Je voudrais me suicider mais j’ai pas le temps

Onulf le marin, Josette de Rechange, Désiré Gogueneau, Tampon Destartin… Connaissez-vous ces personnages de bande dessinée, issus de l’imagination délirante et décalée de Charlie Schlingo, auteur de bédé aujourd’hui culte auquel Florence Cestac et Jean Teulé redonnent vie dans Je voudrais me suicider mais j’ai pas le temps ?

Onulf le marin, Josette de Rechange, Désiré Gogueneau, Tampon Destartin… Connaissez-vous ces personnages de bande dessinée, issus de l’imagination délirante et décalée de Charlie Schlingo, auteur de bédé aujourd’hui culte auquel Florence Cestac et Jean Teulé redonnent vie dans Je voudrais me suicider mais j’ai pas le temps ?

Jean Teulé et Florence Cestac ont écrit et dessiné cette biographie du créateur de Gaspation !, Havanies primesautières, Patron, une cuite s’il vous plaît !, sans faux-semblants et avec une vraie pudeur en filigrane, sans excès de commisération, pour suivre le fil conducteur de la vie et la mort du véritable Jean-Charles Ninduab, alias Charlie Schlingo. Pour raconter comment, dès les premières années de sa vie, parce que celle-ci ne l’avait pas raté, il est venu à la bande dessinée, seul remède pour oublier ses souffrances physiques. Et morales.

Charlie Schlingo est l’éternel inventeur de la bédé odoriférante, le créateur de personnages crétins vivant des aventures minables, auteur décalé (en marge des canons de la bédé classique), avec une œuvre mêlant absurde et poésie naïve, à l’humour omniprésent, confondant souvent la réalité avec son propre imaginaire, pour mieux se détacher du réel, jusqu’à l’autodestruction, jusqu’à sa fin accidentelle en juillet 2005.

 

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La vie de Charlie Schlingo en bédé, c’est un juste retour des choses pour celui qui n’a vécu que pour – à défaut de par – la bédé. Parce qu’il contracte la poliomyélite peu de temps avant la commercialisation du vaccin, Jean-Charles a un membre atrophié. Entre les interventions qui doivent le « réparer », il découvre les comics, Blek, Pépito, Tartine, Popeye… La lecture et le dessin seront ses seuls échappatoires à la douleur permanente. C’est décidé, il sera dessinateur. Jean-Charles devient Charlie. Ninduab sera Schlingo.

 

Après les fanzines, des publications dans divers magazines, il entre à Charlie (!) Hebdo, où il rencontre Wolinski, Choron, Frank, Golo… il sera édité chez Futuropolis, Les Humanoïdes associés, Les Editions du square… Il vend peu. Très peu. Il s’en fout. Il émaille ses phrases d’expressions fleuries et iconoclastes, mélange d’onomatopées et de néologismes, il joue avec les mots, picole, amer et colérique, avec la souffrance en guise de compagne de route. Ses conquêtes amoureuses de l’époque ressemblent d’ailleurs étrangement à son personnage fétiche, Josette… Sa vie est ailleurs. Elle est dans son dessin.

Jean Teulé et Florence Cestac nous présentent Charlie Schlingo, dans ce qu’il avait de plus humain, avec ses travers, ses qualités. Personnage haut en couleurs et à part dans le milieu de la bédé, il est désormais en noir et blanc, sous la plume légère et touchante de Jean Teulé, sous le trait de Florence Cestac, amie de longue date. Il (re)prend vie dans cet album hommage, fait par des copains pour un ami. Preuve que l’on peut faire du « gros nez » et toucher droit au cœur, toucher tout court. Ils apportent la preuve que derrière les billes des clowns se cachent parfois de vraies désespérances, de drôles de drames, et que ces mêmes drames peuvent être drôles.

 

 

 

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Charlie Schlingo est mort en 2005, sans avoir beaucoup publié, mais vécu pour et dans son art. Il avait adopté une petite chienne qu’il avait prénommée La Méchanceté. Sans arrêt dans ses jambes, elle le fit tomber, il en est mort.

 

 

Je voudrais me suicider mais j’ai pas le temps, ou comment la bédé rend hommage à la bédé, sans pathos et sans fard. Jean Teulé et Florence Cestac nous livrent une vie, une œuvre, celle d’un dessinateur humoristique qui a fini sur une chute, tué par La Méchanceté.

DB mini2-22348385jevoudraismasuicidermaisjaipasletemps-24012009-144206-jpg.jpg Je voudrais me suicider mais j’ai pas le temps, Jean Teulé et Florence Cestac, Dargaud 2009, 98 pages, 18 € Pour prolonger : Non, Jean Teulé n’est pas mort ! Interview pour Mediapart.

Florence Cestac : http://www.cestac.com

 

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