Billet de blog 14 juin 2010

De l’importance du chef de pôle dans une petite structure comme les CMP (Centre médicaux-psychologique)

gaulthier roux
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De l’importance du chef de pôle dans une petite structure comme les CMP (Centre médicaux-psychologique) Comme je vous l’ai narré dans mon dernier article j’ai intégré, plein de confiance, un CMP de l’est parisien. Mes premiers rendez-vous étaient conformes à mes espérances. Toutefois, malgré un personnel infirmier irréprochable, une psychiatre à l’écoute, les soins sont allés de mal en pis. Ordonnances perdues, rendez vous non notés, changement d’infirmières à chaque visite, posologie mal appliquée. Vous comprendrez qu’un patient en crise aigüe a du mal à survivre à autant d’erreurs. Comment peut-on en arriver à tant de dysfonctionnements sur le même patient ? Naïf et surtout en état de crise, j’imputais ces fautes successives à la loi des grands nombres. J’avais tort.J’ai toujours entendu dire que la qualité d’un service, quel qu’il soit, dépend principalement de son chef. J’ai rencontré ce personnage deux fois trente secondes et je compris que les dysfonctionnements précités venaient pour parti de lui et de l’ambiance qu’il devait instaurer dans son service. Cette accusation est grave, j’en suis conscient, c’est pourquoi je vais essayer de l’étayer. Je vous remets en mémoire que je suis bipolaire et atteint entre autre de névrose de l’échec. Comme chacun devrait le savoir, plus de la moitié des bipolaires sont des alcooliques. Je le suis. Sans rentrer dans les détails, la première fois que je me trouvais face au chef de pôle, en 15 secondes, unilatéralement, celui-ci me supprima du jour au lendemain mes 2 cachets journaliers de Seresta 50 (médicaments qui servent au sevrage de l’alcool). Cette procédure est très dangereuse si elle n’est pas accompagnée (se reporter à la notice). Ce psychiatre ne m’a rien proposé, ni rendez-vous chez un alcoologue, ni médicaments de substitutions, ni prise en charge psychologique. Il m’a simplement jeté à la rue. Je survécus grâce à la bière, au vin et à ma rage de vivre. Le samedi suivant, en crise, je suis venu retrouver une infirmière qui me proposa de venir chercher chaque jour mes médocs au centre (avec l’accord du médecin de garde). Vous noterez au passage qu’elle fait preuve de plus de compétence que le psychiatre en chef.Ouf…tous les matins j’étais là et recommençais de suite à diminuer considérablement ma consommation d’alcool. Après moult péripéties dont une perte d’ordonnance et un « combat » pour récupérer mon remède salvateur, j’avais rendez vous avec ma psychiatre (rendez-vous qu’elle avait oublié de noter) ; sagement elle reconnut les erreurs succésives. Devant mon anxiété extrême, elle me proposa de me reposer à l’hôpital d’Esquirol. J’acceptais en demandant un délai de 24 heures. Le lendemain j’arrivais avec mon barda et mon appréhension. Ce jour là, une infirmière eut la tâche ingrate de m’apprendre que je devais patienter un jour de plus pour que le chef de pôle me reçoive. En un mot, le chef de pôle remettait en question la décision du psychiatre, et cela devant le patient tout en se cachant derrière une infirmière. Je vous laisse libre de juger autant de son sens de la déontologie que de sa psychologie Prisunic.Mon inquiétude, ma nervosité, s’accroissaient. D’une part j’avais oublié de demander mon traitement et de leur côté les infirmières, perdues devant autant d’incohérences, avaient, elles aussi, oublié de me le donner.Inquiétude + sevrage brutal de médicament = reprise d’alcool.Le lendemain je me présentais au rendez vous avec le grand ponte, en étant sûr d’être pris en charge, le soir même, par Esquirol.30 secondes furent nécessaires à cet incompétent (cela peut aussi s’écrire en trois mots) pour appeler la police. Je tiens à préciser que jusqu’à son appel aux forces de l’ordre, je demeurais toujours très courtois.A l’intérieur même du centre, les cognes vinrent me chercher. Mon arrestation se déroula dans une violence extrême. Menotté, insulté, je fus emmené aux urgences des monts d’or. Une fois dans le cabinet privé du médecin, je pus enfin m’épancher, pleurer, j’espérais qu’il me conduise à Esquirol. 15 minutes parurent trop longues pour les poulardins. Sans ménagement, ils ouvrirent la porte du cabinet, m’arrachèrent les diodes posées sur moi (à quoi servaient-elles ?), me retournèrent violement sur la table de consultation et me repassèrent les cabriolets avec les insultes inhérentes à leur langage. Cette scène c'est déroulée devant le regard apeuré et impuissant du médecin de garde. Sirène hurlante, nous nous sommes rendus au commissariat. Après m’avoir fait baisser mon pantalon ils me mirent en cellule de dégrisement jusqu’à minuit quarante. J’en suis sorti avec une convocation au tribunal pour ivresse sur la voie public.C’était peut-être une thérapie particulière du patron de ce CMP, mais je ne pense pas que la brutalité en tant que thérapie soit une thèse défendue par l’ensemble de ses confrères. La violence extrême n’a jamais rien résolu.Pour résumer : je viens me faire soigner pour bipolarité et me retrouve arrêté pour alcoolisme. Je vais passer devant le tribunal pour ivresse manifeste sur la voie public. Cela par la seule et unique volonté ( ou toute puissance infantile ?) du grand patron. Je sais que lors de ses longues études ce docteur n'à reçu au maximum q'une demi-heure de formation sur l’alcoolisme ; mais pour le bien de ce service, auquel malgré tout je garde mon estime, il devrait s’en éloigner et en profiter, en l’Ô cul rance, pour combler ses lacunes dans l’interaction des maladies psy, telle la bipolarité, et l’alcoolisme. Parallèlement, quelques cours de psychologies élémentaires lui seraient d’un grand secours.Question : que serait il advenu, dans ce cas précis, d’un patient qui n’aurait pas la vie rivée au corps comme moi ?

J’ai des idées noires, mais pour ma plus grande chance, les roses dominent. Dans Wikipedia il est indiqué : « Le trouble bipolaire est la pathologie psychiatrique associée au plus fort risque de décès par suicide ».

Je vivrai !A suivre…Gaulthier Roux.

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