L'enfant qui n'a pas le profil

Que fait-on lorsque fin juin on se retrouve dans l’impasse ? Pas d’endroit où aller pour Elie ? Zéro solution. Reste ce mince espoir que sont les réseaux sociaux. Je reproduis ci-dessous l’appel d’Astrid Waliszek, relayé par son amie Anna de Sandre. Suggestions et aide bienvenues.

Que fait-on lorsque fin juin on se retrouve dans l’impasse ? Pas d’endroit où aller pour Elie ? Zéro solution. Reste ce mince espoir que sont les réseaux sociaux. Je reproduis ci-dessous l’appel d’Astrid Waliszek, relayé par son amie Anna de Sandre. Suggestions et aide bienvenues.

"C'est une de mes rares amies intimes. Une belle âme. Ici sur Facebook, vous savez qu'elle est écrivaine, qu'elle est drôle, discrète, intelligente et cultivée. Quand elle n'est pas sur Facebook, elle a sa vie et elle a aussi Élie, qui fait partie de sa vie. Élie est le fils d'Astrid.Pour la première fois, Astrid demande de l'aide. Pas pour elle, mais pour lui.

Voici son appel :

 

"Je n'en ai jamais parlé ici, qu'aux proches. Là, j'ai besoin de vous. Merci de lire. Sur la photo, il est un peu plus jeune...

 

Élie a treize ans. C'est un enfant sourd implanté, qui s'exprime oralement. C'est aussi un enfant qui souffre d'un "développement dysharmonique", ce qui en clair est une psychose. Est-il autiste ? On ne sait pas. Il y a autant d'autismes que d'autistes, et les diagnostics sont fragiles. Il a aussi une maladie orpheline : un syndrome de Pendred, qui touche la thyroïde mais qui fort heureusement ne s'est pas manifesté encore à ce jour. Oui, il a été gâté, particulièrement gâté. Élie est mon fils.

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Il a toujours suivi une scolarité ordinaire, allant à l'école le matin, chez l'orthophoniste deux fois par semaine. Il parlait parfaitement. A de bons voire très bons résultats en classe quand ses déficiences le lui permettent. Il vient de terminer la cinquième avec l'aide d'un AVS (auxiliaire de vie scolaire) au collège Yvonne Le Tac, proche de la maison.

 

Cette cinquième a cependant été un enfer pour lui. Au début de l'année scolaire, il avait un copain qui s'est retourné contre lui au cours d'un voyage scolaire — va savoir pourquoi — et s'est allié à un copain de l'Ulis (classe d'éducation spécialisée en troubles du comportement en l'occurrence). Ils ont chanté en cours d'éducation physique une petite chanson se moquant d'Élie — on ne se moque pas d'un aveugle, mais d'un sourd, oui, c'est comme ça, il n'y a qu'à voir le Professeur Tournesol. Élie avait remis ses appareils un peu trop tôt et donc a entendu. Avec cette petite chanson, associée aux troubles de l'adolescence, Élie s'est renfermé. Emmuré, devrais-je dire.

 

De là, plus rien à faire, il n'a plus rien voulu entendre et a refusé de porter son implant, qui déjà lui provoquait des irritations allant jusqu'au saignement tant il est lourd et a déformé le cartilage de l'oreille. Le revoilà sourd, ou presque : il lui reste un brin d'audition résiduelle sur l'une des oreilles.

 

Il a continué d'aller à l'école malgré l'angoisse de plus en plus pesante. Les gamins ne sont pas tendres : un jour, il est revenu avec ses cahiers en vrac : "Maman, ils m'ont ouvert le sac à dos et tout est tombé. Imagine, on était dans l'escalier...". Oui, j'imagine bien la centaine de mômes qui déboule dans l'escalier. Etc.

 

Elie doit passer en hôpital de jour ou dans un lieu adapté où avoir des soins psychiatriques et continuer sa scolarité. Mais voilà, il n'y a pas de place pour lui. La "Grange batelière", un établissement qui lui correspondait, vient de le refuser : il est "replié sur lui-même" et ne correspond pas au profil des admis. Sans doute veulent-ils des autistes adaptés. Les autres établissements n'ont plus de place. Le psychiatre qui le suit dit "j'étais persuadé que la Grange batelière le prendrait, donc je n'ai pas prévu de plan B".

 

Il ne fera pas sa rentrée au collège, il ne peut plus suivre une scolarité en milieu ordinaire. Il a pourtant un courage à toute épreuve : continuer d'aller à l'école dans ces conditions était admirable. Il m'épate. Je continue à me battre pour cet enfant et vous demande votre aide, je ne peux plus rien faire seule, j'ai épuisé toutes les possibilités. Faites le buzz s'il vous plaît, il faut que cet enfant soit admis dans un centre et puisse continuer à vivre. Toute aide est bienvenue : relais presse écrite, radio, télé. Je ne veux pas qu'on le déporte en Belgique, où les autistes sont trop souvent accueillis. Merci."

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