En ce mois de janvier 2009, ce ne sont pas moins de deux cents titres prévus par les éditeurs, indépendants, spécialisés ou grandes maisons qui paraissent et vont grossir les bacs des libraires. Tour d'horizon et sélection d'albums à ne pas manquer en ce début d'année.

Ce chiffre confirme la progression constante de ces dernières années. En 2008, avec 4746 titres édités, dont 3592 nouveaux albums, la BD représente 6,5% du chiffre d’affaires de l’édition en France, et demeure avec la jeunesse l’un des secteurs les plus dynamiques. Bien sûr, les « majors » du secteur se taillent la part du lion. Quinze groupes représentent en effet 70% du marché, alors que l’on dénombre 265 éditeurs qui ont publié en 2008.

Les plus gros tirages de l’an passé concernent des valeurs sûres, séries et auteurs établis, qui ont les faveurs du public : Titeuf de Zep (1 832 000 ex.), Blake et Mortimer de Yves Sente et André Juillard (600 000 ex.), Lucky Luke de Laurent Gerra et Achdé (535 000 ex.), Largo Winch de Jean Van Hamme et Philippe Francq (490 000 ex.), Le Chat de Geluck (320 000 ex.), Thorgal de Sente et Rosinski (300 000 ex.), Lanfeust des étoiles de Christophe Arleston et Didier Tarquin (300 000 ex.), Cédric de Raoul Cauvin et Laudec (273 000 ex.), XIII Mystery de Xavier Dorison et Ralph Meyer (253 000 ex.), Les Profs d’Erroc et Pica ou Les Bidochon de Christian Binet (200 000 ex.).

Si la production franco-belge affiche sa bonne santé – tant dans la publication de nouveautés que dans la réédition et l’exploration de son patrimoine –, il faut noter que la bande dessinée asiatique continue sa croissance sur le marché français, avec 1411 albums, même si 9 titres représentent 50% des ventes.

Enfin, il faut souligner le nombre grandissant d’œuvres littéraires adaptées en bandes dessinées, l’augmentation du nombre de diptyques et de passages au grand et petit écran. L’année dernière a été également celle de la multiplication des supports, la bédé franchissant le cap électronique, avec l'augmentation du nombre de prépublications sur internet, le développement de la bande dessinée sur téléphone mobile et son usage numérique, notamment avec le téléchargement d’albums sur le site de l’éditeur, en complément de la version papier pour l’instant.

2008 ayant été « une année tonique qui ne se laisse pas impressionner par la crise financière ambiante… » selon Gilles Ratier secrétaire général de l’ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée) dans son rapport annuel, 2009 semble donc s’annoncer sous des auspices favorables.

Comic Strip vous propose aujourd’hui sa sélection de sorties 2009 parmi les 197 titres annoncés pour le seul mois de janvier et les événements ou incontournables attendus de papier ferme…

 

 

Medz Yeghern, Le Grand Mal de Paolo Cossi, Dargaud, le 16 janvier 2009.

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«Medz Yeghern est le nom que la diaspora arménienne a donné aux crimes perpétrés contre son peuple par le gouvernement turc et l'armée de l'Empire Ottoman entre 1915 et 1916». Paolo Cossi en a tiré un livre poignant, dur et âpre. Un roman graphique mémoriel.

Medz Yeghern, Le grand mal raconte la tragique épopée du génocide arménien au travers des destins croisés d'Aram, jeune soldat réchappant du massacre de son bataillon de travail et de Murat, un jeune Turc avec lequel il se lie d'amitié. Ensemble ils rejoignent les résistants du Moussa Dagh. Pendant ce temps, Sona Kechiyan est envoyée en déportation dans le désert, et le jeune sous-lieutenant allemand Armin T. Wegner apporte un témoignage photographique d'une importance capitale.

Paru en 2009, Medz Yeghern aborde le génocide arménien avec sensibilité et réalisme. Paolo Cossi se pose en historiographe et en conteur, en mémoire de la souffrance d'un peuple tout entier. En chemin, le lecteur est invité à suivre l'Histoire : les massacres, la résistance éphémère et vaine, les tentatives de vengeance et de reconnaissance. Récit poignant, grave et cruel dans sa réalité historique brute, Medz Yeghern participe à la mise en lumière du passé. Avec un trait qui évoque tour à tour Tardi, Baru, Hugo Pratt (Paolo Cossi a d'ailleurs signé le très beau et très inspiré dyptique Hugo Pratt, un gentilhomme de fortune chez Vertige Graphic), Medz Yeghern mêle romanesque et vérité historique.

