HONTE A LA POUBELLE DE LA PSYCHIATRIE DRESSEE PAR L’UNAFAM ET D’AUTRES

 

Docteur Guy Baillon                                                                        Ce 2 décembre 2016

HONTE A LA POUBELLE DE LA PSYCHIATRIE DRESSEE PAR L’UNAFAM ET D’AUTRES

C’est d’abord moi qui ai honte là ! (voir : Le Monde.fr « psychiatrie : trop de ruptures de prises en charge…enquête… appelle à repenser l’accompagnement des malades » Laetitia Clavreul et François Béguin 02.12.2016 à 06h37).

Si j’étais encore en activité je mettrai la clé sous la porte sur l’heure ! et irai ‘dans le privé’ ! comme tant d’amis, tout au long de ces 50 années de travail puis de soutien du Service Public de Psychiatrie, découragés de l’ampleur de la tâche et de la déconsidération dont ils étaient l’objet !

Entré dans ce service public en 1967, je soutiens pourtant aujourd’hui encore que ce Service Public peut et doit continuer un travail infini et remarquable, car c’est le seul lieu de convergences des diverses compétences faisant face à la diversité des questions à affronter.

Je ne quitterai pas pour autant le bateau, en fait ! car je sais que je laisserai ainsi là dans la désespérance tant de collègues de travail, des infirmiers d’abord, mobilisés par la même certitude mais avec des moyens plus modestes, de tant de patients totalement perdus ! Et ça, c’est impossible !!!

Mais qu’est-il arrivé aux familles de l’UNAFAM ? Et à ceux qui ont cru bon de se joindre à elles ? Que leur est-il arrivé pour faire le ramassis d’un tel nombre de plaintes et en faire une poubelle qui va tout emmener aux oubliettes de l’histoire … et du budget de la Nation !

N’avez-vous pas compris que le seul bénéficiaire en sera le futur Président de la République qui va récolter un pactole pour enrichir les plus riches ! L’Etat est à la recherche avide de finances ! Voici une troupe entière d’agents de l’Etat qui vont disparaître ! Bravo !!!

Et vous pensez que les pompiers, les généralistes et les universitaires sont prêts à résoudre ce problème complexe de la souffrance psychique et des divers troubles psychiques graves ! !

Votre souffrance serait votre seule ressource ? Cette souffrance, sachez que nous la connaissons. Certes nous osons trop rarement la prendre de front dans les soins tellement elle est sans fin.

Mais c’est une des souffrances les plus cruelles. Et sachez que nous soignants, nous la vivons nous-mêmes. Croyez-vous que nos propres familles en sont indemnes ? Cela fait même partie souvent de nos motivations à venir en psychiatrie. C’est la souffrance de voir ces êtres que nous chérissons pour lesquels nous nous battons une vie entière, pour qu’ils aient … plus que nous. Et de façon invisible, incompréhensible un trouble les transforme, les éloigne, … Et nous comprenons brutalement que toute notre vie ce drame sera avec nous. Rien de cela ne se répare vraiment. La guérison en psychiatrie n’a pas de sens. Nous avons à vivre « avec », mais autrement et à reconstruire, et surtout en acceptant nous-mêmes de ne pas tout faire, si ce n’est écraser l’autre avec notre désir ! ou vivre avec cette souffrance ! Au contraire nous avons à trouver tous les bras, toutes les mains, avec qui nous allons nous unir pour travailler ensemble !

Alors tout à la poubelle aujourd’hui ? Mais dans quel pays avez-vous vu le traitement miracle des divers maux psychiques ? Mirage produit de vos espoirs et de votre imaginaire ?

Alors au moins se plaindre, dites-vous ? Mais pourquoi le faire en détruisant tout ?

