Billet de blog 18 janvier 2025

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Cédric Lépine

Critique de cinéma, essais littéraires, littérature jeunesse, sujets de société et environnementaux

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FIFP 2025 : "Aïcha" de Mehdi M. Barsaoui

Dans une situation familiale et amoureuse contrainte, Aya s'invente une nouvelle opportunité de vie à la suite d'un événement inattendu, qui la conduit à de nouvelles difficultés dans la Tunisie contemporaine face au patriarcat et à la corruption policière.

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Illustration 1
Aïcha de Mehdi M. Barsaoui © Jour2Fête

Film en compétition fiction de la 7e édition du Festival International du Film Politique de Carcassonne 2025 : Aïcha de Mehdi M. Barsaoui

Au centre de l'intrigue, Aïcha est un prénom en devenir, un retour à la vie inespéré face à un contexte social des plus contraignants. Après la réussite à tous niveaux de son premier long métrage Un fils (2019), Mehdi M. Barsaoui suit le parcours inédit d'une jeune Tunisienne dans la société actuelle pour mieux dépeindre la réalité politique du pays subissant encore l'héritage délétère du patriarcat de la dictature de Ben Ali. Le scénario original que le cinéaste propose prend le temps de développer des intrigues inédites et surprenantes, qui permettent une résurrection inattendue pour un personnage au destin tracé en fonction de son origine géographique, de son genre et de sa classe sociale.

Le début commence à l'image de l'héroïne de Psychose (Psycho, 1960) d'Alfred Hitchcock, avec une femme lasse d'attendre un amant qui doit rompre avec son épouse et qui décide d'assumer le vol d'une somme d'argent pour s'inventer une nouvelle vie affranchie des contraintes associées à un lieu spécifique. C'est pourquoi l'héroïne de Mehdi Barsaoui doit passer par un processus de mort-renaissance qui la fait sortir du poids des obligations familiales et du patriarcat incarné par une même figure de l'amant-patron exploitant de manière décomplexée ses employé.es au profit des bénéfices d'une logique néolibérale traditionnelle décomplexée. En ville, la protagoniste doit se confronter à un nouveau système d'oppression patriarcale avec la figure détestable d'un patron de boîte de nuit soutenu par une police corrompue dirigée par une commissaire peu encline à la solidarité féminine. En revanche, elle trouvera le soutien auprès d'une boulangère : ainsi, la place des hommes et des femmes dans la société tunisienne est sans cesse interrogée ici avec perspicacité par le cinéaste qui se refuse ainsi à une vision binaire.

Ainsi, le film mêle à la fois le thriller, le polar et la dimension politique du portrait réaliste de la société contemporaine au service de l'émancipation féminine dans une société en ébullition réclamant justice avec une impartialité respectée. L'écriture scénaristique n'est pas des plus simples quant à la digestion de ces dénonciations politiques mais ses ambitions sont essentielles pour porter avec intégrité la complexité sociale du pays et ses contradictions.

Illustration 2

Aïcha
de Mehdi M. Barsaoui
Fiction
123 minutes. France, Tunisie, Italie, 2024.
Couleur
Langue originale : arabe

Avec : Fatma Sfar (Aya), Nidhal Saadi (Farès), Yasmine Dimassi (Lobna), Hela Ayed (Hela), Mohamed Ali Ben Jemaa (Rafik), Ala Benhamad (Karim), Sawssen Maalej (la commissaire),
Scénario : Mehdi M. Barsaoui
Images : Antoine Héberlé
Montage : Camille Toubkis
Musique : Amine Bouhafa
Son : Stefano Campus, Dario Calvari, Simone Chiossi, Simone Usai
Costumes : Randa Khedher
Assistanat à la réalisation : Mustapha Ben Hassine, Dorra Mhamdi
Superviseur des effets spéciaux : Nassim Rejichi
Production : Habib Attia, Marc Irmer
Coproduction : Chantal Fischer, Flaminio Zadra, Antoine Khalife, Faisal Baltyuor
Sophie Abdelkafi
Sociétés de production : Cinétéléfilms, Dolce Vita Films, Dorje Film Distributeur (France) : Jour2Fête

Sortie salles (France) : 19 mars 2025

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