Dieu n’a pas réponse à tout (mais IL sait à qui s'adresser)

 

Aide-toi, le Ciel t’aidera, dit l’adage. Désormais, la plume et le dessin de Tonino Benacquista et Nicolas Barral y pourvoient. Rendons aux auteurs ce qui leur appartient. Après un premier tome enchanteur, Dieu est de retour pour de nouvelles aventures, ou plutôt pour faire vivre de nouvelles aventures à des anti-héros du quotidien qui ne connaissent pas leur bonheur, ou ne connaissent que trop bien leur malheur. Et réciproquement.

 Il était une fois.  

Il était une fois chaque destin raconté dans ce tome intitulé Dieu n’a pas réponse à tout (mais IL sait à qui s’adresser). Après avoir été bien entouré, constatant les malheurs de quelques humains choisis, IL décide de leur adjoindre des acolytes aux compétences reconnues dans leur domaine pour donner le coup de pouce céleste qui changera le cours de leur histoire. Michel-Ange, Agatha Christie et Cyrano de Bergerac – entre autres – sont donc envoyés sur terre pour tenter de modifier le cours d’existences mornes que le succès ne rencontre jamais et dont la destinée semble écrite à l’avance.

 

Il était cinq fois des histoires indépendantes, saynètes de vies plus que banales, moins qu’extraordinaires, avivant les envies de futurs autres, soulignant le manque d’ambition qui guette chacun de nous. Alors que l’on n’est jamais à l’abri d’une bonne nouvelle. Réussir n’est pas à la portée de tous. La vie nous le montre chaque jour : gagner une médaille ou réussir son couple, c’est du pareil au même. Il faut de l’entraînement, une discipline de fer, une volonté d’acier, un mental de vainqueur…

 

Combien de fois nous sommes nous dit : « et si… » ? Et s’il en avait été autrement ? Et si j’avais eu un peu plus de chance ? Et si j’avais été aidé ? Rien qu’un peu. Un tout petit peu. Même pas longtemps. Pour, par la suite, nous en prendre à Dieu, ses Saints, et toute la cohorte des canonisés en puissance qui se pressent au portillon.

 

Alors voilà, ma vie est un enfer : j’ai du talent, mais je ne suis pas reconnu. J’ai un don, mais je ne m’en sers pas. Je vois tout en noir et le désespoir me guette. Mon couple va mal, qui m’aidera ? Ma vie est aussi tumultueuse qu’un plat de nouille sortant du frigo, et je m’en fous.

 

Les héros de Benacquista et Barral ne sont (bien évidemment) pas ceux que l’on croit. Les auteurs ont beau nous livrer par le menu les biographies de ces morts célèbres, on ressent d’emblée que ces figures de l’Histoire ne sont en fait que des comparses de passage. Des inspirateurs prétextes, des marchepieds, des courtes-échelles.

  Et Dieu dans tout ça ? 

Dieu observe, IL jauge, IL mesure. Ne dit rien. Mais ne consent pas. Parce que ce n’est pas son genre. Le Dieu de Benacquista et Barral a la barbe fleurie et des écrans de contrôle qui lui montrent des images de l’homme comme on en voit tous les jours, comme on aimerait en voir moins souvent.

 

En décidant d’envoyer des spécialistes de l’au-delà régler leur compte aux avanies et aux travers de notre époque, les auteurs de cette BD printanière à découvrir dès vendredi nous mènent sur des chemins joyeux où enthousiasme se conjugue avec espoir. L’association fonctionne à merveille. Le trait est aussi léger que l’écriture. C’est vivifiant, original et imaginatif. Tonino Benacquista est auteur de roman, de cinéma comme de BD, il nous montre une fois encore son inventivité et sa capacité à nous conter des histoires oniriques et anticonformistes d’un optimisme bienvenu. Nicolas Barral est le dessinateur des Ailes de plomb et de l’hilarant Menaces sur l’empire, parodie grivoise et féministe de Blake et Mortimer.

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Dieu n’a pas réponse à tout (mais IL sait à qui s’adresser), c’est du Capra en BD, c’est La Vie est belle et Mr Smith au sénat. C’est du concentré de bonne humeur, qui balaie le regard triste des personnages et éclaire le nôtre d’un grand sourire en refermant cette fable humaniste. - D.B.


  • Dieu n’a pas réponse à tout (mais IL sait à qui s’adresser) – Dargaud – En librairie le 11 avril – 14 €.

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