La désorganisation à bas bruit des services de psychiatrie et de pédo-psychiatrie

Au prétexte d'économies budgétaires, qui seraient vertueuses, il se met en place une transformation profonde du système de santé. On peut craindre une éradication de tout un pan du dispositif de santé mentale, mis en place par la politique dite de secteur. Celle-ci a imposé le développement d'une pratique de consultation en ambulatoire, permettant un meilleur suivi des patients.

L'absorption des services de secteur, qui ne sont plus reconnus comme entité dans l'administration hospitalière par des Groupements Hospitaliers de Territoire, mastodonte dont la gestion est éloignée des acteurs de terrain,  est  en cours.

Au final, on peut craindre qu'il reste le noyau dur des services de psychiatrie, qui sera à nouveau centré sur l'hospitalisation, de plus en plus centrée elle aussi sur l'enfermement et les contraintes de sécurité. Déjà, on fait le constat d'une augmentation des hospitalisations sous contrainte, d'une augmentation du temps passé dans les chambres d'isolement par les patients. Le développement de la pratique ambulatoire devient un maillon de plus en plus faible dans la gestion hospitalière.

Les services de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent sont les premières victimes de cette "rationalisation" des moyens. Le budget de dotation annuelle n'est pas publié et reste une caisse noire dans laquelle les administrations hospitalières peuvent puiser. La Ministre de la Santé s'était engagée à demander que cette publication soit obligatoire dans le budget hospitalier. Pour l'instant, cet engagement reste une promesse. Pendant ce temps, les Groupements Hospitaliers de Territoire se mettent en place à toute vitesse;

Lors de l'ouverture d'un service de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent, j'ai vu fondre le budget allouée à l'équipe mobile et au fonctionnement du service d'hospitalisation comme neige au soleil. C'est le budget alloué au temps médical qui a été le plus sévèrement atteint mais pas seulement.

Il n'est jamais possible de discuter d'une politique de santé mentale dans certains hôpitaux qui sont arc-boutés sur la rentabilité et le développement des activités dites rentables, financées par la T2A. Les services dans un Centre Hospitalier Général gérés par la T2A étant majoritaires en nombre, au mieux deux tiers pour un tiers de services de psychiatrie, la question est vite réglée. Celle-ci va être aggravée par la nouvelle Loi Santé, car tous les pouvoirs sont donnés au Directeur et au Président de la CME. Celui-ci est élu par la majorité. la cause est donc entendue.

Jusqu'à aujourd'hui, ces distorsions de fonctionnement s'observaient essentiellement dans les Centres Hospitaliers Généraux, qui gèrent des services de psychiatrie et des services de médecine, chirurgie et obstétrique. Ka création de Groupement Hospitaliers de Territoire alliant des Centres Hospitaliers Généraux et des Etablissements Spécialisés vont entrainer ces derniers dans la spirale des déficits induits par le fonctionnement à la T2A. Ce financement est régulièrement mis en cause par les médecins hospitaliers et par les acteurs de la santé. Défendus par les "économistes de la santé" son usage reste inébranlable malgré les nombreuses vicissitudes que ce système instaure.

La mise en place d'une Commission confiée au Dr. Olivier VERAN est un premier pas. On peut craindre que l'avis du Dr.VERAN reste un voeu pieux tant l'obédience des ces "économistes" de la santé est grande. Dans de nombreux Etablissements Spécialisés, la protestation encore timide s'organise. De nombreuses CME, Commissions Médicales d'Etablissement Spécialisés, se sont prononcées contre l'intégration dans des Groupement Hospitaliers de Territoire Généralistes.

 

 

 

 

 

 

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