Valérian et Laureline, L’OuvreTemps, fin d’une épopée

Quatre décennies de voyages dans le temps et l’espace s’achèvent. Difficile pour des auteurs de clore leur série, sûrement. Difficile d’accepter, en tant que lecteur, que les aventures de Valérian et Laureline prennent fin. 

Quatre décennies de voyages dans le temps et l’espace s’achèvent. Difficile pour des auteurs de clore leur série, sûrement. Difficile d’accepter, en tant que lecteur, que les aventures de Valérian et Laureline prennent fin.

 

 

 © Christin - Mézières - Dargaud © Christin - Mézières - Dargaud

Nées en 1967 sous la plume de Pierre Christin et les pinceaux de Jean-Claude Mézières, les aventures de Valérian et Laureline trouvent leur épilogue le 20 janvier 2010 après plus de quarante années (terriennes) de découvertes, de pérégrinations spatio-temporelles. Publiée en histoire dans les pages du journal Pilote à raison de deux planches par semaine, la première aventure ne sera éditée en album par Dargaud qu’en 1970, point de départ d’un long voyage, que les amateurs séparent en deux cycles distincts, le cycle temporel et le cycle spatial, jusqu’à cet OuvreTemps qui vient y mettre un terme.

Fleuron de la bande dessinée de science fiction, cette œuvre est un classique, assumons le paradoxe. Créée dans les années soixante, la série a conquis un large public, grâce à sa force narrative, avec cette structure éclatée, ces allers et retours incessants dans le temps, bousculant la chronologie. Résolument moderne pour l’époque de ses débuts, Valérian et Laureline a tour à tour inspiré et été inspirée. Il est indéniable que le dessin de Mézières, dans sa vision, dans sa représentation du futur, des décors aux costumes, souligné par les couleurs magnifiques d’Evelyne Tranlé depuis Terres en flammes, dans le graphisme des personnages extraterrestres a influencé le cinéma et les auteurs de bande dessinée qui l’ont suivi. Plus encore, il faut souligner l’emprise du réel sur l’imaginaire, sur l’imaginé. Les aventures de Valérian et Laureline sont empreintes d’un réalisme social qui leur confère des qualités dépassant le simple cadre de la bande dessinée SF. Ainsi, la France des années 80 serait le point focal vers lequel tendrait l’ensemble des aventures. Agent spatio-temporel en 2713, Valérian rencontrera Laureline en l’an Mil, (re)partira en quête de Galaxity en 3412, et tentera de sauver cette dernière en… 1986.

Difficile de ne pas souligner que Valérian et Laureline est une œuvre-monde, tant les scénarios de Pierre Christin sont aboutis, précis, les histoires et les personnages créés vivant sous sa plume des aventures extraordinaires dans un macrocosme ouvert et inventé. Inventif. Avec un soin tout particulier, l’auteur a su, d’album en album nous porter, nous faire vivre les plongées de ses protagonistes dans les arcanes des ces planètes, mondes, peuplades sortis tout droit de son imagination. Des Mauvais rêves à L’Ordre des Pierres, c’est bien une construction en plusieurs dimensions qui s’impose aux lecteurs. Pierre Christin et Jean-Claude Mézières ont su créer non pas un univers, mais des univers. En premier lieu, bien évidemment, l’ensemble des cycles, des histoires, qui se coupent, se recoupent, pour aboutir au final proposé avec L’OuvreTemps. Dans un second temps, il s’agit bien sûr de l’histoire (des histoires) de ces deux voyageurs qui tentant de sauver la terre (Galaxity) ont sillonné le temps et l’espace, créant (à leur insu ?) des futurs et des passés alternatifs, des mondes parallèles. Perdant parfois le lecteur dans ces méandres, jouant avec le grand curseur du temps, permettant ainsi de développer des aventures où l’imagination ne rencontrerait aucune frontière.

