Midam, dessinateur, éditeur et "crowdsourceur"

Midam est le créateur de Kid Paddle, jeune héros au succès indéniable (plus de 4 millions d’albums vendus depuis 1996) dont le 12ème épisode est annoncé pour septembre 2011.

Midam est le créateur de Kid Paddle, jeune héros au succès indéniable (plus de 4 millions d’albums vendus depuis 1996) dont le 12ème épisode est annoncé pour septembre 2011.

Conçue comme un spin-off, la série Game Over a emboité le pas à son illustre grand frère et le tome 5 a paru le 1er septembre. Rencontre et interview de Midam et Araceli (le « M » et le « A » de MAD Fabrik) dans Comic Strip pour Mediapart.

 

Walking blork est le cinquième tome de la série Game Over, c’est en revanche le premier album à paraître sous le label MAD Fabrik…

Midam : c’est le premier album de bande dessinée édité par MAD (NDR : (du nom des créateurs Midam, Araceli Cancino et Dimitri Kennes). Avant cela, il y a eu un produit qui n’était pas vraiment une bédé : c’était un livre écolo à vocation pédagogique (dans lequel il y avait quand même un peu de bande dessinée). Araceli en a conçu le contenu et je suis intervenu comme illustrateur. C’était d’ailleurs mon premier métier quand j’ai commencé chez Spirou.

 

GO_T5.jpg

 

Comment est née l’envie d’avoir son propre label ?

Midam : c’est un processus long. J’ai été sous contrat avec les éditions Dupuis pendant quinze ans et les dernières années, j’ai mené une réflexion sur l’édition qui m’a amené vers la possibilité de m’autoéditer. Il y a deux ans environ, ce que l’on voulait, c’était créer une société qui s’occupe du merchandising. J’estime que mon métier dépasse le simple cadre de créateur de bandes dessinées. J’avais envie d’être créatif également en inventant un jouet marrant, en créant une ligne de vêtements, en inventant des produits dérivés… J’avais plein d’idées et j’avais aussi l’impression que je ne trahissais pas la bd, au contraire, je trouvais que c’est tout à fait cohérent avec les personnages. On a donc rencontré Dimitri Kennes avec qui j’avais travaillé chez Dupuis et on lui a exposé notre projet. Il nous alors encouragé à poursuivre mais en nous proposant d’aller plus loin et d’autoéditer les albums.

Araceli : pour autant, ça nous a fait peur, car si on maîtrisait le domaine des produits dérivés, le monde de l’édition nous était complètement inconnu.

Midam : nous n’étions pas convaincus, ça nous faisait un peu peur de nous lancer. Mais en parlant un peu plus avec Dimitri, on lui a proposé de s’associer et on a créé MAD Fabrik. Pour être complet, le contrat avec Dupuis se terminant au 1er juillet 2010, on ne pouvait exploiter tous les personnages avant cette date. Et c’est pour cela que nous avons créé le personnage de Grrreeny, et édité l’album Sors tes griffes pour la planète en premier.

 © Midam / MAD Fabrik © Midam / MAD Fabrik

Avec cette première parution, le projet est devenu extrêmement clair : pratiquer une gestion exclusive d’un univers pour être plus fort. Ainsi, on se met à l’abri des choix faits par l’éditeur qui a beaucoup de références et d’univers à son catalogue et qui donne des priorités selon les années et les sorties.

L’autre point important : Kid Paddle a eu la très grande chance d’être exploité sous différentes formes. La bd bien sûr, le dessin animé et les licences. On s’est rendu compte que chaque adaptation était travaillée dans des structures spécifiques et parfois sans lien entre elles. MAD Fabrik centralise désormais tout ce qui touche à l’univers des personnages de Midam. Déjà, quand nous étions chez Dupuis, nous voulions avoir davantage la main sur nos créations.

Araceli : nous sommes une petite équipe, mais chacun des membres est spécialisé et centré sur Kid Paddle. De la psychologie du personnage aux choix que nous faisons, tout est construit pour que l’on ne s’occupe et que l’on ne s’intéresse qu’à un univers. Celui de Midam. C’est un pari que nous faisons aujourd’hui. MAD Fabrik a beaucoup de projets. Il y a eu Grrreeny, l’agenda Kid Paddle, le tome 5 de Game Over en septembre… Un hors série Monsters est prévu en novembre. Et on va essayer de sortir un sixième tome de Game Over en mars 2011 pour préparer la parution du tome 12 de Kid Paddle en septembre de l’année prochaine. Et il y aura une prépublication dans Spirou Magazine et Kid Paddle Magazine.

Midam : d’un point de vue personnel, Kid Paddle est une extension, un autre moi. C’est un gamin passionné de technologie, de gadgets, de cinéma gore… il s’enthousiasme de choses très nouvelles. Comme moi. C'est pour cela que l'on a décidé de faire un spécial Monstres, avec un led qui pulse dans la couverture ! (NDR : pour figurer l'oeil rouge de Terminator). Même si c'est techniquement compliqué, c'est faisable et on est extrêmement tentés de le faire. L'ambition de MAD est de se démarquer. Comme par exemple avec l’agenda Kid Paddle que l’on édite.

C’est quand même un pari, artistique, économique et commercial dans le monde de l’édition d’aujourd’hui.

Araceli : si l’on se lance aujourd’hui, c’est parce qu’on suit notre instinct, on croit à ce qu’on fait, nous sommes passionnés par cette aventure. On est optimistes, tout en ayant conscience que c’est une aventure risquée. Mais on a confiance dans notre réussite.