Le graphisme met l'accent sur l'expressivité des personnages et l'épure du décor. Sans jamais tomber dans la caricature ni la grandiloquence, Cossi tend parfois vers le surréalisme et déforme les anatomies, les corps, les visages, les regards pour mieux souligner l'horreur. Un album dense, habité du souvenir de ces événements que l'histoire et les hommes ont longtemps entouré de silence.


Je voudrais me suicider mais j’ai pas le temps, Florence Cestac et Jean Teulé, Dargaud, le 23 janvier.

 

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Je voudrais me suicider mais j’ai pas le temps nous narre la vie parfois rarement marrante de Jean-Charles Ninduab (patronyme improbable dû à une fausse manip d’un employé d’état civil peu attentionné), plus connu des bédéphiles sous le pseudonyme de Charlie Schlingo et disparu à 49 ans pour avoir trop vécu, trop souffert et s’être pris les pieds dans la laisse de sa chienne qu’il avait baptisée « La Méchanceté ». Je voudrais me suicider… est un livre hommage à celui qui « optimiste autant que désespéré, pochetron agressif, irrésistiblement drôle, ingérable, délicat et gentil est un personnage d’une rare élégance ».

O’ Boys, Le Sang du Mississippi, tome 1, de Thirault et Cuzor.

 

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Mississippi, 1931. O’ Boys relate l’errance d’Huck Finn, gamin blanc en rupture de famille, et de Charley Williams, apprenti bluesman noir, qui décident un jour de « brûler le dur » dans l’Amérique ségrégationniste du début des années 30. Un premier volet haut en couleurs, avec les teintes sombres des années de la grande dépression, le rouge ardent des couchers de soleil sur les rives du Mississippi. Les fantômes de Robert Johnson, de Mark Twain et de son roman Huckleberry Finn, mais aussi de John Steinbeck et de ses Raisins de la colère peuplent cet album écrit par Thirault et Cuzor. Une découverte !

Bye Bye Bush, collectif, Dargaud, le 9 janvier.

 

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Il s’en va ! On ne peut l’ignorer, le 20 janvier prochain, George « Deubeliou » Bush, ci-avant maître du monde et des États-Unis, quitte la Maison Blanche. En treize histoires courtes, un collectif d’auteurs, d’Aranega à Vuillemin en passant par Clarke (et son légendaire Mister President), nous livre une vision du bilan présidentiel du futur retraité. Treize visions, treize univers, autant d'idée de reconversions pour ‘W’ et une réflexion satirique et provocatrice sur le rêve (cauchemar ?) américain et leurs propositions pour l’avenir du mangeur de bretzels le plus célèbre de la planète. Avec un mot de la fin en trois lettres : OUF !

Chez Francisque, Une année vue du zinc, tome III, de Lindingre et Larcenet, le 16 janvier.

 

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L’année 2008 vue du zinc, par une bande d’ivrognes qui ont un avis sur tout. Mais surtout un avis : le dernier poilu, la politique de Sarko et son épouse, Clearstream, le trader fou qui a grillé 5 millions d’euros (c’est la faute aux calculettes « avec des touches d’enculeurs de mouches », on tape à côté du chiffre), l’euthanasie, Soljenitsyne, le nucléaire, Bernard Tapie, Alzheimer, les tsunamis, la liste des nouveaux péchés mortels éditée par le pape, la campagne présidentielle aux States. Chez Francisque, le nom du bistrot où tout se passe, ça sent le pétainisme rampant, le poujadisme larvaire, le racisme ordinaire. Les clients sont fachos, phallos, racistes, xénophobes, homophobes, cons et méchants – avec des nuances : certains sont beaucoup plus cons que méchants, d’autres sont carrément haineux. Larcenet s’est éclaté à dessiner de vraies tronches de piliers de comptoir, Lindingre fait mouche à chaque case avec ces hectolitres de considérations avinées et frappées du coin de la bassesse et du pastaga. In vino jacta est (On raconte n’importe quoi en buvant). Mais qu’est ce qu’on se marre !

