Entre deux mondes: Anne Nivat Correspondante de guerre

A la croisée de chemins distants, deux mondes se rencontrent. Le 11 mars paraît Anne Nivat, correspondante de guerre, d’Anne Nivat et Daphné Collignon, album de bédé intimiste et fort, biopic sombre et coloré, histoire de deux parcours, partition à quatre mains et deux voix. Celles de deux femmes talentueuses. 
A la croisée de chemins distants, deux mondes se rencontrent. Le 11 mars paraît Anne Nivat, correspondante de guerre, d’Anne Nivat et Daphné Collignon, album de bédé intimiste et fort, biopic sombre et coloré, histoire de deux parcours, partition à quatre mains et deux voix. Celles de deux femmes talentueuses.

 

 

Anne Nivat est grand reporter, Docteur en sciences politiques, elle est, depuis 1998, correspondante à Moscou des quotidiens et magazines Ouest-France, Le Soir, Le Point ainsi que pour RMC. Mais la presse étrangère fait également appel à elle et Anne Nivat collabore régulièrement avec l'International Herald Tribune, le New York Times et le Washington Post. Grand reporter, elle est habituée à travailler dans des conditions de reportage extrêmes, voire dangereuses, puisqu'elle couvre la guerre de Tchétchénie pour le quotidien Libération de 1999 à 2001. Anne Nivat complète son travail de reporter d'un travail d'écrivain et livre en 2000 un témoignage sur son expérience en Tchétchénie et les ravages de la guerre dans Chienne de guerre (Fayard), qui obtient le prix Albert-Londres. L’équivalent français du prix Pulitzer.

 

Daphné Collignon est dessinatrice. Née à Lyon en 1977, elle eut une enfance nomade, entre Afrique et France. Elle est diplômée en illustration-infographie, vagabonde dans l’âme elle vit aujourd’hui à Essaouira au Maroc où elle poursuit son travail en bande dessinée. Elle est la dessinatrice de Le Rêve de Pierres(Tome 1, Petra, Vent d’Ouest) en 2004, puis des Cœlacanthes depuis 2006 (deux tomes parus chez Vent d’Ouest).

Leur rencontre en 2007 va donner naissance à cet album, Anne Nivat, Correspondante de guerre, sous l’égide de Reporters sans Frontières, à qui une partie des recettes de la BD sera reversée.

 

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Anne Nivat, Correspondante de guerre est une genèse (au sens premier du terme « façon dont une chose s'est formée »). Bande dessinée protéiforme, l’album regorge d’audaces et de trouvailles graphiques : mise en strips façon story-board, collages, juxtapositions de dessins, de photos et de textes, pensées éparses notées puis arrachées de carnets de notes anciens. De carnets de route aujourd’hui. Le travail à bords perdus alterne avec celui des cases strictes et rectilignes, le dactylographié succède au manuscrit. L’ambiance graphique est impressionnante de profondeur, la palette chromatique est réduite : le noir, le gris, le rouge, l’ocre et le roux dominent, sans être monochrome, bien au contraire. Daphné Collignon joue avec les couleurs pour mieux souligner les différences entre le récit principal et les flashbacks personnels, interstices intimes de chacune des deux femmes, Anne Nivat et elle-même.

 

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Anne Nivat interroge autant qu’elle s’interroge. Qu’est-ce qu’un grand-reporter ? Qu’est-ce qu’une grand-reporter ? Qu’est-ce que le journalisme ? En décrivant sa profession à Daphné Collignon, lors des entretiens préparatoires à la BD et qui constituent une sorte de fil rouge à celle-ci, Anne Nivat dépeint une profession de foi. Une certaine idée d’un métier qu’elle pratique à sa manière, immergée, se rendant sur le terrain en toute indépendance, n’hésitant pas à se fondre dans la population locale en partageant leur vie, leurs rites, leurs traditions. Pour en tirer une vision sans jugement et sans concession. Au prix de nombreux risques, comme en 1999 lors du passage de la frontière tchétchéno-ingouche habillée en paysanne, mais munie de son passeport français. Ou lors des bombardements de Grozny, la capitale Tchétchène, sous un déluge de feu, quatre heures durant. Des « récits de l’intérieur », Anne Nivat en a écrit beaucoup, ils ont été publiés dans Libération, puis relatés dans ses livres Chienne de Guerre et Bagdad Zone Rouge, dont certains passages sont repris dans la BD, livrant ses pensées comme des témoignages de ce qu’elle vivait dans et en marge de son travail de journaliste. Dans des pays en guerre, le journaliste peut-il être en paix avec lui-même ?

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Anne Nivat, correspondante de guerre est un cheminement, avec ses balises et ses cartes brouillées. Ce qui fait une vie. La mise en scène se fait mise en abyme quand il s’agit pour Anne et Daphné de se raconter l’une à l’autre. Tandis qu’Anne se dévoile petit à petit, d’abord volubile et insouciante, puis grave et sévère ; En miroir, Daphné livre et se livre au fur et à mesure de l’avancée de son travail. Entre les différents entretiens qu’elles ont eus, le récit s’épaissit, prend de la hauteur, confondant les destinées de ces deux femmes et leurs interrogations respectives. La place de la femme dans le monde actuel, dans des métiers majoritairement masculins, les rencontres qui marquent une existence.

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Anne Nivat et Daphné Collignon racontent un « Entre deux assez étrange », un entre deux mondes. Celui de la BD et de son irréalité, celui de la guerre vécue de l’intérieur par une femme grand-reporter et de la mise « en perspective [de] la complexité du travail des journalistes dans les zones de conflit. »

 

Dominique Bry

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Anne Nivat, correspondante de guerre, Anne Nivat et Daphné Collignon, Soleil, 14 € 90, sortie le 11 mars 2009, sous le parrainage de Reporters Sans Frontières et France Info

Pour prolonger :

Chienne de Guerre, Anne Nivat, Fayard 2000, Prix Albert Londres
Lendemain de guerre, Anne Nivat, Fayard 2004
Bagdad Zone Rouge, Anne Nivat, Fayard 2008

Le Rêve de pierres, Isabelle Dethan et Daphné Collignon, Vent d’Ouest 2004
Les Cœlacanthes, tomes 1 & 2, Daphné Collignon, Vent d’Ouest 2006-2007

 

Images © Daphné Collignon - Soleil

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