Midam : MAD Fabrik est avant tout une continuité après 10 ans de partenariat avec Dupuis. On ne part pas de zéro, on a nos personnages, nos séries. Et plein de projets pour la suite.

Game Over, Walking Blork est sorti le 1er septembre 2010, j’ai envie de poser une question traditionnelle : combien de temps de travail pour réaliser cet album ?

Midam : c’est difficile à dire car il faut savoir que pour cet album, je me suis entouré d’assistants. Adam en premier. Je travaille avec lui depuis 2002 ou 2003. Je l’ai formé et lui ai appris à dessiner exactement comme moi, ce qui permet d’avancer beaucoup plus vite évidemment. Quant au scénario, j’en ai écrit bien évidemment (plus d’une centaine) et il faut savoir que le gag muet est une mécanique. Une petite équation. Si le gag n’est pas bon, il ne fait pas rire. Dans un Kid Paddle par exemple, les ressorts sont multiples : le scénario, les dialogues, les dessins… Dans Game Over, c’est la structure qui fait la réussite du gag. La structure est immuable, et je me suis donc entouré de scénaristes pour l’écriture, car on peut « s’assécher ». J’ai travaillé avec plusieurs scénaristes professionnels, mais après quelques temps, on a eu l’idée d’utiliser le web 2.0 et de créer une bande dessinée participative. Pour aller chercher de nouvelles idées, une nouvelle « matière première ».

J’avais entendu parler de crowdsourcing et au vu de ce qui se passe sur internet, l’idée de demander à des internautes d’écrire des scénarios est devenue une évidente. Il nous a fallu créer une plateforme, organiser, encadrer juridiquement le travail (avec cession des droits). On a lancé le site et les premiers scénarios ont commencé à arriver. Un des premiers gags reçu sur le site a été celui d’un enfant de huit ans… Aujourd’hui, le cadre est en place : il existe un contrat type, chaque gag retenu est rémunéré quatre cents euros. Nous en avons reçu plus de 7000 en deux ans et nous en avons retenu environ un sur cent. Ce qui est extraordinaire, c’est que cela m’a permis de recruter deux personnes qui s’ignoraient scénaristes. A tel point que je leur ai directement proposé d’écrire chacun un album entier, en tant qu’auteur et plus en tant que contributeur. Le procédé fonctionne mieux que je ne l’espérais. On a deux albums d’avance aujourd’hui. De plus, chaque nouveau scénariste apporte sa personnalité au personnage et certains osent des choses (même farfelues) que je n’aurais jamais osées. Et qui fonctionnent. Certains gags ont été pris « tels quels » et j’en ai retravaillés certains, mais c’est une réussite.

Le crowdsourcing fonctionne, y-a-t-il un « type » précis de contributeur ?

Midam : C’est très variable, il y a une majorité d’enfants. Sur deux albums réalisés avec gameoverforever.com, quatre gags d’enfants ont été retenus.

Araceli : on s’engage à répondre systématiquement et personnellement à chaque contributeur. Il ne s’agit pas d’une réponse anonyme et standard. On explique pourquoi le gag n’est pas retenu par exemple. C’est très bien perçu. On a de nombreux fidèles qui viennent régulièrement proposer des planches.

Vous parliez de structure, ce sont des gags en huit cases, avec un pitch et une punch-line ("Game Over") inchangés au fil des planches…

Midam : c’est l’histoire d’un personnage de jeu vidéo, un petit barbare, qui doit trouver la sortie du tableau dans lequel il se trouve ou sauver une princesse et partir avec. Tout en restant en vie, on est dans l’univers de jeux vidéo. Le petit barbare à l’origine est un personnage d’un jeu auquel joue Kid Paddle… Pour moi, en termes d’influences, il y a Bip-Bip et le coyote ainsi que l’Alinéa (ce personnage tracé au crayon blanc animé). Des gags quasi muets qui finissent toujours de la même manière. C’est une vraie contrainte. A une époque, quand je travaillais pour un journal en Belgique, je faisais des petits gags muets. C’est de là qu’est venu mon goût pour ce type de gags. Je me suis donc intéressé à Mordillo et Quino aussi.

Dans le tome 5, ce qui est nouveau, c’est que l’on a inséré des planches où Kid Paddle intervient. Il s’agit d’une mise en situation du personnage. Pour bien faire comprendre que cela fait partie d’un seul univers, pour mettre une distance également. On est dans le jeu, ce n’est pas réel. C’est un gamin (Kid Paddle) qui joue au jeu vidéo et dont l'avatar est ce petit barbare.

GO_Kid.bmp

Vous utilisez internet pour sourcer des scénarios, êtes-vous tentés par la BD numérique ? En allant vers la publication sur ordinateur ou sur des smartphones ou tablettes ?

Araceli : nous sommes sûrs que le numérique ne va pas tuer le livre. Dans le même temps, il y a une guerre déclarée sur les droits d’auteurs sur le numérique : les auteurs et les maisons d’édition n’arrivent pas à se mettre d’accord. Avec MAD Fabrik, on est en phase d’apprentissage. On a tenté avec Grrreeny une application pour smartphone et on a développé une version électronique de l’album 5 de Game Over, avec des bonus et des effets sonores pour ponctuer les gags… Mais nous voulons avoir une vraie démarche d’éditeur d’abord avant d’aller plus loin vers le dématérialisé.

Midam : Je suis convaincu que le papier restera. Le numérique viendra en complément.

Propos recueillis par Dominique Bry –Juillet 2010.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.