Canardo : La Fille sans visage

Est-il nécessaire de présenter l’inspecteur Canardo ? Après 17 aventures, un paquet de paquets de clopes et quelques verres bien tassés, des fortunes diverses et un moral jamais beaucoup plus haut que les pare-chocs de sa Cadillac Eldorado 1956, Canardo revient pour un dix-huitième album, La Fille sans visage. 

Est-il nécessaire de présenter l’inspecteur Canardo ? Après 17 aventures, un paquet de paquets de clopes et quelques verres bien tassés, des fortunes diverses et un moral jamais beaucoup plus haut que les pare-chocs de sa Cadillac Eldorado 1956, Canardo revient pour un dix-huitième album, La Fille sans visage.

 

Ce soir-là, Canardo écluse pendant que Galina se déverse. Elle a raté sa nuit, pas un client en vue – un sponsor, dit-elle –, Galina est une femme de petite vertu – dit-on –. Et quand Canardo et la plantureuse jeune femme tournent le coin de la rue quelques centaines de mètres plus tard seulement, le destin (sous la forme d’une Porsche roulant trop vite) va se mettre en travers de leur route. Et quand la fatalité s’appelle Norbert de Cludezaque, héritier de la couronne du Belgambourg, l’accident est inévitable.

 

Benoit Sokal fait démarrer cette dix-huitième aventure sur les chapeaux de roue et par un accident de circulation des plus banals. Canardo et sa passagère sont hospitalisés dans une clinique pour nantis. Si pour l’inspecteur au physique de canard et au regard de magret déjà sous vide, se remettre de ses émotions et de ses blessures sera chose facile, pour Galina, en revanche, cela sera plus dur. Défigurée, la belle poule – au sens premier comme au second –, Galina ne peut que s’en remettre au responsable de l’accident, qui fantasme fort sur le joli corps sans défense et sans visage de la belle.

 

Cette fois-ci, c’est la gent people qui en prend pour son pédigrée. Sokal, prenant le parti de la BDanimalière – ses personnages ont de drôles de têtes d’oiseaux, de chiens, de bêtes à poils, à plumes, certains indéfinissables, et un corps humain. Sokal y va à fond dans le polar de papa, avec imperméable à la Colombo et réparties à la Mike Hammer pour Canardo. La fille sans visage a la plastique d’une page centrale de Playboy. Pour son plus grand malheur, et pour le plus grand bonheur de son souteneur et de l’Héritier. Et les caves ne se rebiffent pas, ils exultent au terminal des prétentieux.

 

La Fille sans visage. Le croisement entre la fin heureuse de l’accident de Lady Di et une version hardcore du Mariage du siècle, avec Anémone et Thierry Lhermitte. Le tout bien agité. Avec une superbe scène reprise des Cigares du Pharaon. Assaisonnée d’un zeste de Marque Jaune. En plus trash. La Fille sans visage est un savoureux mélange politiquement incorrect, comme souvent dans l’univers de Benoit Sokal, de références cinématographiques et littéraires nombreuses et de clins d’œil à l’actu.

 

L’intrigue policière se la joue Nestor Burma, Benoit Sokal se fait flingueur, il brocarde gentiment mais sûrement. Le secret, les perversions des grands de ce monde, les cuillers d’argent jamais recrachées, l’argent roi et les people… Ça cause, ça boit, ça flingue. On peut prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages, mais on ne prend pas Canardo pour un caneton sorti de l’œuf. Ce serait mal le juger.

 

 

 

DB

 

La Fille sans visage, Canardo, Benoit Sokal, Casterman, collection Ligne Rouge, 48 pages, 10 €.

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