Il aurait eu 89 ans en 2009 si la grande faucheuse ne l’avait ramassé en pleine projection de J’irai cracher sur vos tombes, le 23 juin 1959. Avec raison, Boris Vian disait de lui qu’il ne vivrait pas jusqu’à quarante ans. Ses talents étaient nombreux, son talent était immense, sa maladie était sa solitude.

 

Dans Piscine Molitor, Cailleaux et Bourhis ressuscitent Vian et nous font revivre, au travers du parcours du célèbre auteur de L’Arrache-cœur et de L’Ecume des jours, trente années d’errances, de génie, de créations, de créativité. A l’occasion de l’anniversaire du cinquantenaire de sa mort, Piscine Molitor fête le « transcendant satrape » du Collège de Pataphysique, tour à tour Vernon Sullivan, Bison Ravi, Baron Visi ou Brisavion, dans un album où l’on (re)découvre que Boris Vian fut ce génie torturé, brillant et effacé à la fois, en proie à la maladie dès son jeune âge, en butte avec la vie tout au long de son existence.

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On a justement et souvent décrit Boris Vian comme un touche-à-tout de génie, Centralien, écrivain, inventeur, poète, parolier, chanteur, critique et trompettiste de jazz, conférencier, scénariste et traducteur… il est éternellement indissociable du Saint-Germain-des-Prés de l’après-guerre. Contemporain de Sartre, croisant Yéhudi Menuhin, Jacques Prévert, ami de Queneau et de Miles Davis, compère farceur d’Henri Salvador, Boris Vian a marqué les années 50 de son vivant, et les générations suivantes après sa mort.

 

Piscine Molitor est la première biographie en bande dessinée de celui qui disait que « cette histoire est totalement vraie, puisque je l’ai imaginée de bout en bout ». Le dessinateur de R97 et des Imposteurs s’est allié au scénariste du Stéréo Club et d’Un enterrement d’une vie de jeune fille pour retracer la vie de l’auteur d’Un Automne à Pékin et de Les morts ont tous la même peau.

 

Dans cet album intimiste et fort, on découvre le jeune Boris adepte des sociétés secrètes pour rire (Le cercle Legateux), lettré (bachelier à 16 ans), créatif et très tôt doué pour les instruments (guitare, trompette, batterie). On rencontre Vian Centralien, fuyant Paris occupé, croisant la route du « Major » personnage fantasque et haut en couleur (Jacques Loustalot, qui lui inspirera plusieurs personnages romanesques)… On suit Bison Ravi, Équarrisseur de première classe du Collège de Pataphysique et joueur de trompinette au Club Tabou. Il côtoie Juliette Gréco et le tout Paris.

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On perçoit la détresse de l’écrivain et les paradoxes de l’homme : il publie sous pseudonyme. Mais ne reconnaît que les œuvres qu’il publie sous son vrai nom. Il a l’absurde chevillé au corps (il invente et théorise) tout en travaillant à l’Agence Française de Normalisation. Et puis il y a la maladie, une insuffisance aortique, qui l’oblige à se ménager alors qu’il voudrait mordre la vie à pleines dents, quitte à en mourir. La vie le malmène. Il subit les procès et la vindicte populaire. Il affronte le public qui le décrie et se confronte à ce que l’on a fait de son œuvre quand J’irai cracher sur vos tombes est projeté pour la première fois. Alors qu’il n’a pas souhaité que son nom apparaisse au générique.

 

Piscine Molitor retrace les dernières heures de la vie de Boris Vian en ce matin de juin 1959. Cailleaux et Bourhis ont su faire transparaître la désespérance et les démons de l’homme, les espoirs et les inspirations de l’écrivain.

 

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Piscine Molitor est un album testament, une histoire totalement vraie, parce que Boris Vian l’a vécue jusqu'au bout. Il n’avait pas quarante ans. Il l’avait dit.

 

DB

 

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Piscine Molitor, Cailleaux et Bourhis, Aire Libre (Dupuis), 15 € 50

 

Parution le 22 mai 2009

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Son nénuphar l'a emporté. Il nous a laissé seuls à écumer le piano bar. Mais sa trompinette ne s'est jamais vraiment tue car il avait su nous arracher le cœur comme personne. Merci à lui. A toi aussi de nous reparler de lui. Nous sommes tous un peu les enfants de Vian.