Marilyn la Dingue

New York, les bas-fonds, la pègre, un monde interlope et dur.

New York, les bas-fonds, la pègre, un monde interlope et dur. La peur semble régner à chaque coin de rue. La peur des gangsters, la peur de la justice et de leurs bras armés. Jérôme Charyn et Frédéric Rébéna nous mènent au cœur d’un quartier de New York, Brooklyn peut-être, où règne en maître un flic incorruptible et dur, respecté, craint, la simple évocation de son nom fait trembler n’importe qui. Isaac. Et Isaac a une fille : Marilyn.

 

 

Marilyn La Dingue est l’adaptation en BD du roman éponyme paru dans la Série Noire en 1974, par l’auteur lui-même, Jérôme Charyn, avec Frédédric Rébéna au dessin. Né de parents juifs russo-polonais, Jérôme Charyn a passé son enfance dans un quartier du Bronx, à New York, et est l’auteur de plus de trente romans, récits, essais, contes pour enfants, nouvelles… et d’une bande dessinée aujourd’hui.

 

Marilyn est la fille d’Isaac Sidel, Isaac le pur, deux fois divorcée, croqueuse d’hommes à son corps défendant parfois. Manfred est « yeux bleus », un flic intègre, amoureux de Marilyn. Issac, enfin, est le père de Marilyn et le patron de Manfred. Pas simple.

Marilyn La Dingue est une BD d’atmosphère, une série noire confinée, les cases sont étroites, l’ambiance prégnante. L’utilisation de plans rapprochés et de plans américains est systématique. Comme pour souligner le caractère exigu, étouffant, de l’intrigue et la psychologie autocentrée de chacun des personnages.

 

 

 

Tout tourne autour d’Isaac le pur : ses ennemis, ses amis, ses subordonnés, sa famille… la ville entière même. Ce n’est pas Isaac qui tourne dans New York à la recherche des agresseurs de sa mère, de la fille d’un de ses amis d’enfance, ou d’un tuyau sur les actions du gang des sucettes. Il est l’épicentre de ce monde clos où la prostitution arrache les filles de famille à leurs pères, où les femmes se font violenter, où les enfants doivent tuer le père – métaphoriquement parlant – pour mieux vivre. Car Marilyn veut vivre. Loin de l’emprise de son policier de père. Près de Manfred, figure rassurante et droite, aux yeux azur hypnotiques et au verbe rare. Steve McQueen en Franck Bullit n’est pas loin.

Le dessin de Frédéric Rébéna est ténu, cassant, anguleux. Loin de son domaine de prédilection, l’univers jeunesse, Marilyn La Dingue lui permet cette entrée dans le monde de la BD adulte, en allant puiser dans le cinéma US des années 70, dans Scorcese, Lumet… En reprenant à son compte les personnages du roman de Jérôme Charyn, il met en scène une Marilyn sensuelle, inévitablement attirante, brune (hors des clichés dévolus au prénom mythique). La Marilyn de Rébéna est le point focal et le fantasme universel. Sœur, fille, amante, charriant le désir des hommes malgré elle, fragile, fragilisée, rêvant d’une liberté toujours refusée. Mais comment faire quand son père s’appelle Isaac Sidel et qu’il tient la ville entre ses mains ?

 

Marilyn La Dingue est une série noire en couleurs. Le melting pot, le New York ethnique de Jérôme Charyn et Frédéric Rébéna sont un hommage au genre. Mêlant sensualité et âpreté du monde. Les Noirs, les Juifs, les Italo-américains, les Chinois… tous gravitent autour d’Isaac, Manfred, Esther, Rupert… Marilyn. Mais comment échapper à son destin ?

 

DB

Marilyn La Dingue, Charyn-Rébéna, Denoël Graphic, 78 p., 17 €

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