Quand la BD parle d’amour

Quand la BD parle d’amour, elle parle au féminin, et il faut le souligner. Quand deux histoires de cœur s’emboîtent le pas dans les rayons des libraires, et qu’elles évoquent des destins de femmes qui parlent à tous, avec une poésie et une tendresse rare, il faut le saluer.

Quand la BD parle d’amour, elle parle au féminin, et il faut le souligner. Quand deux histoires de cœur s’emboîtent le pas dans les rayons des libraires, et qu’elles évoquent des destins de femmes qui parlent à tous, avec une poésie et une tendresse rare, il faut le saluer.

Le tome 3 des Cœurs Boudinés est sorti vendredi 16 mai, intitulé Des canards et des hommes. Ecrit et dessiné par Jean-Paul Krassinsky qui poursuit son exploration du cœur des femmes et des aléas amoureux de ses personnages. Le même jour est paru Je t’ai aimé comme on aime les cons de Maria José Gimenez et José Miguel Fonollosa, histoire unique où l’on découvre le destin de Miranda et son état d’esprit passé et présent.

 

Le cœur des femmes est tendre, malléable, il a souffert, il ne veut plus souffrir. Mais l’espoir n’est pas mort pour autant, de même que le rire. C’est une double jubilation de voir évoluer Rosy dans Les cœurs boudinés et Miranda dans Je t’ai aimé (…). Dans les deux cas, on navigue dans une amertume douce, enveloppée de poésie moderne, en prise sur le monde avec une trop rare acuité.

 

Rosy vit à Londres. Miranda voudrait revenir à Valence. Rosy en a marre du célibat, Miranda en a marre de son compagnon. Rosy vit mal sa condition de Bridget Jones parent isolée, vivant avec sa petite fille espiègle et perdue. Miranda vit mal la distance qui la sépare de ses rêves et de ses amis, de sa famille. Les deux albums abordent le thème des histoires d’amour qui commencent ou finissent mal. Et de belle manière. Des canards et des hommes

 

Avec un humour subtil et british pour l’une, résolument moderne, ancré dans le quotidien de contemporains aux vies non linéaires, avec ses gimmicks, ses aléas devenus normalité. Le trait est acéré. Au sens propre.

 

 

 

Les personnages sont anguleux, les dialogues ciselés. Je t’ai aimé comme on aime les cons Pour l’autre, dans un registre noir et blanc volontaire et une écriture omniprésente, on est dans la rupture, thème central et structure de l’histoire à la fois. On ne voit pas le minimalisme des décors, on ressent l’absence vécue par le personnage central, son sentiment d’exilée quel que soit l’endroit où elle se trouve et les êtres qu’elle croise. Le dessin est vivant, rond, avec un relief et un mouvement permanent, malgré le désespoir qui affleure, et l’inéluctabilité des choses, déjà annoncée par le titre, génial s’il en est. Et les hommes dans tout ça ? Ils sont lâches. Ils sont maladroits. Ils sont ce que ne veulent pas les femmes. Et le contraire. Les personnages féminins ont le premier rôle. Les hommes pas le beau. Mais ça leur va bien. Rosy aime. Miranda n’aime plus. Mais l’espoir est toujours là. Avec ses promesses à tenir, ses envies à assouvir. Ce futur à construire. A un, à deux, ou plus.

 

Je t’ai aimé comme on aime les cons est donc cette fable triste de la reconstruction d’une femme. Moderne et perdue, mais qui a décidé de ne plus aller puiser dans son passé les raisons de son futur. Mais bien dans son présent. Des canards et des hommes est donc un conte de la modernité, des rapports entre les hommes et une femme éperdue. Passionnée et volontaire. Qui raille le regard des autres et se moque des conventions.

 

Quand la BD parle d’amour, c’est à lire et à voir, c’est plein de fraîcheur et d’espoir. C’est drôle. Parfois même sans le savoir.

 

DB

 

Je t’ai aimé comme on aime les cons – Fonollosa et Gimenez –2008 – Dargaud- 8,50€

 

Les Cœurs Boudinés. Des Canards et des hommes – Krassinsky –2008 – Dargaud – 13€

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