Vincent Truffy
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Billet de blog 23 avr. 2012

Super-anticapitaliste

Thomas Revanche a de faux airs de Clark Kent : menton carré, brushing soigné, accroche-cœur, costume et lunettes. Comme lui, il vit une double vie, d'obscur sous-fifre et de super-héros. Comme lui, il punit les délinquants. Mais les siens portent le col blanc.

Vincent Truffy
Journaliste à Mediapart
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Thomas Revanche a de faux airs de Clark Kent : menton carré, brushing soigné, accroche-cœur, costume et lunettes. Comme lui, il vit une double vie, d'obscur sous-fifre et de super-héros. Comme lui, il punit les délinquants. Mais les siens portent le col blanc. « Dans la journée, je suis l'assistant de la présidente de la plus grosse organisation patronale du pays », explique Revanche. Celle-ci – toute ressemblance avec l'ex-patronne de l'Ifop, etc. – se prénomme Laurence et dirige le Modef. « Le reste du temps, je restaure la justice sociale. » 

© RATMVEVO

Il donne ses rendez-vous au fond de la boutique d'un bouquiniste du XVIIIe, Les Raisins de la colère, et se fait appeler Tom Joad comme le héros de Steinbeck. Ceux qu'il rencontre ont été licenciés, harcelés, humiliés. Ses cibles ont exploité, viré sans sommation, délocalisé, parfois même sont partis avec les machines. Et Revanche se charge de réduire la fracture sociale manu militari. 

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« Il a un côté super-héros du quotidien, explique le scénariste Nicolas Pothier (Ratafia, Caktus...). Quand j'ai envoyé le scénario à Chauzy (qui a cosigné La Vie secrète de Marine Le Pen avec Caroline Fourest), il l'a dessiné comme Superman, et ça convient assez bien, parce que c'est à la fois très réaliste par les sujets – que j'ai trouvé dans les journaux ou à la télé – et pas du tout si l'on regarde l'histoire. C'est assez courant dans les polars, par exemple : on prend des problèmes de société, on met une couche de polar par-dessus, mais ce qu'on raconte c'est quand même ce qui se passe dans la société. »

Pas dans de complexe luttes syndicales ou de long combats prudhommaux, certes : Revanche est clairement partisan de l'action directe et de la propagande par le fait. Au point que Laurence s'en inquiète à la fin de ce premier tome : un « violent discours antilibéral prend de l'ampleur sur Internet », « Non seulement nos idées sont piétinées sur le Net, mais en plus, nos dirigeants sont vraiment agressés dans la réalité ».

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Au détour des cases, on découvre de vrais morceaux de faits divers sociaux – les machines de l'usine de chips Flodor de Péronne (Somme) démontées dans la nuit pour être expédiées en Italie –, des slogans plus vraies que nature – la phrase « La vie, la santé, l’amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ? » attribuée au « patron pédagogue » Benjamin Forseps dans l'album est griffée Parisot dans la vie –, la médiocrité banale de la vie au bureau ou à l'usine.

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« Souvent quand on regarde des reportages à la télé, on n'a pas la suite de l'histoire, poursuit Nicolas Pothier. Quand quelqu'un part avec les machines d'une usine, on se demande comment il est possible qu'on n'ait pas réussi à la rattraper. Je me suis dit que j'allais raconter ce qui se passe ensuite, avec mon justicier. Mais il ne résout pas les problèmes de la société. D’ailleurs à la fin de l'épisode sur le marchand de sommeil, il arrête le type qui ramasse les loyers, mais le taudis va être rasé et ceux qu'il devait aider vont être expulsés et il ne leur apporte aucune solution. »

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Les deux auteurs prévoient de « donner un peu plus d'épaisseur » à ce héros encore très lisse au sortir du premier tome. Dans le deuxième opus, on devrait en apprendre un peu plus sur les motivations de Revanche, comprendre ce qui le lie à ceux qui l'aident, la conseillère de Pôle emploi qui lui signale les « affaires » et le bouquiniste qui lui sert de cabine téléphonique. Peut-être complexifier un peu l'opposition des méchants patrons et des gentils salariés, avec un  personnage de syndicaliste véreux. Et même, promet Nicolas Pothier, une intrigue secondaire, avec un policier ou un journaliste qui va essayer de découvrir qui il est.

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De quoi étoffer une saga à succès façon Largo Winch, le super héritier – « sauf que c'est un anti-Largo Winch », précise Nicolas Pothier : « dans chaque histoire, j'ai voulu faire ressentir qu'on ne s'intéresse plus aux hommes. Revanche s'occupe des gens dont la société ne veut plus s'occuper. » Et pour cela, assure-t-il, l'actualité se charge de lui fournir en abondance la matière des prochaines aventures.

  •  Revanche. Tome 1 : Société anonyme, scénario Nicolas Pothier, dessin Jean-Christophe Chauzy, Glénat éd., collection « Treize étrange »,

     

    48 pages, 13,90 euros.

A signaler ailleurs sur le Web : « Wonder Woman et Nathalie Arthaud, même combat », article de Seghir Lazri publié par Street Press, qui explique, pour faire vite, que Arthaud = Wonder Woman, Poutou = Blade, Mélenchon = Guy Fawkes (version Alan Moore), Joly = Captain Planet, Hollande = Superman, Bayrou = Captain America, Sarkozy = Iron Man, Dupont-Aignan = Super Dupont, Cheminade = Ozymandias (des Watchmen), Le Pen = Leonidas (version Frank Miller).

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