Prêcher hors les murs

Dans ce cadre honorable qui m'accueille sur Mediapart, je lis des tas de choses d'une pertinence rare. Et, comme le disait JoHa je ne sais plus ni où ni quand, il y aurait matière à être plus "généralistes, et plus ouverts à la langue commune, et peut-être plus modestes quant au champ de diffusion de ce que nous écrivons ici.

J'ai participé à nombre de colloques et journées diverses qui tendent à (pro) mouvoir le "Mouvement de la Psychothérapie Institutionnelle". Et je me suis dit que tout ça, c'était un peu de la masturbation incestueuse, que ces grand-messes "entre amis" ne donnaient pas grand chose à l'aune de ce que nous aurions réellement à dire et à faire en face d'un monde aveugle aux questions de la folie et de ceux qui nous l'enseignent à leur âme défendant.

J'avais proposé, il y a des siècles, que les fameux colloques et journées nationales se tiennent non pas dans des lieux indûment vénérés comme des tabernacles, à l'instar de Saint Alban en Juin, mais devant les murs hérissés de barbelés, même imaginaires ou étatiques, des hôpitaux où règne (de nouveau?) le primat du sécuritaire et de la répression chimique: tentes "barnum", hauts parleurs, et discours entendables par tous, car il n'en existe pas d'autres dignes d'être proférés.

Quand je vois les procédures d'accréditation et/ou de certification des établissements hospitaliers, ce que j'aborderai ailleurs, je pense d'abord à tout ce qu'en professionnels nous sommes tentés d'écrire au sujet de nos... sujets de soin: des choses qui seraient supposées ne pas les regarder; fichtre, de quoi pourrait-il s'agir? En vérité, de tout ce que nous croyons savoir et ne savons pas des autres qui se confient à nous. Or le début d'une relation qui éventuellement peut soigner, c'est sûrement d'être sur la même longueur d'onde, et donc de parler le même dialecte, celui qui peut être partagé et donc révélé sans l'ambigüité du supposé secret professionnel.

Chaque matin, je me demande si je suis capable, dans mes prises de notes, de dire ce que je pense sans que cela fasse obstacle au nécessaire échange avec ceux que je reçois, sans que l'ésotérisme de la langue et du "discours" les prive du droit essentiel de pouvoir s'approprier ce que je pense en ce qui les concerne... Puisqu'en fait ça leur appartient. Alors je me dis, et vous le soumet, que toutes les interventions, tous les débats, toutes les rencontres entre psy devraient se tenir en agora, en place publique, afin que rien, désormais, ne puisse être tenu pour conclave ou sabbat de sorciers, mais bien au contraire ouverture à la construction de la maison commune, très menacée de nos jours, d'un véritable soin en psychiatrie

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