Billet de blog 6 mars 2011

Le festival des évadés du bocal, la naissance d’un collectif

Le festival des évadés du bocal se déroulera du lundi 7 mars à 18h00 au dimanche 3 avril au bar-restaurant le Lieu-dit, 6 rue Sorbier Paris XXe, métro Ménilmontant. Il s’agit d’un festival sur le thème de l’art et de la folie, qui a pour but de mener une réflexion et, si possible, de donner des outils pour penser les discours normatifs dans lesquels nous sommes pris

L Brunessaux
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Le festival des évadés du bocal se déroulera du lundi 7 mars à 18h00 au dimanche 3 avril au bar-restaurant le Lieu-dit, 6 rue Sorbier Paris XXe, métro Ménilmontant. Il s’agit d’un festival sur le thème de l’art et de la folie, qui a pour but de mener une réflexion et, si possible, de donner des outils pour penser les discours normatifs dans lesquels nous sommes pris et la question de l’accueil de l’autre, l’étrange, l’étranger, y compris celui qui est en chacun de nous. Il est issu de rencontres entre des "soignés", des "soignants", des artistes, des philosophes, des membres de collectifs engagés, des citoyens lambdas... Il comprendra une exposition permanente, de nombreux débats, des projections de films, des concerts, des pièces de théâtre, des performances poétiques… Tout le programme est disponible sur ce blog.

S’évader du bocal et voir ce qui se passe…

Lorsque je repense à tout ce qui s’est passé depuis septembre, j’identifie plusieurs moments décisifs qui ont fait exister ce festival.
Le premier, c'est ma rencontre avec Hossein Sadeghi, propriétaire du Lieu-dit, le mardi 28 septembre 2010. Emilie Abed (psychologue avec qui je travaille dans un centre médico-psychologique) me l'avait présenté car je cherchais un endroit pour une soirée de l’association dont je suis présidente, Utopsy, afin de diffuser un film sur le dernier spectacle de Patrick Franquet (comédien et psychiatre, directeur du théâtre du reflet): "le malade de son imaginaire malade". Le Lieu-dit était idéal.
On a discuté avec Hossein, notamment je lui ai parlé du contexte politique, du projet de réforme de la loi de 1990 sur les hospitalisations psychiatriques sous contrainte, du paradigme de la "Santé mentale", de la psychothérapie institutionnelle et du collectif... Et il nous a proposé à Emilie et moi de mettre à notre disposition son bar-restaurant pour un mois entier, en février ou mars, avec la possibilité de mettre en place une exposition, des débats, des projections de film, des concerts… Avec sa carte blanche.
C'était parti...
Ensuite, j'ai commencé à envoyer des mails sur la liste du Collectif des 39, dont je fais partie, et les propositions d'œuvres à exposer ont commencé à affluer. Les idées fusaient, de films, d'artistes à me présenter, etc.
J'en ai parlé à Boris Mandalka, collègue et ami (je suis psychiatre), tout de suite intéressé pour participer à l’aventure.
Trois jours après, le vendredi 1er octobre, je me suis rendue à l'assemblée générale du Théâtre du reflet avec Patrick Franquet qui se tenait au Café Curieux à Morsang-sur-Orge, un café tenu par des « soignés » et des « soignants ». J'y ai retrouvé Marine Pennaforte, comédienne avec qui j'avais déjà eu l'occasion de travailler, que je n'avais pas vue depuis presque deux ans, et j’y ai rencontré Frédéric Gramazio, le président de l'association les Temps Mêlés (club thérapeutique lié à un secteur psychiatrique) qui ferait plus tard partie intégrante du festival. J’ai parlé de la proposition de Hossein au Lieu-dit qui a provoqué tout de suite un grand enthousiasme. Je suis repartie avec Marine et nos idées foisonnaient.
Troisième moment décisif, trois jours après, le lundi 4 octobre: c'était la rencontre du collectif des 39 à l’assemblée nationale, intitulée "Continuité des soins ou continuité de la contrainte?" sur la réforme de la loi de 1990 annoncée par le gouvernement. J’étais censée co-animer le débat. À la fin de la rencontre, un jeune homme se mit à parler, puis un autre. Ils étaient artistes, ils parlaient de la psychothérapie institutionnelle, ils offraient leur aide. J'ai évoqué immédiatement la proposition de Hossein Sadeghi. Je suis allée les voir à la fin du débat et c'est ainsi que j’ai rencontré Louis Neuville et Ulysse Bordarias du collectif Pounchd, un collectif d’artistes. Charlotte Hess et Valentin Schaepelinck étaient là aussi pour leur émission Zones d'attraction sur Radio Libertaire, intéressés par le projet au Lieu-dit et par l'idée d'actions dans la cité.
La première réunion chez Mathieu Bellahsen (psychiatre, vice-président d’Utopsy) et moi pour le Lieu-dit s’est tenue le samedi 6 novembre. Pendant tout le mois, j’avais reçu des dizaines et des dizaines de mails, surtout des gens du Collectif des 39, proposant des idées. La réunion a été intense, une cinquantaine de personnes ont défilé dans notre petit appartement. L'ambiance était à l'émulation, les idées fusaient. J’ai rencontré Apolonia Beuil, artiste du collectif Pounchd. On a mis en place une première trame pour le programme des débats. On s’est décidé : ce serait un festival.


