Psychochirurgie : le retour !

C’est reparti pour un tour de Jules Vernes ! On va stimuler des zones cérébrales pour guérir les maladies mentales. C’est l’éternel retour du rêve, du même : agir sur la cervelle, exciter des cellules, en inhiber certaines, modifier les câblages pour améliorer le goût de l’existence. C’est dans le journal… Dans le Monde, donc c’est lu, et considéré comme tant soit peu fiable.

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Allons droit au but : on a stimulé un noyau cérébral, subthalamique, chez 16 personnes souffrant de TOC. Des troubles obsessionnels compulsifs qui vous obligent, par exemple, à vous laver les mains 30 fois par jour, ou à vérifier 12 fois si le gaz est fermé. 70 pour 100 des « patients » ont ressenti une amélioration. Ce qui nous fait 10,4 patients améliorés. Mais attention, de l’avis même des chercheurs, ces 10 chanceux n’ont vu disparaitre que 25 pour 100 de leurs troubles… Ce qui nous fait, à la louche (instrument tout à fait suffisant en cette occurrence !) 2 patients guéris (à temps plein). Ce qui nous ramène à une efficacité de 10 pour 100 environ… Compte tenu de la grossièreté du procédé employé,( les électrodes stimulent toutes sortes de choses en même temps, qui sont connexes au fameux noyau) et de son côté impressionnant pour le patient, il est évidemment impossible de prendre au sérieux une telle fadaise.

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Ca fait pourtant un article, presque une page, si on compte l’illustration, toujours la même illustration depuis 40 ans : deux aiguilles a tricoter plantées dans une sorte d’escalope de veau, censée figurer la cervelle entrain de se faire stimuler… Après cette intro minimale, qui fait sa modeste, le journaliste ouvre les avenues de l’avenir. Haussmanniennes, les avenues !

A le lire, tout va y passer : l’anorexie, la boulimie, les addictions, la dépression… la vie quoi ! Mais au conditionnel hein ! Propos de samedi soir en somme… Un coude sur le comptoir déjà ! Je ne suis pas inquiet, ça ne fonctionnera jamais. Quelqu’un qui doit se laver les mains 30 fois par jour a ses raisons pour le faire. Qui sont aussi fortes que ses raisons de vivre… Il contournera bientôt l’effet des électrodes pour se laver quand même, les mains, ou peut-être les pieds… Bon ! Peut-être se mutilera-t-il ? Ou peut-être qu’il mutilera des animaux domestiques… Il ira quai de la Mégisserie acheter, la nuit venue, des colonies de souris blanches… Pour ceux qui voudraient débuter un roman, je donne !

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Je ne suis pas inquiet, mais agacé, ça oui ! Parce que tout le fric, et tout l’espoir qu’on ne manquera pas d’investir dans cette direction ne va faire qu’amplifier la bêtise, la croyance, la confiance naïve dans une manipulation qui n’a pour elle que son pittoresque, et un côté « facile à comprendre ». Du même coup, l’idée que l’Existence ne se soigne pas, qu’elle est une aventure parfois cruelle, parfois dramatique et parfois enivrante, qui ne peut s’infléchir qu’en la vivant et en la parlant, cette idée réaliste va encore reculer d’un cran. Et les hommes seront un peu plus malheureux ! Et un peu moins existants.

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