Le Procès Colonna en BD : une "comédie humaine tragique"

Pendant 34 jours, du 12 novembre au 13 décembre 2007, Tignous et Paganelli ont assisté aux débats du procès d’Yvan Colonna, à l’époque assassin présumé – depuis condamné – du Préfet Érignac. Ils ont suivi les témoignages, le battage médiatique, les réquisitoires, de l’intérieur comme de la salle de presse. Ils ont écouté, noté, croqué à la volée. Ils ont tenté de saisir le moment, de capter les regards, de retranscrire, greffiers minutieux à la posture subjective. 

Pendant 34 jours, du 12 novembre au 13 décembre 2007, Tignous et Paganelli ont assisté aux débats du procès d’Yvan Colonna, à l’époque assassin présumé – depuis condamné – du Préfet Érignac. Ils ont suivi les témoignages, le battage médiatique, les réquisitoires, de l’intérieur comme de la salle de presse. Ils ont écouté, noté, croqué à la volée. Ils ont tenté de saisir le moment, de capter les regards, de retranscrire, greffiers minutieux à la posture subjective.

 

Dans la grande tradition de la chronique judiciaire, Le Procès Colonna, de Tignous et Paganelli, s’inscrit dans une démarche didactique. Mais plus encore, Le Procès Colonna est cette somme de minutes, d’heures, de jours, de semaines du procès le plus médiatisé de ces dernières années. Sans faire vœu d’exhaustivité, tout en souhaitant être le plus fidèle à leurs impressions. A ce qui les a touchés, marqués. Des impressions de cour, de prétoire, dans ce procès à sensation.

 

De leur propre aveu, les auteurs n’ont pas voulu réaliser une « intégrale » du procès du berger corse, et la BD possède, dans sa forme autant que dans le fond, un intérêt indéniable. A plus d’un titre.

 

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L’album s’ouvre le 12 novembre, premier jour du procès, avant l’ouverture.

 

« Il est 8h30, c’est aujourd’hui un lundi comme un autre. Il fait froid et les Parisiens se préparent à galérer. Demain, à 20h, c’est la grève des transports en commun qui commence. Yvan Colonna n’a pas ces préoccupations. »

 

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La mise en page, la mise en images alternent les textes dactylographiés informatifs et les croquis de Tignous, agrémentés de flèches de renvois à des instantanés. Bribes et anecdotes prises sur le vif :

 

« Je suis Karl Zéro ! »

- (Ulrika Weiss*) : « Oui Monsieur Zéro, vous êtes en salle de presse ».

- « Ah bon !!… Mais pourquoi ? »

- « Parce qu’il n’y a plus de place dans la salle d’audience ! »

Karl Zéro, vexé, s’éloigne.

 

Tout au long de l’album, Tignous et Paganelli s’attachent à suivre le fil de ce procès où, de l’acte d’accusation au verdict, en passant par l’audition des témoins à charge et à décharge, pendant l’examen de « l’emploi du temps » d’Yvan Colonna, la partie se joue, quand chacun joue sa partie : la défense, la partie civile. Les pistes sont examinées, les versions entendues. Yvan Colonna parle. La cour siège. Et le temps passe.

 

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Tignous et Paganelli nous racontent même quelques détails, comme ce fou rire, incongru dans un contexte aussi sévère, le 6 décembre lors de l’audition de Paul Donzela, restaurateur :

(Le Président) : « Vous dites dans votre déposition : ‘Je me souviens de la présence d’Yvan, c’était le seul nationaliste.’ Comment saviez-vous que c’était le seul ? »

- « C’est un automatisme que j’ai ! »

Rires.

 

(Le Président) : « Pourquoi ne vous êtes vous pas déclaré plus tôt à la police ? »

- C’est pas dans mes habitudes !! »

Rires.

 

Et en annotation, en bas de la page, cet astérisque qui dit : « on a tous rigolé, tous, même ses avocats et lui [Yvan Colonna] aussi, je l’ai vu. »

 

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Alors que le procès en appel d’Yvan Colonna devant la cour d’assises spéciale de Paris est prolongé d’au moins deux semaines, Le Procès Colonna nous permet de nous replonger dans les débats initiaux, ceux qui ont vu la condamnation à perpétuité du Corse. Un album qui nous permet de comprendre l’affaire vue du prétoire, et parfois du banc de l’accusé, comme il nous permet d’appréhender sa complexité.

 

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Le Procès Colonna est à lire ou relire, pour ses morceaux de bravoure, ces petites touches d’humour cynique en exergue et en marge de cette « comédie humaine tragique. » comme l’écrivent les auteurs dans l’avant propos.

 

Dominique Bry

 

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Le Procès Colonna, Tignous & Paganelli, 12bis éditions, 2008, 15 €

 

Le Procès Colonna a reçu le 15ème Prix France Info de la Bande dessinée d’actualité et de reportage en 2009, à voir ici.

 

En janvier 2009, un mois avant le début des débats, Tignous et Dominique Paganelli avaient déjà demandé leur accréditation pour suivre le procès en appel d’Yvan Colonna.

 

A lire dans Mediapart l’article de Erich Inciyan : Colonna dans le box, une tragédie en BD

 

* Ulrika Weiss est la magistrate en charge de la relation avec les médias.

 

© Images : Tignous – 12bis

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