Fou, m'intéresses-tu tueur?

Deux mille cinq cent trente trois contributions au débat sur l'art et la manière d'être "blogueur libre" sur Mediapart, déjà appelé "affectueusement" MDP, comme pour une prise de possession familière. Et, à part des commentaires utiles sur une réaction de Pierre Delion sur Onfray (mieux de se taire), 37 échos relatifs à la question de la manipulation actuelle en vue de la reprise en main de la santé mentale des gens dans ce pays; pas un mot sur la prévention, même si beaucoup sur les "prédictions et autres garde-fous socio-policiers".

Des critiques à ne plus que savoir en faire sur la dissociation (les psys sauront ce que parler de ça veut, dire, la situation de gens psychotiques qui ne l'ont pas choisi et en souffrent terriblement) entre... les tenants de cette édition. Comme quoi on ne pense pas tous la même chose au même moment, ce qui représente un véritable scandale quant à l'orthodoxie de la pensée dominante, et à l'homogénéisation espérée de nos pratiques et de nos théories...

Il se trouve que j'ai lu tous les articles de cette chronique, et tous les commentaires; et ceci appelle de ma part une observation bien modeste: il n'y a rien là-dedans qui ressemble de près ou de loin à ces diatribes supposées enflammées qu'on peut découvrir, non sans désarroi, ailleurs dans ce journal. Par contre il s'y trouve des désaccords, et le moyen de les dialectiser n'est peut-être pas encore au point. Il faudrait qu'un certain seuil de scripteurs le veuillent bien. Je l'appelle de mes voeux, tant ce que disent mes "collègues" a de la valeur. Ajoutons bien sûr, en écho à des intervenants non spécialisés, qu'il y aurait sérieusement matière à être moins ésotériques dans nos références; je m'engage à m'y essayer pour ma part.

Et pendant ce temps-là!

Pendant ce temps-là une loi s'apprête à saquer les gens malades jusques et y compris chez eux, sans le moindre accès au libre arbitre, en les réduisant à l'abjection de "cas difficiles ou dangereux", le tout évalué (tu parles!) par les préfets, qui comme chacun sait ont, dans leur cursus, de profondes connaissances en psychopathologie...

Pendant ce temps-là, les immondes guignols qui osent encore s'appeler nos collègues et se prostituent dans les procédures d'accréditation (appelée par nos soins "acrétinisation") et de certification (iso 2009, le patient est une matière, et à ce titre soumis à un contrôle marchandisé de qualité...) viennent casser tout le potentiel d'évaluation des pratiques que les professionnels auraient pu mettre en oeuvre, bien au delà des disputes roudinesconfrayennes, pour savoir tout bêtement si ce qu'ils font a non seulement une efficacité, mais surtout un sens auprès des gens malades...

Pendant ce temps-là, des experts mitonnent ce que devrait être, à leurs yeux et pour flatter le prince, le Konsensus primaire dans l'art de fréquenter les gens en souffrance psychique, la manière univoque de les soigner de leurs vilains défauts (pas de les entendre, en tout cas... ça prend trop de temps!), et fomentent des "bonnes pratiques médicales", là où justement le médical strict a fait la preuve de son insuffisance. Sans oublier l'organisation rationnelle de la répression de la folie, considérée dès lors comme "trouble à l'ordre public".

Pendant ce temps-là, on démantibule la politique de Secteur Psychiatrique, véritable outil de "réajustement humain au profit des doubles peines que sont les malades psychiques"; on organise, dans une méthode de superflicage élaboré, de nouvelles structures plus compliantes aux contrôles et aux directives étatiques, et il appert qu'on tente de virer, par des glissements insidieux vers le marécage du "médico-social", tous ces emmerdeurs qui ne veulent pas guérir selon les canons de la nouvelle doxa universitaire.

Prolétaires de la psychiatrie de tous les courants de pensée(s), unissons-nous, sans nous fusionner, débattons, mais sans acrimonie en miroir de ce qui nous menace, et plus encore, c'est l'essentiel, les gens auprès desquels nous sommes engagés. Utilisons enfin cette denrée rare mais essentielle qu'est la dialectique, car tant de pièges attendent au tournant la résistance humanisante de la psychiatrie sérieuse et non scientiste qu'il va falloir ne pas donner de leviers à la folie sociale actuelle, sinon nous serons avalés comme les vieux chnocks qu'"ils" disent déjà que nous sommes.

PS. Pas la peine de me balancer des "bloguospams", j'ai envie de parler avec des gens qui sont plus capables d'engagement que de dérision. Amicalement à ceux qui voudront bien débattre avec moi; je n'ai certes pas raison, mais dialoguer avec vous peut éventuellement faire éclore cette raison que nous appelons de nos voeux; enfin, je crois...

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