C’est un autre modèle de développement qu’il faudra négocier

Cancun a abouti à un « paquet équilibré » de décisions : création du fond climat, renforcement de l'action en faveur de l'adaptation aux effets du changement climatique, mise en place d'un mécanisme de réduction des émissions liées à la déforestation notamment. Les Etats signataires du protocole de Kyoto ont reconnu le gap entre leurs engagements de réductions d'émissions et les recommandations scientifiques. Mais rien ne précise quand ces objectifs seront rediscutés.

Cancun a abouti à un « paquet équilibré » de décisions : création du fond climat, renforcement de l'action en faveur de l'adaptation aux effets du changement climatique, mise en place d'un mécanisme de réduction des émissions liées à la déforestation notamment. Les Etats signataires du protocole de Kyoto ont reconnu le gap entre leurs engagements de réductions d'émissions et les recommandations scientifiques. Mais rien ne précise quand ces objectifs seront rediscutés. Si la COP 16 conforte le processus de négociation, et propose de réelles avancées, les décisions ne sont pas encore à la hauteur des enjeux climatiques. Peut-être parce que les négociations climat ne parviennent pas à sortir des logiques de souveraineté et de concurrence. Parce qu'il n'y a pas de projet commun pour l'humanité sur la table aujourd'hui.
Les positions demeurent figées sur des objectifs de développement national, sous entendu croissance et compétitivité. Dans le labyrinthe de la COP 16, les pires cauchemars kafkaien réapparaissaient : paperasse, paroles, et temps qui défile. Ce ne peut être simple. Il faut être réaliste. Mais il y a 20 ans à Rio, pour le Sommet de la Terre, les chefs d'états du monde entier se sont engagés à mettre en place des politiques de développement durable. Dans la foulée, trois conventions internationales ont vu le jour, dont la Convention cadre sur les changements climatiques. Or, depuis bientôt 20 ans, quel Etat a réellement honoré ses engagements ?? Alors il faut peut être en passer par là, mais jusqu'où ?
Est-ce la seule voie de développement possible ? Ecoutons les mouvements sociaux : « Un autre monde est possible ». Au regard de la situation, cela fait parfois sourire, parce que les alternatives doivent être consolidées, les trajectoires vers un autre développement élaborées. Si la solidarité est un principe affirmé comme obligatoire, il faut lui donner un sens, un contenu, des modalités. Pour cela, le rôle des acteurs locaux, collectivités locales et ONG sera de premier ordre, de par leur compétences, leur capacité à mobiliser, leur expertise, leur pouvoir de pression au niveau international. Leur capacité à faire sens pour tous, là où la gouvernance internationale patine.

Il faut être honnête, il n'y a pas de vision partagée, la fameuse « shared vision » qui introduit les décisions prises sous la Convention, se distingue par sa faiblesse : pas une seule référence au développement, à la lutte contre la pauvreté, à la solidarité... Alors que la négo climat ne parvient pas à dépasser ses blocages, il semble qu'il y ait quelque chose à réinventer. Les insuffisances de notre conception de l'avenir ne sauraient être dépassées dans le seul cadre d'une COP. Cela ne dispense en rien de la nécessité de s'y battre et de faire valoir une vision politique digne des enjeux climatiques. Mais il faut viser plus large : le Sommet de Rio + 20 sera-t-il l'opportunité d'ouvrir les négociations pour un autre modèle de développement ?

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