Les nouveaux «Cahiers pour la folie»

(Dialogue de la Raison raisonnante et de la Folie échevelée, se déroulant au jour d’aujourd’hui.)«Ridentem dicere verum/ Qui vetat?»«Dire en riant le vrai/ Serait-il interdit?»

(Dialogue de la Raison raisonnante et de la Folie échevelée, se déroulant au jour d’aujourd’hui.)

«Ridentem dicere verum/ Qui vetat
«Dire en riant le vrai/ Serait-il interdit?»

(exergue employée par Lewis CARROL,
alias Charles L. Dodgson)

 

 

 

 

La Raison raisonnante : Qu’est-ce qu’il te prend, échevelée Folie, à vouloir ressusciter, comme si de rien n’était, tes plus que défunts Cahiers pour la folie, qui naquirent à ta défense (si je crois bien me souvenir) dans ces lointaines et fort infortunées années 70, et qui furent enterrés depuis ?
La folie échevelée : Oui, M’dame, mais le fait est que, même si autant de Temps s’est écoulé, fauchant à droite et à gauche un grand nombre de mes amis (ce même Temps se réjouissant fort de ses indéniables victoires), le fait est que (veuillez bien excuser mon hardiesse, accompagnée et soutenue, en cela tout au moins, par différentes formes de folies de ce monde : échevelées,ou pas), nous estimons le moment venu de nous exprimer amplement, car le moment est devenu grave, très grave. Infiniment plus grave, qu’en ces années lointaines, lorsque notre petit bonhomme n’était encore qu’un louveteau, en train de grimper (avec hardiesse, il est vrai) ces hautes marches qui mènent à l’Omnipotence, et…
La Raison raisonnante
(en lui coupant vite la parole) :… mais aussi à la Gloire, folie !
La folie échevelée
: – Absolument. Absolument. Mais, laissez-moi terminer, M’dame. En ces années lointaines (disais-je), il n’avait pas encore rejoint, d’une façon téméraire, la redoutable Cime, le frissonnant, mais également si réjouissant Sommet de l’Absolu Pouvoir. Or, vous, sage Dame, vous, Raison raisonnante, sachiez que, depuis qu’il occupe cette Place si hautement respectable, ce Lieu sacré, il ne nous laisse simplement plus vivre en paix, ne fût-ce que l’ombre d’un instant. Car il ne cesse ni d’apparaître ni de parler, et à toute bride, sur la totalité de nos écrans, en nous imposant ceci ou cela. Tout comme il n’arrête pas d’intervenir physiquement, et d’une façon qui pourrait paraître quelque peu inopportune, dans nos propres lieux, dans nos propres espaces, allant jusqu’à souligner avoir été le Premier de son rang à s’être généreusement aventuré par là. (Dans ces contrées, j‘entends). Et cela, afin de nous louer, ou de nous critiquer (parfois même d’une façon, pour peu dire, tout à fait impolie), et en nous repoussant à jamais en des retranchements extrêmes – désireux, comme il l’est, de tout décider pour nous. Bref, à notre place.
La Raison raisonnante (en prenant de la hauteur) : – Mais ne serait-ce pas là le lot, le destin le plus noble qu’il soit sur la Planète, que de nourrir la veuve et l’orphelin, et de revêtir consciencieusement le nu et le démuni ?
La folie échevelée : – Oui. Bien sûr. Mais, en réalité, ce n’est pas ce qu’il fait, ce n’est pas ce qui l’aguiche, en vérité. Et je peux vous l’assurer, sous la foi du plus sincère des serments ! Il ne cesse donc pas de s’acharner perpétuellement à ne plus nous laisser la moindre liberté, ni dans l’exercice de nos différents labeurs, ni dans l’expression de nos voix disparates. En un seul mot : il se glisse, afin d’y résider en vrai Prince florentin, dans l’enclos de nos propres vies, de nos véritables existences. (Soupir dru.) Oui, M’dame la Raison raisonnante ! Et cela aussi parmi ceux qui estiment (ceux qui estimèrent ?) bien connaître leur travail, et l’aimer fort.
La Raison raisonnante : – Expliquez-vous avec une plus grande précision, tout comme avec une majeure clarté, folie. De quoi s’agirait-il donc : de labeur, ou de travail ?
La folie échevelée
: – Comme vous préférez le nommer, Dame. Car cela se passait au temps où on pouvait encore laisser libre cours (pour ainsi dire) à la recherche et à l’invention (et même aux imprévues, soudaines trouvailles), dans son propre terrain. (Evidemment, lorsque l’on vous laissait bien l’occuper, une place, dans le concert des humains !) Tout ça se passait à cette époque, qui apparaît désormais si lointaine et irrémédiable, à nos pauvres yeux de mortels, alors que mes enfants pouvaient encore ne pas se laisser errer, hagards, le long de rues, diurnes ou nocturnes.
