L’UNAFAM, les patients et leurs psychiatres

Le communiqué de presse de l’UNAFAM daté du 2 novembre 2015 sur la contention et l’isolement doit être considéré comme une étape déterminante dans l’évolution de la psychiatrie moderne en France montrant la lucidité et la détermination des familles.

Que vont faire les psychiatres au nom de l’ensemble de la psychiatrie française ?

Nous devons nous aussi les psychiatres participer à une telle évolution.

Nous ne pouvons plus nous voiler la face. Cette réalité des violences en psychiatrie a toujours existé dans de nombreux espaces (pas partout ni toujours) depuis la naissance de la psychiatrie (et avant) et nous n’avons pas à nous couvrir de honte, bonne excuse pour ne rien faire, ni à monter sur nos ergots, autre bonne excuse.

D’abord prenons acte de ces faits et clairement affirmons que tout au long de l’histoire de la psychiatrie, sauf en 1945-60 et en 1968-70, nous avons pu constater que la plupart des interventions médiatiques n’ont pu être suivies de mesures efficaces, peut-être parce que n’abordant que l’un ou l’autre des aspects de la réalité.

Il est opportun de lire les deux récents ouvrages d’un psychiatre français de renom, Jacques Hochmann, professeur de psychiatrie de l’enfant, compétent en psychanalyse, comme dans les autres champs, et donc connaissant l’ensemble de notre pratique et de ses théories.

Ces deux titres ne doivent pas minimiser l’ampleur de l’analyse : « La psychiatrie » pour les nuls, et « Les antipsychiatries, une histoire » Odile Jacob, 2015.

Ils racontent deux siècles d’histoire avec clarté et sont complémentaires car, pour une fois ils montrent les deux faces d’une même histoire, l’une les soins et de la souffrance vus de l’intérieur de la psychiatrie, l’autre vus de l’extérieur, les patients, des journalistes. ...

Cette réalité de la violence dans les soins réaffirmée une fois de plus en 2015 doit être l’occasion d’une nouvelle étape dans l’évolution de la psychiatrie française, celle d’une union entre les différents acteurs d’une même réalité. Il n’est pas question ici de se cacher derrière un projet utopique, mais d’affirmer que les soins et l’action sociale complémentaire nécessitent la convergence « constante » des acteurs, au premier plan la famille, avec l’équipe soignante, mais aussi les acteurs sociaux qui complètent les soins (et nous savons que les violences existent aussi dans les espaces sociaux), et bien sûr des représentants des patients (sans chercher à prendre la parole à leur place, ni vouloir les ‘former’).

En même temps, ces deux livres montrent la complexité, les « paradoxes » constitutifs de la psychiatrie. Ces paradoxes sont tels qu’ils expliquent, aujourd’hui plus clairement que toujours grâce à tous les progrès faits, que la psychiatrie a absolument besoin des compétences différentes de ces quatre acteurs pour exister en étant respectueuse de l’homme.

Ceci permet d’insister sur l’insuffisance que constituerait la proposition  de « recommandations » si bonnes soient-elles. Trop faciles à affirmer, impossibles à réaliser ! La première exigence, qui ne nécessite aucune préparation, c’est le rassemblement en une seule instance de ces quatre acteurs et une mise en commun permanente permettant de distribuer les actions complémentaires énonçant les différentes étapes d’une psychiatrie moderne qui ne serait pas « maniaque d’une seule thérapie, à l’exclusion des autres », et qui ne s’appuierait pas sur des seuls interdits, mais sur des ouvertures.

C’est exactement ce à quoi en juin 2013 nous ont conviés à Villejuif « Les Assises citoyennes en Psychiatrie et dans le Médico-social » avec le collectif des 39, CEMEA et UNAFAM.

L’urgent aujourd’hui est la création officielle, gouvernementale d’une instance « d’observatoire de la réalité de la Santé Mentale en France » animée par ces quatre représentants.

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