Quatuor

Quatuor [Musique] (Nom masculin) : Composition à quatre parties. Quand Catel — auteur de Kiki de Montparnasse — décide de mettre en images, en musique, les mots de quatre auteurs, cela devient une partition à plusieurs mains, plusieurs cœurs. Une ode aux sentiments, à la femme, à l’homme.

Quatuor [Musique] (Nom masculin) : Composition à quatre parties.

Quand Catel — auteur de Kiki de Montparnasse — décide de mettre en images, en musique, les mots de quatre auteurs, cela devient une partition à plusieurs mains, plusieurs cœurs. Une ode aux sentiments, à la femme, à l’homme.

Presto. Largo. Scherzo. Amoroso.

Catel Muller adapte Jacques Gamblin, José-Louis Bocquet, Thierry Bellefroid et Pascal Quignard. Quatre nouvelles ayant en partage une écriture d’atmosphère, éclatant de vie sous le pinceau de la dessinatrice. Si besoin était. Chaque histoire est unique, mais les traits communs sont évidents, essentiels.

Si la femme est une île, l’homme est sa falaise. Seul, abrupt, passionné, passionnant. Dans Quatuor, l’homme pense, parle, montre. Son exaltation est le point central. De la recherche de la perfection à la quête de l’inaccessible, du désespoir causé par la disparition à l’espoir enfin assouvi.

 

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Dès la couverture, les couleurs primaires priment. Rouge, bleu, vert, jaune. Chacune attachée à son sens. A ses sensations. Les mots soulignent l’utilisation de ce parti-pris graphique. Rouge remord, bleu nuit, vert vanité de l’espoir, jaune passé, passéiste.

Les mots sont colorés, comme le parcours du valseur de Gamblin, obnubilé, obsédé par sa quête de la perfection, faisant passer son amour de la danse après son amour tout court. Son histoire défile en rouge remord. Le rouge baiser des lèvres de son aimée, de son aimante, de sa vie. En tourbillon et en toucher, dans les bras des danseuses, dans les salles de concours de danse, dans sa vie…

Le malheur de Bocquet est bleu. La nuit et la vitesse. La perte et l’absence passées au filtre des interrogations et des souvenirs. Pourquoi ? Pourquoi elle et pas lui ? Pourquoi est-elle partie ? La rupture est une mort comme une autre, la disparition une tragédie nocturne, avec la pluie en exergue, pleurs rapides et compteurs affolés sur la route de l’existence.

L’apprenti amoureux est une émeraude brute, avec le vert de l’espérance, et l’avers de l’impossible partage. Un rêve de princesse, dans un monde people, parce que les rencontres portent en elle les rêves de retour. L’obsession encore. Le ressentiment de ne pouvoir posséder est fort chez le personnage de Bellefroid, hanté par un dos sublimé. La désillusion est à sa mesure. Mais pour mieux espérer de nouveaux horizons et transformer le passé malheureux en futur souriant. D’un revers à l’autre.

L’enfer de Quignard est mordoré. La métaphore médiéviste, entre chanson de geste et légende scandinave, nous parle de pacte secret qui doit libérer l’amour et en être son propre prisonnier. L’homme fuit vers la délivrance de ce contrat diabolique. Pour mieux prouver son amour, préserver son futur, et absoudre les erreurs du passé. Pour ne plus regarder en arrière.

Catel nous offre en somme un livre choral, un hymne, une symphonie de l’éternel masculin, avec ces quatre textes superbement dessinés, un moment de littérature colorisée emprunt de romantisme, d’hommages aux hommes et aux femmes, au sentiment amoureux. Avec les joies, les doutes, la perte, la solitude, l’espoir ; Catel nous le dit, en filigrane et tel un credo : ne jamais renoncer. Et aimer.

Dominique Bry

Quatuor – Catel – Textes de Thierry Bellefroid, José-Louis Bocquet, Jacques Gamblin et Pascal Quignard – Casterman Editions – 2008.

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