La Raison raisonnante
: – De grâce ! Il n’oblige personne à…
La folie échevelée : – Mais si ! Mais si ! Je vous dis que…
La Raison raisonnante (expliquant tout à fait calmement, sereinement, souverainement, la chose en elle-même): – Il voudrait, mieux, il ne désire tout simplement que de les protéger, ces humains, qui l’ont bel et bien élu pour qu’il acquitte cette tâche. Une tâche qu’il accomplit par une constante Présence, spirituo–virtuelle. Mais également au moyen des généreuses techniques de notre époque, dont également certains de nos voisins…
La folie échevelée (sur un ton précipité):– Ce que je voudrais vous dire, c’est que depuis le 2 décembre de l’an de grâce 2008, ce petit bonhomme s’en est plus particulièrement pris à nous. À nous oui ! les folies échevelées, en décidant de rayer de par sa parole si élégamment prisée, et dont il ne se lasse pas (jamais !) de nous abreuver au grand trot (mais à propos de laquelle, dans nos bas-fonds, on murmure, qu’elle ne serait même pas, dans ses aussi riches tournures, le fruit de son estimable cru), en décidant donc de rayer de notre belle carte de France, par des griffonnages ou des violents traits rouges (oh non ! pas rouges !… noirâtres, peut-être ?), notre passé, et tous ces acquis, pour lesquels nos pères et nos grands-pères luttèrent infatigablement par le passé. Or, je me réfère naturellement, ce disant, aux hommes de ce Pays, car, règles et coutumes imposent que La Femme ait bien d’autres choses à faire. (Comme s’occuper d’œuvres caritatives, ou chanter, bien à l’abri, des douces, charmantes chansonnettes, en l’honneur de tous ceux qui voudront bien les entendre, en les écoutant. Bon !). Et, pour conclure, gente Raison raisonnante
La Raison raisonnante
: – Oui, c’est bien ça !
La folie échevelée : –… pour conclure, donc, j’aimerais vous avouer que, dans ces nouveaux Cahiers pour la folie, il sera bien question de tout cela. Précisément, de la liberté nécessaire dont chacun de nous nécessite, afin de pouvoir jouer convenablement de l’instrument de son choix, mais également de pouvoir s’exprimer de par sa propre voix (unique !), bien qu’à l’apparence tout au moins, opposée à la sienne (à la vôtre ?), afin qu’on puisse humainement vivre, et se réaliser, sur cette Terre.
La Raison raisonnante
: Allez ! Dépêchez-vous de conclure, car j’ai autre chose à faire que de …
La folie échevelée (tout éprise, et comme sourde à ce parler) : – Et surtout ! et comme il nous revient de droit, d’épauler et de vivifier toute parole se nichant en nos parfois sombres cœurs d’humains. Des cœurs parfois si sombres, qu’ils ne se lassent pas de dégringoler dans ce qu’on appelle d’habitude la Folie écervelée, pardon ! échevelée. (Empressant tout à coup son débit, ayant lu, sur les lèvres dela Raison raisonnante, son propos d’une nouvelle, prompte riposte.) C’est pourquoi nous entendons accueillir dans notre feuille, toutes suggestions, toutes productions écrites, relatant faits ou événements ou pensées ou désirs ou projets, etc. etc,. amèrement, ou injustement, ou même courageusement, et d’une façon têtue, vécus par nos lecteurs, sur quel bord qu’ils se trouvent, ou se découvriraient, du grand fleuve de la vie. Qu’ils soient placés sur le rivage de la Raison raisonnante, ou sur celui de la Folie échevelée. Car, nous osons espérer que ce mot de citoyen qui nous a revêtus jusqu’à cette heure, et dont nous nous acharnons péniblement à revêtir encore et encore la nudité de notre actuelle et si démunie République, ne soit pas qu’un vain mot, et qu’on puisse le rendre de nouveau irréductible, en en (ré)conquérant pleinement sens et signification ! Et cela, en luttant bec et ongles, et de toutes nos forces, afin de le défendre, en l’assumant en tant que parole. Un grand merci à vous, amis citoyens, et merci aussi aux Raisons raisonnantes qui voudront bien nous accompagner et suivre, tout le long de cet aventureux voyage, à l’apparence tout au moins, rouge et quasi démoniaque !

Vôtre folie échevelée

(Pour tout renseignement ou toute collaboration, s’adresser à Cahiers.folie@yahoo.fr)

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