N’effacez pas nos traces !

N’effacez pas nos traces, l’album-mémoire de Dominique Grange, nous offre plus qu’une simple illustration de la volonté et l’engagement de l’auteure-compositeure, avec la magnifique mise en images de Tardi.1968-2008. Quarante ans ont passé. A l’heure des anniversaires et des commémorations, comment ne pas se souvenir du printemps 68 comme de l’explosion des expressions de la contestation, des luttes, du malaise d’une génération entière ? L’affichage était sauvage et révolutionnaire, les slogans forts et leur représentation conséquente. 

N’effacez pas nos traces, l’album-mémoire de Dominique Grange, nous offre plus qu’une simple illustration de la volonté et l’engagement de l’auteure-compositeure, avec la magnifique mise en images de Tardi.1968-2008. Quarante ans ont passé. A l’heure des anniversaires et des commémorations, comment ne pas se souvenir du printemps 68 comme de l’explosion des expressions de la contestation, des luttes, du malaise d’une génération entière ? L’affichage était sauvage et révolutionnaire, les slogans forts et leur représentation conséquente.

 

 

Chanteuse aux textes libertaires et contestataires, Dominique Grange a activement participé aux évènements de mai 68, elle a milité en faveur des luttes sociales, s'est battue contre les inégalités. Traductrice et scénariste de bande dessinée, c’est tout naturellement que celle-ci a inspiré Jacques Tardi et c’est un véritable "double album" que nous propose Casterman. Musical et engagé, « à perpétuité », dit Dominique Grange ; noir et lyrique à la fois, dans la forme, comme dans le fond.

 

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 De gouache et de gouaille

Quinze chansons. À texte, comme on le dit souvent. Quinze illustrations d’un univers ancré dans l’époque, les convictions chevillées au corps et à l’âme.

L’usine, l’action policière, les pavés, la plage, la Commune, les communs, la mort, la chienlit, les grèves, la grève, la liberté, la fraternité, les inégalités... Dominique Grange et Tardi nous bercent de leurs mots et de leurs passions, le dessin est évocateur, sombre, lyrique.

Le mélange est saisissant. À écouter les paroles, sur des accents de musique populaire, avec un bandonéon triste, une guitare sèche, à « feuilleter, page après page, l’album de notre mémoire collective » (Dominique Grange), on plonge dans un Paris d’un autre temps, dans une Histoire encore proche, mais parfois si lointaine. C’est par ailleurs une BD d’atmosphère, avec des évocations lapidaires et puissantes, que Tardi maîtrise parfaitement, dans les regards de ses personnages, dans le silence des détails architecturaux, dans la force des symboles utilisés.

Droit d’asile, Paris ce printemps-là, Entre océan et cordillère : Les chansons se succèdent, les pages se tournent, mais pas celle de l’Histoire. Les évènements sont ceux du quotidien d’alors, avec la violence omniprésente, le désespoir de ceux qui luttent et résistent aux oppressions, le rouge sang des révolutionnaires coule au fil des cases, les couleurs explosent.

 Il n’y a pas de filigrane mais un fil rouge. Grâce au talent des deux compagnons, le souffle est là, le malheur aussi, et paradoxalement, l’optimisme jaillit de l’expressionnisme. Les mots soulignent le dessin, le dessin surligne les textes.

 C’est une promenade de printemps, comme ces personnages qui traversent les beaux et mauvais jours de 1968, spectateurs indifférents et concernés à la fois, côtoyant la détresse et l’injustice, mesurant leur impuissance. Il y a du fatalisme et des regrets dans N’effacez pas nos traces ! Il y a de l’espoir et de l’envie.

 Il y a la tentation de vouloir continuer le combat. Parce que ce n’était que le début. Il y a la volonté de se dire que la lutte n’est pas finie. Et qu’elle peut recommencer. En refermant ce livre, aux pages engagées sur la voie de la mémoire, ce sentiment se prolonge.

 C’est un écho à l’actualité de 2008 comme un renvoi aux siècles passés qui ont vu s’animer les rues de Paris, entendu s’élever les chants des faubourgs, et vu écrire les passages sans gloire de notre histoire, mais aussi les plus dignes. Mai 68 est ici célébré sans être magnifié, repris sans être récupéré. Nous sommes tous des héritiers de ce passé. Chaque époque porte sa responsabilité. Dominique Grange et Tardi nous le disent :

 N’effacez pas nos traces !

Tout est écrit dedans

Pour qu’un jour en passant

Ces petits cailloux blancs

Nos enfants les ramassent…

 - D.B.

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  • N’effacez pas nos traces ! – Chansons de Dominique Grange / Mise en Images de Tardi – Casterman - Avril 2008 – 19€

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