Tamara Drewe

Quatre saisons dans la campagne anglaise : un cottage, une hôtesse et épouse dévouée, des écrivains en quête d’inspiration et de muse, une ombre sensuelle.

Quatre saisons dans la campagne anglaise : un cottage, une hôtesse et épouse dévouée, des écrivains en quête d’inspiration et de muse, une ombre sensuelle. Celle de Tamara Drewe. Par Posy Simmonds. 

La présentation hors compétition au 63ème Festival de Cannes du film Tamara Drewe, réalisé par Stephen Frears, est l'occasion de revenir sur la BD dont est tirée l'adaptation sur grand écran. Le film sortira en France le 14 juillet 2010 avec Gemma Arterton dans le rôle titre.

 

 © Posy Simmonds © Posy Simmonds

A l'origine, Tamara Drewe est un strip hebdomadaire paru dans Le Guardian, dont Posy Simmonds est depuis 1977 la dessinatrice vedette. En 2001, le public français avait découvert son talent avec Gemma Bovery, adaptation libre de Gustave Flaubert en Normandie et à l’anglaise. Avec Tamara Drewe, Posy Simmonds a écrit et dessiné cette histoire inspirée de Thomas Hardy (Loin de la foule déchaînée), et encensée par Tom Wolfe. Tamara Drewe est un roman graphique à l’intrigue pleine, aux personnages fouillés. Surprenant dans sa lecture comme dans le traitement des intrigues et les thèmes abordés, modernes, en prise avec la réalité. Posy Simmonds met en scène une retraite d’écrivains, lieu d’inspirations et de réflexions, un trio de narrateurs, des personnages secondaires, seconds, et une figure centrale : Tamara. La lecture défile comme on visiterait la lande en Cornouailles. Le regard tour à tour attiré par le classicisme et le réalisme des dessins, par les dialogues précis et l'humour affleurant, par la romance qui s’écrit en marge des strips et des cases.  

 

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La découverte est d’autant plus déroutante que Posy Simmonds y ajoute une dimension : la mise en abyme de son personnage principal, par l’insertion de coupures d’articles écrits par l’héroïne. Par l’auteur elle-même ? La tentation de la confusion est intéressante. Tamara Drewe est un livre choral, aux voix dissonantes (en apparence du moins), avec une théâtralité : le nom des personnages s'inscrit devant chaque monologue (pensées ou fulgurances qui permettent de mieux saisir la complexité des rapports qui lient les protagonistes entre eux). La trame est parfois complexe, complexifiée, les ressorts scénaristiques sont nombreux. Pour mieux perdre le lecteur et le ramener à l’essentiel : les rapports humains au centre de cette histoire d’une femme venue perturber (malgré elle ?) la relative tranquillité de cette pension calme en apparence, reculée, propice à la création. Loin de tout.

 

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Glen est un universitaire américain venu s’isoler pour travailler, tout en étant immédiatement mal à l’aise en raison du « confort insolent ». Est-ce qu’un écrivain vivant comme un coq en pâte peut espérer la visite de sa Muse ? Beth est la maîtresse de maison, épouse dévouée à son mari romancier à succès. Elle cultive l’efficacité et le déni. Pour le bien de son époux, celui de ses pensionnaires : « oui, mais il faut bien que quelqu’un se tracasse, pour diriger un endroit comme Stonefield. Veille sans cesse au grain : incendie, salmonelle, écrivains qui trébuchent, s’ébouillantent, s’électrocutent. Bon, au moins, on ne peut pas nous rendre responsable de la canicule. » Casey est une ado comme tant d'autres. Elle et son amie Jody jouent à des jeux qui sont pas de leur âge : grandir sans perdre leur innocence, avec la volonté farouche d’échapper à un destin campagnard. Des rêves people et des passions amoureuses naissantes (réelles ou inventées) plein la tête.

Et puis, il y a Tamara. Femme icône, objet de fantasme, inaccessible parce qu’elle a sa chronique dans un tabloïd londonien, sensuelle et charmeuse, troublante et trouble-fête, fruit défendu à son corps défendant. Tamara a ressenti un besoin. Celui de se couper de son quotidien pour un temps. Elle a fait le choix d'une retraite, « loin de la foule déchaînée », dans ce « cottage de conte de fées ». 

 

 

Etrange, le genre de regard qu’une jolie femme s’attire. N’importe quelle autre créature belle et féconde – une superbe brebis, mettons – est contemplée avec admiration. Ici, je ne sens rien de tel. Je capte… du désir, oui (…).

 

Tamara Drewe est un conte moderne dans la grande tradition des romans anglais. Qui déroule une intrigue délicieusement torturée, comme le sont les protagonistes, écrivant le destin de chacun en regard des autres, sentiments et pensées imbriqués. Ce très beau roman graphique aux couleurs des saisons du cœur explore les passions, les secrets et les mensonges, les raisons et les sentiments.

 

DB

 

Tamara Drewe, par Posy Simmonds, Traduit par Lili Sztajn, Denoël Graphic, 134 pp., 23,50 euros

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