Blake et Mortimer - Le sanctuaire du Gondwana

Une nouvelle aventure du légendaire duo formé du capitaine à la fine moustache blonde et du sémillant professeur à la barbe brune, c’est toujours un bonheur. Le bonheur de se dire que nous allons retrouver les deux héros soixantenaires créés par Edgard P. Jacobs, aussi jeunes, aussi british, toujours présents et alertes pour de nouvelles aventures et le five o’clock tea de Mistress Benson.

Une nouvelle aventure du légendaire duo formé du capitaine à la fine moustache blonde et du sémillant professeur à la barbe brune, c’est toujours un bonheur. Le bonheur de se dire que nous allons retrouver les deux héros soixantenaires créés par Edgard P. Jacobs, aussi jeunes, aussi british, toujours présents et alertes pour de nouvelles aventures et le five o’clock tea de Mistress Benson.Blake et Mortimer sont une légende de la bande dessinée, non seulement par leur longévité, mais également grâce au modernisme de la série, démarrée avec Le Secret de l’espadon. Le monde sortait alors de la guerre, et, en pleine reconstruction, on vit débarquer des héros atypiques – un capitaine du MI5 et un scientifique renommé –, affrontant des forces malfaisantes, voire occultes, entreprenant d’annexer la planète entière, voulant la faire ployer sous un joug martial. Les allégories pleuvent et les images du blitz londonien, de la résistance sans conditions face à l’oppression totalitaire, et de la défaite inexorable des forces du mal, sont autant d’hommages à la réalité proche que de visions du futur qui s’annonce. Sur des ruines, sur de l’espoir, sous les vivats, malgré l’inquiétude de revivre un jour de telles tragédies.fin.jpgLe 28 mars 2008, Blake et Mortimer sont de retour, pour un tome 18 au titre évocateur et mystérieux : Le Sanctuaire du Gondwana. Fruit de la troisième collaboration d’Yves Sente au scénario et André Juillard au dessin, ce nouvel opus s’inscrit dans la droite ligne d’aventures éternellement estampillées fifties. La datation est indéniable, les mots et références surannées omniprésentes. Qui s’exclamerait « by Jove ! » ou « good Lord ! » et appellerait son ami « old chap » de nos jours ? Si ce n’est un Professeur Mortimer en proie à de légers troubles de la mémoire, séquelles de sa dernière aventure dans l’Antarctique. Le parti pris des auteurs est louable, et les puristes ne pourront pas reprocher à ceux-ci une entorse à l’héritage du maître, qui avait ancré ses héros dans son époque. Pour mieux les mener vers des aventures futuristes, de l’origine de civilisations plus que millénaires, vers d’improbables missions de sauvetage de la planète contre les phénomènes naturels, dans le temps, dans l’espace, franchissant les barrières et échappant à la réalité – et au réalisme, pour notre plus grand bonheur –, pour mieux les faire revenir dans un quotidien si banal que l’on croirait qu’il ne s’agissait que de fictions fantasmatiques.Aujourd’hui, le bonheur est de courte durée. Je viens de refermer Le Sanctuaire du Gondwana, et l’impression que j’en retire est un sentiment de nostalgie mêlée à une relative déception. Je n’ai pas boudé la sortie de ce tome, et je ne regrette pas cette lecture, qui m’a transporté de Londres à Nairobi, jusqu’aux confins d’une Afrique colonisée et accueillante pour ces baroudeurs de la science et du mystère.Est-ce la torpeur africaine ou la touffeur de la savane qui m’ont assailli ? Pendant ma lecture, je me suis surpris à avancer à pas lents. Les dialogues, d’ordinaire si savoureux par leur caractère policé, ne m’ont pas transportés, l’aspect didactique des théories émises et ô combien surprenantes n’ont pas aiguisé ma curiosité. Les textes, habituellement si littéraires et abondants n’ont pas affuté ma réflexion, et la densité des bavardages que je reprochais parfois à la série ne m’a même pas dérangé.Le dessin est irréprochable. Parfait. D’une exactitude sans faille, jusqu’au moindre détail, alternant les décors épurés et la précisions des traits des sujets, animaux, avions, paysages… Trop parfait.Il ne s’agit pas de dire si ce tome nouveau des aventures de Blake et Mortimer est bon ou pas. Je laisse chaque lecteur juge, grâce à sa propre sensibilité, son historique personnel sur cette série, qu’il soit amateur ou connaisseur. Il s’agit de mon interprétation. Le travail est magnifique, parce que difficile. Parce qu’il est difficile et courageux et reprendre une série sans trahir, sans oser vouloir trahir, devrais-je dire.Mais qui est le plus trahi ? Le lecteur ? L’héritage ? Les héros eux-mêmes ?Un sanctuaire est, au sens figuré, un asile, un lieu qui doit être considéré comme inviolable. Le Sanctuaire du Gondwana est-il un album temple ?On peut y voir un crépuscule d’éternels héros sans âge prônant les mêmes respectables et impérissables valeurs, sans cesse en butte aux mêmes et tout aussi éternelles figures ennemies. Mais ce couchant n’annonce pas leur mort, bien au contraire, le tome 19 est déjà annoncé, et la relecture des tomes précédents permet d’envisager des idées de suites possibles : la jeunesse des personnages, les choix qui les ont guidés, les regrets qu’ils ont pu nourrir. Combien de temps encore ? Les héros ne meurent jamais, certes. Mais leurs sanctuaires disparaissent parfois. Avec le temps.D.B.

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  • Blake et Mortimer – T18. Le Sanctuaire du Gondwana de Sente/Juillard. 

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