L'Anniversaire d'Astérix le Gaulois

50 ans de bons et gaulois services. Depuis le 29 octobre 1959, date de sa première apparition dans les pages du journal Pilote, le célèbre gaulois à la moustache blonde et au casque ailé a parcouru le monde au fil de 34 albums dont le dernier album vient de paraître. Album au titre de circonstance, L’Anniversaire d’Astérix a paru le 22 octobre dernier, édité à 3 millions d’exemplaires, un record en la matière. 

50 ans de bons et gaulois services. Depuis le 29 octobre 1959, date de sa première apparition dans les pages du journal Pilote, le célèbre gaulois à la moustache blonde et au casque ailé a parcouru le monde au fil de 34 albums dont le dernier album vient de paraître. Album au titre de circonstance, L’Anniversaire d’Astérix a paru le 22 octobre dernier, édité à 3 millions d’exemplaires, un record en la matière.

 

 

Il faut dire que depuis 1967, année de la sortie d’Astérix et Cléopâtre qui a été le premier album à dépasser la barre du million d’exemplaires vendus, Astérix collectionne les records et les superlatifs. Inventaire : 325 millions d’albums vendus dans le monde, traduits en 107 langues, 12 adaptations au cinéma dont 9 neuf dessins animés, plus de 400 personnages créés, et plus de 15 pays visités dont le Nouveau Monde et l’Atlantide…

La Grande Traversée © Goscinny - Uderzo La Grande Traversée © Goscinny - Uderzo

Astérix, au moment de sa création par Albert Uderzo et René Goscinny, manqua naître sous les traits d’un grand gaillard tout en muscles, un peu comme Oumpah-Pah le Peau Rouge selon la volonté du dessinateur. Le scénariste penchait plutôt pour un héros de petite taille, courageux, teigneux, malin et rusé… Français… C’est Goscinny qui l’emporta et Uderzo se consola avec Obélix. Astérix est donc ainsi devenu le symbole de la débrouillardise made in Gaule, avec les qualités de ses défauts comme on dit. Dans La Grande Traversée par exemple, quand Astérix et Obélix veulent se présenter aux Indiens d’Amérique, ils miment leur condition de gaulois moyens, et leur interlocuteur comprend immédiatement…

 

Dès le premier album, Astérix Le Gaulois, Goscinny et Uderzo mettent en place ce qui fera le succès de la série. Nous sommes en 50 avant JC. Toute la Gaule est occupée par les Romains… Toute ? Non. Un village gaulois résiste encore et toujours à l’envahisseur. Ce village et ces personnages hauts en couleurs, forts en gueule et qui se battent (presque) autant entre eux que contre leurs ennemis, ça ne vous rappelle pas quelqu’un ?

Astérix le Gaulois © Goscinny - Uderzo Astérix le Gaulois © Goscinny - Uderzo

Les dessins du début sont anguleux, comme crayonnés, il y a une fraicheur et un sens de la caricature qui portent les héros autant que les scénarios et les dialogues. Très vite, le trait d’Uderzo s’affirmera et s’arrondira, sans se départir d’une acuité et en accumulant les clins d’œil graphiques, les caricatures de personnages célèbres (réels ou de fiction) qui viendront émailler les pages, de simples caméos savoureux en premiers rôles hilarants. Relisez Obélix et Compagnie pour vous en convaincre. Si besoin était.

La force d’Astérix réside surtout dès l’origine de poser un contexte, un cadre, propice à toutes les évocations, à de multiples interprétations, en jouant avec nos références. Par le biais des personnages ancrés dans une époque – la Gaule Romaine –, Goscinny et Uderzo réussissent, en usant à l’envi d’anachronismes, à parodier, à croquer, à critiquer la société de l’époque. L'urbanisation galopante dans Le Domaine des Dieux, l'assimilation et l'arrivisme politique dans Le Combat des Chefs, le capitalisme forcené et l'économie de marché dans Obélix et Compagnie, mais aussi Astérix aux Jeux Olympiques réalisé notamment pour justifier auprès du public que la potion magique n’était ni une drogue, ni un avatar de produit dopant, sont autant d’albums où les auteurs auront pris soin d’emprunter à la réalité pour mieux servir leur fiction. Et distiller force messages, parfois invisibles en première lecture, mais qui relient justement les aventures datées de nos héros gaulois aux travers et à l’absurdité de l’époque moderne. Relire encore l’évocation des notions d’indépendance et d’impérialisme dans Astérix en Corse.