F.Roustang, ce psychanalyste indépendant, dont Roudinesco dans Le Monde du 20 nov. vient de brosser un solide éloge funèbre, oui un de ces psychanalystes que certaines familles croient voués à l’enfer, commence un de ses livres en faisant « la critique la plus sévère de la plainte » : une pente glissante dont on ne se relève plus ! une spirale qui ne fait que s’amplifier car seule sa répétition nous apaise un instant, …pour redoubler ensuite, enfermant chacun sur soi seul ! seul ! et… il termine ce remarquable livre par un « éloge de la plainte », qui écoutée une fois nous apporte la force de la refermer, pour nous battre, avec générosité, en rejoignant les autres et mener ‘ensemble’ une vie faite d’ouvertures à la vie et à tout ce qu’elle offre ! Mais en nous convoquant tous pour un nouveau travail !

Amis de l’UNAFAM ! je peux témoigner d’une époque où jeune retraité de ce Service Public que vous envoyez aujourd’hui aux poubelles, j’ai rencontré votre mouvement et votre Président et j’ai participé à vos côtés à ce combat remarquable des années 2000 ! Pourtant il y avait de quoi désespérer alors : certes la psychiatrie de secteur avait développé les soins sur tout le pays, mais tellement inégalement, et surtout dans le champ social c’était l’abandon et l’anarchie ! Alors au lieu de tout envoyer à la poubelle vous vous êtes rapprochée de la FNAPSY ses usagers (nouvel interlocuteur ! vos enfants !!) ainsi que des psychiatres représentant le service public, et vous avez tous travaillé la main dans la main jusqu’aux Ministères, y rencontrant entre autres JF Bauduret et M Barrès et ensemble avez participé à faire de la nouvelle loi sur le handicap la réparation de l’amputation faite en 1970 par une loi générale sur la médecine. Grâce à la nouvelle loi 2005 l’appui social était retrouvé et associé aux soins de secteur toujours actifs. Vous avez ensemble créé de toute pièces les GEM toute petite lampe porteur d’espoir, petite conquête au-delà de tout ce qui avait été fait. Enfin il allait être possible, mais seulement si nous arrivons à faire travailler tout le monde ensemble l’espoir de tenir à bout de bras cet espoir de « continuité ». Continuité de la pensée de chacun et surtout du patient, continuité des soins grâce à un travail quotidien des soignants y réfléchissant « en équipe », avec la compréhension de la nécessité de toute une suite de discontinuités, comme celles de nos désirs différents, ceux du patient, ceux aussi de sa famille, des proches, des soignants, …

UNAFAM et autres acteurs de cette poubelle, prenez encore une fois appui sur cette douleur infinie pour percevoir la chance que vous avez de pouvoir faire un front commun, et là il est évident que l’Etat vous voyant unis, vous suivra, l’Etat a aussi cette sensibilité fondamentale, et la force considérable que va constituer votre volonté de participer à la continuité de la construction de la psychiatrie.

Le hasard a fait, en fait peut-être le vécu d’un même sentiment d’urgence perçu quotidiennement dans la FNAPSY, que je me permette modestement de montrer que le rapport Laforcade d’octobre dernier sur l’Avenir de la psychiatrie était une opportunité remarquable pour nous saisir tous de ce CHANTIER D’UNE PSYCHIATRIE EN CONSTRUCTION CONTINUE, publié pendant un mois sur Médiapart. VOTRE CRI, c’est le mot qui va pour moi remplacer le triste mot de poubelle, témoigne si profondément, de ce besoin. Mais ce n’est qu’un effort minuscule.

Surtout à ce chantier, il est question pour chacun, de participer, et non de déléguer, (et la plainte est en fait un abandon, elle délègue à d’autres le soin de tout résoudre !) cela veut dire que ce chantier doit être non pas un but donné à quelques-uns, mais doit faire partie de notre quotidien et nous accompagner dans les réponses concrètes que nous avons à donner là où nous sommes à ces souffrances.

Encore un mot : avant de lancer votre CRI, avez-vous écouté des témoins de cette époque proche celle des années 70 où j’ai commencé dans ce même service public ? Et mesuré tout le chemin parcouru depuis les seuls murs de « l’asile » ?

Je vous prie d’excuser mon audace à m’être mesuré à un mouvement tel que le vôtre. Mais je crois qu’il y a devant nous des voies de réflexion et de travail possibles ! Avec toutes mes amitiés.

 

 

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