quels ont été les nouveaux défis de cette seconde édition ?

C. T. : En plus du festival public – ce qui a été la première édition – pour cette deuxième édition, deux nouveaux volets ont été créés. Celui d’Éducation à l’image a consisté dans un travail avec plusieurs lycées à Paris et en Île-de-France, dont des interventions sous la forme d’une introduction à l’analyse filmique, ainsi que l’organisation des séances de cinéma pour les élèves, toujours suivies d’une discussion. Le soutien des Cinémas Indépendants Parisiens et de l’Association des cinémas de recherche de l’Île-de-France a été très important !

Le volet des Rencontres professionnelles a été l’occasion, pour cinq cinéastes latino-américains avec un projet en développement, de le présenter et d’en discuter avec des membres de l’industrie cinématographique française (production, distribution et programmation). Cela dans la perspective d’alliances stratégiques, comme la coproduction d’un projet ou sa sélection dans d’autres festivals internationaux.

Dans le volet public, 22 films ont été montrés, avec sept cinéastes sur place. Trois prix ont été décernés, l’un par un jury professionnel (le Grand CLaP), donné par Jane Roger, directrice de JHR Films, Raquel Schefer, maîtresse de conférence à la Sorbonne Nouvelle et Bernard Payen, programmateur à la Cinémathèque française au film brésilien A transformaçao de Canuto d’Ariel Kuaray Ortega et Ernesto de Carvalho ; un autre par des étudiant(e)s universitaires (le CLaP des Universités) pour le film El polvo, du cinéaste argentin Nicolás Torchinsky, qui a été montré en première européenne, et un dernier par le public du festival (CLaP du Public), pour le film Guapo’y de Sofía Paoli Thorne (Paraguay).

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C. L. : Quelles sont les activités du festival à l'année ?

C. T. : Avec deux éditions, le festival est encore très jeune. Beaucoup du travail tout au long de l’année consiste à le faire connaître dans d’autres festivals en France et dans le monde, ainsi qu’à identifier de nouveaux partenaires (cette année onze nouveaux partenaires ont rejoint le festival, dont Air Europa, qui est un allié important). Mais il est également fondamental d’accompagner la vie des films qui y ont été présentés. Parmi les huit films en compétition lors de la première édition, trois ont été distribués en France après le festival !

Après cette deuxième édition, seront organisées quelques séances avec les films primés et elles seront présentées, dans la mesure du possible, par quelques membres des jurys.

De la même manière, sera effectué un suivi des projets participant aux Rencontres professionnelles, en particulier celui du cinéaste Juan Francisco González, Le Voyage perdu, qui a obtenu le prix des Rencontres, donné par les programmateurs et critiques Antoine Thirion et Nanako Tsukidate.

C. L. : Comment et pourquoi ont été choisis les lieux de projection et autres événements du festival ?

C. T. : La vocation du festival est de travailler avec des salles indépendantes, très importantes dans la vie intellectuelle, artistique et cinématographique de la ville. Les deux premières éditions se sont tenues dans quatre salles à Paris (le Grand Action, le Reflet Médicis, le Saint-André des Arts et L’Archipel) et deux en région francilienne (les Cinémas du Palais à Créteil et L’Écran à Saint-Denis). Les rencontres professionnelles se sont déroulées à Césure, tiers-lieu dans le 5e arrondissement qui présente également un agenda culturel très intéressant. Un cocktail de présentation a lieu dans la Mairie du 5e arrondissement, un important soutien institutionnel du festival. Mais d’autres salles et lieux sont pressentis pour la 3e édition du Festival CLaP, qui aura lieu du 1er au 6 avril du 2025.

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