Lucky Luke, en hommage à Morris et Goscinny

Air connu: «La bande dessinée franco-belge a rarement connu d’adaptations cinématographiques dignes de ce nom (et encore moins de son rang) sur grand écran.»

Air connu: «La bande dessinée franco-belge a rarement connu d’adaptations cinématographiques dignes de ce nom (et encore moins de son rang) sur grand écran.» Et de passer en revue (souvent avec raison) Tintin et les oranges bleues, Blueberry, Astérix aux Jeux Olympiques… Mais disons-le tout de suite et tout net : Lucky Luke de James Huth et incarné par Jean Dujardin, c’est une autre paire de comanches !

 

En 2009, Lucky Luke, le plus célèbre cow-boy de papier, se voit fêté à plus d’un titre… Non content de célébrer son soixante-troisième anniversaire, la création de Morris poursuit ses aventures sous la houlette de repreneurs successifs. Le dessin animé a été bien évidemment un prolongement naturel pour cette bd phare, et la collection s’enrichit de nouveaux titres – le prochain est annoncé pour 2011 - et de rééditions régulières qui viennent pérenniser un lectorat déjà fidèle. Faisant de Lucky Luke et de ses franchises un blockbuster du 9ème art.

 

Au cinéma en revanche, la filiation est moins évidente. Avec les adaptations par Terence Hill en 1991 et par Philippe Haim en 2003, le passage au grand écran de Lucky Luke avec des acteurs de chair et d’os n’a pas été couronné de succès. Loin s’en faut. Autant dire que le pari d’adapter les aventures de Lucky Luke n’était pas gagné d’avance. James Huth a repris la trame de Daisy Town, dessin animé naïf et bon enfant réalisé par René Goscinny et Pierre Tchernia en 1971, pour réaliser ce qui est depuis aujourd’hui ni plus ni moins qu’une O.W.N.I. : une « Ode au Western Naturalisé Italien », et un hommage au monde écrit et dessiné par Goscinny et Morris.

 

Lucky Luke par Dujardin, c’est également un pari. Parce qu’il est bourré de talent(s), bankable, qu’on le voit partout, on pourra dire qu’il en fait trop, etc… etc… Qu’on le veuille ou non, Jean Dujardin a la gueule et le physique du personnage. Lucky Luke, c’est lui. Et il incarne donc le cow-boy le plus français à l’ouest du Pecos, yeux plissés dans le soleil couchant, coiffure statique permanentée, jambes arquées à l’extrême, avec juste ce qu’il faut d’autodérision ajoutée au côté entier du personnage de papier… sans jamais tomber dans le pastiche.

 

A ses côtés, on trouve Mickael Youn (que l’on se surprend même à apprécier) dans le rôle de Billy The Kid ; Melvil Poupaud méconnaissable et savoureux en Jessie « j’adore citer Shakespeare » James ; et Sylvie Testud en Calamity Jane à la masculinité troublée par le grand brun à la mèche tout sauf rebelle. Sans oublier Daniel Prévost en Pat Poker, qui apporte une grandiloquence à la Miguelito Loveless très éloignée du tricheur professionnel originel, qui fait de lui un vrai méchant de bédé.

 

Depuis 1946, année de sa création par Morris, Lucky Luke traverse les époques, héros de plusieurs générations de lecteurs, initialement chez Dupuis, puis Dargaud avec l’influence de Goscinny, enfin chez Lucky Comics. A ce jour, 73 albums ont paru. Des toutes premières histoires où l’homme qui tire plus vite que son ombre n’avait pas encore troqué son mégot décrié contre un innocent brin d’herbe aux toutes dernières, où il aide un président des Etats-Unis progressiste en butte aux lobbies, Lucky Luke est ce héros sans peur, sans famille et sans faille.

 

L’originalité du film de James Huth réside justement dans le parti pris de présenter un Lucky Luke en proie à ses démons, en montrant ses traumatismes, ses aspirations cachées, en explicitant ce qui a construit sa légende… Et James Huth et consorts réécrivent l’histoire. On y découvre pêle-mêle Lucky jeune, Lucky tireur d’élite à l’indéfectible confiance en lui. Lucky tel que lui-même, fidèle à son image : stetson vissé sur le crâne, boots sudistes et jeans à revers, chemise de toile couleur paille et bandana rouge… Et Lucky, finalement unlucky...

 

Les scénaristes se sont régalés à émailler le film de détails et d’appels subtils et à pimenter les scènes avec des clins d’oeil appuyés. De la bande originale aux enseignes des magasins, des longs plans fixes aux gros plans sur les regards mobiles, des cameo de personnages emblématiques de la bédé aux « tronches cartoonesques » plus vraies que nature. Pas grand-chose ne manque. Et les bédéphiles nourris de barbelés ou de rails sur la prairie, rêvant de ruée sur l’Oklahoma sous le soleil de l’Ouest y trouveront leur compte.

 

L’univers luckylukien est très présent – c’est le côté hommage – et James Huth y appose sa touche personnelle : réaliser un divertissement qui tire de vrais rires et exploite des situations et des ressorts connus pour mettre dans le mille. Tant dans l’évocation de ce Far-West de bédé au ciel d’un bleu immaculé que dans l'humour décalé, avec en prime les pitons rocheux idoines et le vent dans les cache-poussières… Le western spaghetti n’est pas loin, mais un spaghetti franco-belge. Ouaip !

 

 

DB

 

Lucky Luke, de James Huth, d’après l’œuvre de Morris et Goscinny. Avec Jean Dujardin, Alexandra Lamy, Daniel Prévost, Michaël Youn, Sylvie Testud, Melvil Poupaud…

 

Sortie le 21 octobre 2009

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.