 

 © Christin - Mézières - Dargaud © Christin - Mézières - Dargaud

 

Difficile de ne pas souligner encore cette emprise sociale, avec ces détails, ces références (la campagne de vaccination obligatoire dansL’OuvreTemps, par exemple), la place de la femme (les héroïnes féminines étaient rares voire bannies de la BD dans les années 60-70), une conscience écologique avant-gardiste (dans Bienvenue sur Alflolol (1971-72), la question est posée : « jusqu'où l'industrie peut-elle mettre en péril une planète ? ». Valérian et Laureline, une BD visionnaire ?

 

 © Christin - Mézières - Dargaud © Christin - Mézières - Dargaud

 

L’OuvreTemps est le vingt-et-unième et dernier album de la série. A la fin du tome précédent, L’Ordre des Pierres, Valérian et Laureline erraient au bord du "Grand Rien", en proie au doute sur leur avenir et sur celui de l’humanité tout entière. Une fin de cycle comme la fin d’une époque. Difficile encore de ne pas dire qu’il s’agit d’une bande dessinée aboutie, complète, incontournable, qui puise aux sources de thèmes millénaires : quête du sens, spiritualité, oppressions et révolutions, quête des origines et de la filiation, technologie et écologie, peurs de l’avenir…

Que dire, pour finir, sinon qu’un dernier opus intitulé L’OuvreTemps ne peut être que porteur d’espoir.

 

DB

 

 © Christin - Mézières - Dargaud © Christin - Mézières - Dargaud

 

L’OuvreTemps, Valérian et Laurelin T 21, de Pierre Christin et Jean-Claude Mézières, Dargaud 2010, 11 € 50

Pour prolonger : Dargaud a réédité en 2009 Les Correspondances de Pierre Christin, publié initialement en format à l’italienne. Pierre Christin avait donné carte blanche à des amis dessinateurs (dont Jean-Claude Mézières, l’ami de toujours, et Enki Bilal ou André Juillard, entre autres) pour illustrer ses souvenirs, photos, textes de fiction ou non. Ces collaborations ont donné ces Correspondances, véritable roman de vie, revisitant voyages et souvenirs, créations et visions du monde par le scénariste de Valérian. A découvrir notamment cette politique fiction sur la Vème République mise en image par Alexis Lemoine, ou Le Sarcophage (avec Enki Bilal) inspiré par la catastrophe de Tchernobyl.

 

 

 © Dargaud © Dargaud

 

Les Correspondances de Pierre Christin, scénario de Pierre Christin, dessins de Philippe Aymond, Enki Bilal, Max Cabanes, Jean-Claude Denis, Jacques Ferrandez, Annie Goetzinger, André Juillard, Alexis Lemoine, Patrick Lesueur, Jean-Claude Mézières, Miguelanxo Prado. Dargaud 2009, 39 €

 

 © Gobelins © Gobelins

 

Double actualité : Depuis le 20 janvier (à l’occasion de la sortie de l’album L’OuvreTemps) et jusqu’au 5 mars 2010, Mézières et Christin sont à l’honneur à Gobelins, l’Ecole de l’Image à Paris. Une exposition consacrée à Valérian et Laureline, à l’univers de la série et des deux auteurs.

« Jean-Claude Mézières et Pierre Christin : tout Valérian et Laureline ! » : une trentaine de planches originales sont exposées, des inédits, des études, des crayonnés, les couvertures des albums sont présentés. C’est l’occasion de (re)découvrir la série emblématique de la bd de science-fiction, ainsi que de contempler le travail de Jean-Claude Mézières pour Luc Besson dans la création des décors du Cinquième élément.

« Jean-Claude Mézières et Pierre Christin : tout Valérian et Laureline ! »

Exposition du 20 janvier au 5 mars 2010

Du lundi au vendredi, de 10 heures à 18h30

GOBELINS, l’école de l’image

73, bd Saint-Marcel – 75013 Paris

Le site de Gobelins, L'école de l'image.

 

 © Christin - Mézières - Dargaud © Christin - Mézières - Dargaud

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.