Casiers Judiciaires (Tome 1)

Madame la Justice, levez-vous pour écouter la sentence de la Cour ! « Attendu que la justice est aveugle, Attendu que l’on peut rire de tout, Attendu que la raison du plus fort est toujours la meilleure, Attendu que le rire est le propre de l’homme, Attendu que la justice est le droit du plus faible, Attendu que nous avons suffisamment attendu »… Prépubliées à dose homéopathique depuis octobre 2007 dans les pages de Libération, le 16 avril 2008, c’est en album que nous retrouverons les tranches de vie de parquet de Lefred-Thouron et Diego Aranega, avec la parution de Casiers Judiciaires, Tome 1.
Madame la Justice, levez-vous pour écouter la sentence de la Cour !

 

« Attendu que la justice est aveugle, Attendu que l’on peut rire de tout, Attendu que la raison du plus fort est toujours la meilleure, Attendu que le rire est le propre de l’homme, Attendu que la justice est le droit du plus faible, Attendu que nous avons suffisamment attendu »… Prépubliées à dose homéopathique depuis octobre 2007 dans les pages de Libération, le 16 avril 2008, c’est en album que nous retrouverons les tranches de vie de parquet de Lefred-Thouron et Diego Aranega, avec la parution de Casiers Judiciaires, Tome 1.

Les auteurs ont écumé les tribunaux pour dresser un portrait cartoonesque et réaliste de la justice non médiatisée, celle qui ne traite pas des délits d’initiés, des contrats mirobolants, des plaintes pour protection de la vie privée des personnes publiques…

Sur le rôle du greffier : des vols minables, des attentats à la pudeur pathétiques, des défenses aussi bidons que les excuses des mis en examen, des justifications imbéciles. Des morceaux de bravoure en six cases et quarante-huit pages de comptes-rendus d’audience qui feraient regretter à la justice de ne pas être sourde.

Strip pas triste

La BD de Lefred-Thouron et Aranega est tranchante comme le glaive de la justice, mais pas sentencieuse. Parce qu’elle dépeint un spectacle de cour que l’on voudrait inventé pour le plaisir de se moquer de justiciables pitoyables, héros à leur corps défendu. On pourrait croire que ce sont les Groseille d’Etienne Chatiliez mis au ban des accusés, défendus ou poursuivis par des Le Quesnoy interloqués et réprobateurs. La commisération et la moquerie gratuite en moins, la caricature fait mouche, parce que l’on devine que ce n’en est pas une.

Dans Casiers judiciaires, ainsi va la justice des petites gens : avec ses plaintes pour harcèlement, son exhibitionnisme de quartier, ses chauffards ivrognes qui, le jour de leur procès demandent « une suspension de séance pour aller mettre des sous dans l’horodateur »…

Loi de Murphy et loi tout court

« Monsieur X dérobe la sacoche d’un honnête travailleur pour le moment sans emploi…

Il s’empare de l’argent, du chéquier, conserve les papiers et se débarrasse du reste… Scénario classique.

(…) [Il] se précipite dans la première grande surface venue pour dépenser une fortune en jeux électroniques et confiseries…

Il règle par chèque, mais sur la carte d’identité qu’il présente, la caissière reconnaît son propre frère !

Pour finir, notre jeune ami demande ici même la clémence au motif que, je le cite : « un pareil manque de fion mérite dédommagement ». »

Sous sa robe stricte et roide, la justice n’est pas austère. Loin de là. Il suffit de lire Casiers Judiciaires pour s’en persuader. Lefred-Thouron et Diego Aranega sont donc coupables de nous interpeller tout en nous faisant rire, à travers cette photographie au vitriol à peine distillé.

On dit souvent que la réalité dépasse la fiction. Avec Casiers Judiciaires, on ne peut que s’en réjouir. Dans ces cas d’espèces, ces espèces de cas sociaux pointent la bêtise du système autant que des assignés à (con)paraître. La lecture de l’album condamne à rire, le dessin est nerveux, dans la veine des strips made in US de six cases, à la chute absurde, surréaliste parfois, et dont les dépens se payent comptant.

Sans trahir le secret de l’instruction, le verdict est unanime, et en attendant, entre deux plaidoiries et trois réquisitoires, la drôle de justice de Lefred-Thouron et Aranega porte robe et examine les dossiers gratinés avec une justesse drôle. La carte (judiciaire) de Casiers… n’est pas celle du tendre. Elle brocarde sec, pastiche peu, et se marre franchement.

Mais ça, le lecteur appréciera.

casiers1.jpg Dominique Bry

Casiers judiciaires - Lefred-Thouron & Diego Aranega - Tome 1 – Dargaud – 10,40 € - En librairie le 16 avril 2008

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.