Saint-Germain, tome 1, Djihef et Gloris, Glénat, le 13 janvier.

 

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Alchimie, aventure et marivaudage sur les traces du plus anticonformiste des nobles du 18e siècle ! Le « babillard » est le surnom d’un monte-en-l’air spécialisé dans le vol de brillantes pierres précieuses, derrière son masque se cache un certain Maximilien de Saint-Germain, noble jouisseur et imprévisible bretteur, dont les vols servent un étrange projet aux relents de science et d’alchimie orchestré par un mystérieux commanditaire. Entre truculence, ésotérisme et mystères, Gloris et Bergeron signent une nouvelle série de cape et d’épée dans le Paris du siècle des Lumières, théâtre des sombres projets de cet énigmatique Monsieur de Saint-Germain. Une grande saga prenante et impertinente, dans la tradition des héros des Mystères de Paris d’Eugène Sue, de Rocambole de Ponson du Terrail et des films d’André Hunebelle.

Le Petit Livre rouge de Sarko, Charb, 12bis, le 26 janvier.

 

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Charb nous livre « une œuvre de référence, un livre sacré, pour les "Sarkozystes" ». A la manière du "Petit livre rouge" de Mao, on retrouve sous la plume du satiriste les pensées libérales de notre "bon" président de la République. Un Petit livre pour Sarko, mais un grand pas pour une insolence reconnue d'utilité publique !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

New York mi amor, Tardi, Legrand et Grange, Casterman, le 14 janvier. Meurtre, dérive, solitude, violence et vengeance dans la « ville des villes ». En quatre histoires - dont certaines ont déjà paru dans les années 80, notamment dans le magazine (A Suivre), Tardi revisite New York avec son talent de conteur des espaces urbains, s’échappant pour l’occasion du Paris populaire cher à son œuvre. Il y compose une « Big Apple » sombre, noire, digne des polars mythiques, en un recueil choral à la mise en scène dense.

 

Le Diable des sept mers, tome 2, Hermann et Yves H, Dupuis-Aire Libre, le 23 janvier.

 

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Très attendu après le tome 1, première incursion d’Hermann dans la BD de pirates d’Yves Hermann, le second volet du diptyque du tandem père et fils – Hermann et Yves H – nous ramène en Caroline du Sud, à l'aube du XVIIIe siècle pour la suite des aventures du terrifiant Murdoch, figure d’Edward Teach, alias Barbe-Noire. Ils ajoutent au gâteau infernal des vaisseaux anglais et leurs lots d’Habits Rouges, des sauvages et cruels Caribes, une véritable île au trésor et, surtout, un coffre plein à craquer de pièces d’or…

Le Petit Spirou, Bien fait pour toi !, tome 14, de Janry et Tome, Dupuis, le 23 janvier.

 

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Petit résumé pour ceux qui n’écoutent pas en classe. Il y avait déjà le grand Spirou. Il y a désormais le Petit Spirou. Même si le petit est plus petit que le grand… le Petit, ce n’est pas le petit frère du Grand. Le Petit Spirou, c’est simplement le grand quand il était petit. C’est clair ou il faut répéter pour les deux du fond ?

Le Petit Spirou est de retour. Personnage fétiche de Tome et Janry, il revient pour de nouvelles aventures où la poésie, la grivoiserie et le charme des bêtises enfantines se mêlent à des considérations de haute importance : comment faire pour regarder dans le vestiaire des filles sans se faire prendre, comment échapper au cours de sport de Monsieur Mégot, comment échapper tout court à l’Abbé Langelusse… ? Impertinence et espièglerie, dérision et candeur… C’est (bien) fait pour nous !

Comic Strip reviendra plus largement sur les albums de cette rentrée bédé dans les semaines à venir. Bonne Année 2009 !

DB

Sources : 2008 - Une année de bandes dessinées sur le territoire francophone européen – Rapport annuel de l’ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée) © Gilles Ratier, secrétaire général de l’ACBD.

 

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