On a défini un groupe plus restreint pour l'élaboration précise du festival. Patricia Janody nous avait rejoints ; nous l'avions déjà rencontrée Mathieu et moi à des réunions du Collectif des 39 et pour l’élaboration du 1er numéro des Nouveaux cahiers pour la folie. Au départ de ce mini-collectif, il y avait Boris Mandalka, Louis Neuville et Apolonia Breuil, Antoine Machto, Emilie Abed, Valentin Schaepelinck, Charlotte Hess, Mathieu Bellahsen, Patricia Janody et moi...
Dès ce moment là, j’ai commencé à rencontrer les intervenants et artistes pressentis. Je me suis promenée à Paris et ailleurs, j'ai envoyé et je reçu une dizaine de mails et de coups de fil par jour, j'ai appris, discuté, découvert tout un monde. Tout cela n'a fait que s'amplifier jusqu'à aujourd'hui.
On s’est réunis une première fois en groupe plus restreint chez Emilie Abed, le samedi 27 novembre. Marine Pennaforte nous avait rejoints. On a commencé à sélectionner des œuvres, à se mettre d'accord sur un programme.
On a, dès ce moment, tenté de réfléchir sur ce qu'on faisait ensemble, sur ce qui nous liait et nous rassemblait dans cette aventure-là. Globalement, une nécessité de bousculer les processus normatifs, de permettre des rencontres, de faire une place à ce qui n'est pas réductible par le langage. Un désir de mettre en acte l'idée du collectif dans ce but. On s’est dit, justement, ce jour-là, qu'on était un collectif : le collectif des évadés du bocal.
Le samedi 11 décembre, 15 jours plus tard, c'était la deuxième réunion générale, ouverte à toutes les personnes intéressées. C'est là que nous avons trouvé le nom: "Les évadés du bocal".
Les rencontres continuaient pour moi, provoquant d'autres rencontres qui provoquaient elles-mêmes d'autres rencontres... Le programme se mettait en place au fur et à mesure.
Le 15 janvier, date importante, eut lieu la deuxième réunion chez Emilie Abed en groupe restreint, c’est-à-dire une réunion du tout nouveau « collectif des edb ». Patrick Franquet nous avait rejoints. Pour moi, c'est à cette date que le collectif émergea vraiment.
A partir de ce moment, les choses se sont faites, de façon tangible, à plusieurs: Louis et Apolonia ont commencé à réinventer le Lieu-dit pour un mois, Boris a créé le site magnifiquement transformé par Apolonia et Louis par la suite, constamment enrichi par les contributions des uns et des autres, Marine, Patricia et Charlotte ont mis en place la librairie, Patrick a inventé un prologue théâtral pour le vernissage, Charlotte et Valentin nous ont offert leurs trouvailles pour les titres des débats...
Les aléas de l'organisation, les idées géniales d'Apolonia et Louis pour l'exposition, la participation de Rémi Hubert pour le graphisme, Rémi qui est l’auteur de notre invitation (objet plié selon l’idée d’Apolonia et Louis, donné en main propre), l’arrivée du musicien Primo et sa « skytare », les discussions sur le texte d'invitation, sur la nécessité d'un manifeste, d'un lieu d'expression pour la pluralité des voix, sur le programme, nous ont fondé toujours plus en collectif.
Et toujours, toujours, nous avons rencontré la générosité de l'accueil de Hossein Sadeghi et de Lola, programmatrice au Lieu-dit, envers nos idées. Ils sont partie intégrante de la mise en place de ce festival. Depuis quatre jours, ils nous accompagnent dans la transformation complète du Lieu-dit selon les idées d’Apolonia et Louis, revenus de deux journées à la clinique de La Borde avec toujours plus d’idées et d’œuvres à exposer.
Pour tout cela, pour tout ce désir, pour la qualité des rencontres déjà permises par ce collectif naissant, c'est une aventure qui vaut la peine d'être vécue.
Cela commence demain, lundi 7 mars, à 18h00.

Loriane Brunessaux, le 06/03/2011

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