 

Obélix et Compagnie © Goscinny - Uderzo Obélix et Compagnie © Goscinny - Uderzo

Plus encore, les mots de Goscinny, son sens de la dérision, son verbe ciselé, ses jeux de mots foisonnants, font de l’œuvre une vraie pièce de littérature, avec ses références, sa culture élargie et une vis comica indéniable. Les noms des personnages sont bien évidemment une source intarissable de gags lettrés. En tête, les Gaulois : Astérix et Obélix, premiers d’entre eux. Mais aussi Abraracourcix, Agecanonix, Ordralfabétix… Les Normands se prénomment Batdaf, Grossebaf, Autograf ; les Bretons Jolitorax ou Zebigboss ; les Hellènes Invinoveritas, Plexiglas… Et les Romains bien sûr, latins d’entre les latins, Garovirus, Roméomontaigus, Infarctus, Faimoiducuscus, Saugrenus, Malosinus, Pacotéalargus… Irrésistible.

Et comment ne pas céder face aux commentaires de personnages secondaires, qui viennent alimenter la machine comique en marche ? Quand, dans Astérix aux Jeux Olympiques, des spectateurs commentent le défilé des athlètes : « Cela commence par le défilé des Thermopyles. Ils sont suivis par ceux de Samothrace, sûrs de la victoire ; ceux de Milo sont venus aussi… Ceux de Cythère viennent de débarquer ; ceux de Marathon arrivent en courant ; ceux de Macédoine sont très mélangés ; les spartiates sont pieds nus… Rhodes n'a envoyé qu'un seul représentant, un colosse. » Quand, dans Astérix en Hispanie, Jules César triomphant affranchit un prisonnier Barbare aux cheveux roux. L'un des spectateurs de la scène de préciser : « Il affranchit le rubicond ».

Astérix fête aujourd’hui ses 50 ans. 50 ans de mots, d’aventures, de rires et de réflexions sur l’humour et sur la BD elle-même. Goscinny disparu, Uderzo a repris le flambeau et a signé à ce jour 10 albums en solo. Il a conservé l’esprit et les lettres, il a pensé et repensé ses personnages. S’est interrogé sur l’avenir de la BD franco-belge face aux mangas, il a exploré l’imaginaire collectif, il a (re)construit un monde en expliquant les origines, en donnant père, mère, famille, vie et corps à des personnages que l’on pouvait croire jusque-là orphelins – depuis le décès de Goscinny, ils l’étaient en quelque sorte. La réalité et la fiction, encore. Le 34ème album n’est pas une nouvelle aventure à proprement parler, c’est davantage une magnifique mise en abyme, en images et en textes d’un regard tendre et lucide porté sur 50 ans d’existence et de travail.

L’Anniversaire d’Astérix et Obélix, c’est la célébration d’une œuvre toute entière, avec ses personnages qui viennent et reviennent fêter le plus français des héros gaulois, Astérix.

 

DB

 

L'Anniversaire d'Astérix © Uderzo - Editions Albert René L'Anniversaire d'Astérix © Uderzo - Editions Albert René

 

 

L’Anniversaire d’Astérix et Obélix – Le Livre d’Or, Uderzo, éditions Albert René, octobre 2009, 9 € 20

 

Prolonger : http://www.mediapart.frhttp://blogs.mediapart.fr/blog/claude-lelievre/281009/asterix-ou-vercingetorix

http://www.asterix.com/

http://www.lematin.ch/flash-info/monde/dossier-petite-chronologie-demi-siecle-asterix-1959-2009

http://fr.wikipedia.org/wiki/Astérix_le_Gaulois

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